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Plus loin dans l'art de marquer et de stopper

Le rapport technique de l’EURO 2020 évoque toutes les tendances et avancées principales observées au cours d’un tournoi de tous les records, à commencer par le nombre de buts.

C’est un gardien qui, pour la première fois, a été élu Joueurdu tournoi à l’occasion del’EURO 2020, le plus prolifique de l’histoire. Dans l’idée d’expliquer ce paradoxe, l’équipe d’observateurs techniques de l’UEFA a été le témoin de rencontres d’excellence des deux côtés du terrain au cours d’un tournoi qui restera gravé dans les mémoires aussi bien pour les prouesses offensives que pour les records battus par les gardiens et en particulier par l’Italien Gianluigi Donnarumma.

Les Italiens ont marqué le premier et le dernier but pour boucler la boucle d’un triomphe qu’ils avaient laissé entrevoir dès le match d’ouverture, une victoire 3-0 sur la Turquie. Les Azzurri restaient sur une série de 27 matches sans défaite avant le tournoi, dont dix victoires en dix matches de qualification pour l’EURO. Personne, pas même le sélectionneur Roberto Mancini au moment de prendre les rênes de l’équipe après une campagne de qualification ratée pour la Coupe du monde 2018, n’aurait prédit une renaissance aussi miraculeuse en seulement trois ans.

Arrière

À l’EURO 2016, l’Italie figurait parmi les rares équipes à aligner une défense à trois.Le sélectionneur d’alors, Antonio Conte, s’appuyait sur une charnière composée d’Andrea Barzagli, Leonardo Bonucci et Giorgio Chiellini, avant de voir son équipe éliminée par l’Allemagne en quarts de finale. Depuis, Barzagli a raccroché les crampons et est devenu entraîneur auprès de la Fédération italienne de football(FIGC), tandis que Bonucci et Chiellini sont restés les gardiens du fort défensif.Mais après l’arrivée de Mancini à la tête de la sélection, la défense est passée à quatre. Leonardo Spinazzola et Giovanni Di Lorenzo sont ainsi venus épauler le duo expérimenté de Juventus, là encore à contre-courant des tendances observées à l’EURO 2020, puisque pas moins de 15 équipes participant au tournoi ont employé une défense à trois – ou à cinq– à un moment donné de la compétition.

Carte des situations de contre de l’Italie dans son match de groupe contre la Suisse
Carte des situations de contre de l’Italie dans son match de groupe contre la Suisse

L’utilisation efficace des latéraux dans le jeu offensif a été l’un des principaux atouts des futurs champions d’Europe, et Spinazzola a même été nommé au sein de l’équipe type du tournoi. Après avoir observé Spinazzola dans le match face à l’Autriche, Packie Bonner, l’un des observateurs techniques de l’UEFA, a remarqué la tendance suivante : « Il tente toujours d’aller jusqu’à la ligne de but et nous l’avons vu deux fois dans la surface de but adverse. Il a assuré un jeu exceptionnellement fluide avec LorenzoInsigne qui a entraîné l’arrière droit autrichien vers l’intérieur pour ouvrir des espaces. »

Cette capacité à combiner avec les attaquants et à ne pas forcément user des dédoublements a également nourri le débat selon lequel le latéral moderne est aujourd’hui doté d’une identité offensive bien plus marquée qu’auparavant. « Cela se remarque de plus en plus, souligne Mixu Paatelainen. Les latéraux aiment repiquer au centre car cela fait sortir l’ailier adverse de sa zone de confort. Pour moi, c’est l’un des symptômes du travail des entraîneurs qui tentent de mettre de nombreuses tactiques en place dans le but de bousculer l’adversaire. »

La France met la pression sur l'Allemagne
La France met la pression sur l'Allemagne

En obligeant les adversaires à sortir de leur zone de confort, les latéraux se sont mis à l’aise et ont marqué 16 buts à l’EURO2020, comme l’ouverture du score rapide de Luke Shaw en finale qui a justifié la décision surprenante du sélectionneur anglais Gareth Southgate d’aligner une défense à cinq dès l’entame du match. En plus de son analyse sur Spinazzola, Bonner ajoute que Marco Verratti « a très bien annihilé les contre-attaques adverses de ce côté ».

En fait, l’Italie avait mis en place une stratégie défensive collective qui a permis aux latéraux d’attaquer sans craindre de mettre leur équipe en danger en cas de perte du ballon.« Je pense que les Italiens, après avoir perdu le ballon dans le tiers offensif du terrain, ont souvent réussi à empêcher leurs adversaires de faire des passes sur les flancs, explique Jean-François Domergue. Ils augmentaient la densité de joueurs entre25 et 40 mètres avec six ou sept joueurs et laissaient Bonucci et Chiellini derrière, tandis que Jorginho pouvait rester devant.Les autres font les transitions, et je pense que l’Italie travaille très bien à la récupération du ballon. »

Pressing impressionnant

Les Italiens ont souvent récupéré le ballon dans le camp adverse, en plus d’appliquer un pressing haut et une forte contre-pression, comme ont pu le remarquer les observateurs techniques à l’unanimité. Après avoir regardé l’Italie en phase de groupes, par exemple, Esteban Cambiasso a fait part de ses observations concernant le jeu des Azzurri. « Si je devais choisir un facteur clé, je dirais que c’est la pression sur les adversaires dans le tiers offensif, dit-il. Ils envoient beaucoup de joueurs au pressing et peu de temps s’écoule entre le moment où ils perdent le ballon et le moment où ils le récupèrent. Cela veut dire qu’ils ne laissent pas souvent l’occasion à l’adversaire de réaliser des transitions rapides. » Cinq récupérations italiennes dans les trente derniers mètres adverses ont d’ailleurs entraîné des buts.

Le contre-pressing Italien contre la Suisse
Le contre-pressing Italien contre la Suisse

Face à cette pression, la tendance à la construction en profondeur observée depuis le changement de règle de 2019 concernant les coups de pied de but a été quelque peu tempérée, les équipes faisant preuve d'un peu plus de prudence lorsqu'elles tentent de construire. C'est le cas du gardien de but anglais Jordan Pickford, 20 dégagements longs en demi-finale contre le Danemark et 26 en finale, poussant Packie Bonner à remarquer que « les latéraux ont éprouvé de plus en plus de difficultés à passer en mode offensif alors que Kane perdait le ballon dans les airs au lieu de pouvoir descendre d’un cran pour recevoir le ballon. »

Le capitaine de l’Angleterre n’a pas été le seul à tomber sur des embouteillages dans l’axe. Les observateurs n’ont cessé d’évoquer les problèmes rencontrés parles équipes qui souhaitaient passer deux rideaux défensifs, les trois arrières étant protégés par un ou deux milieux récupérateurs.Cela a entraîné un débat parmi les observateurs sur le rôle du numéro 9.« L’Allemagne a évolué avec trois attaquants, mais sans vrai numéro 9, affirme Steffen Freund. Le numéro 9 n’est pas fini en soi, il doit faire preuve de plus de souplesse. Il doit se déplacer et tout de même se trouver au bon endroit pour marquer des buts. »

« (Robert) Lewandowski est un attaquant de pointe classique, ajoute Dusan Fitzel.Et Patrik Schick a réalisé un excellent tournoi. Mais regardez ce qui s’est produit en finale quand l’Angleterre a commencé à jouer long. Les deux défenseurs centraux italiens ont contrôlé Harry Kane. Ils ont gagné le ballon à chaque fois. Nous avons donc vu que l’attaquant de pointe devait se désaxer ou descendre d’un cran pour aller chercher les ballons. »

Le match entre la Belgique et le Danemark remporté 2-1 par les Diables rouges a également permis de mettre en valeur l’évolution des compétences de l’attaquant moderne. « Simon Kjaer n’a eu aucune difficulté à gérer Romelu Lukaku quand il évoluait dans l’axe en première période, analyse Peter Rudbaek. Puis l’entraîneur a changé de tactique en remettant Kevin de Bruyne dans l’axe, ce qui a permis à Lukaku de complètement détruire le Danemark sur le côté. Gagné ! »

Roberto Martinez avait dû remarquer qu’une grande partie des buts avaient pour origine un côté. En effet, les centres et les passes en retrait ont affolé les défenses et ont entraîné 35 % des buts dans cet EURO, en plus de provoquer un nombre record de buts contre son camp.

Si le Soulier d’or de l’EURO 2020 a été remis à Cristiano Ronaldo, on aurait aussi pu graver sur ce trophée « but contre son camp », vu que 11 buts de ce type ont été inscrits au total, soit deux de plus que lors de l’ensemble des 15 éditions précédentes !Et alors que 14 autres buts sont venus d’un rebond, les centres se sont avérés très productifs. « Lorsqu’un gardien est trop loin pour couper la trajectoire d’un centre, neuf fois sur dix, cela entraîne un but, remarque l’observateur technique Frans Hoek, lui-même ancien gardien. À unetelle vitesse, le ballon entrera dans le but si quelqu’un le touche ».

C’est là que les joueurs rapides et doués techniquement ont fait parler leur qualité, les dribbles étant revenus à la mode.« Voilà l’EURO des dribbles, estimait Fabio Capello. Nous voyons enfin de jeunes joueurs qui n’hésitent pas à aller au duel, qui essaient de dribbler leur adversaire direct pour aller jusqu’à la ligne de but et envoyer des centres dangereux. »

Les Italiens Federico Chiesa et Lorenzo Insigne ainsi que l’Anglais Raheem Sterling ont réussi à faire revivre ce style de jeu qui assure le spectacle pour les supporters et qui affolent les défenseurs. « Nous avons beaucoup de chance à l’heure actuelle en Italie d’avoir ce genre de joueurs », ajoutait Capello, qui pense également que Sterling a su « faire la différence » pour l’Angleterre.« Les déplacements sont importants, mais la prise de risque associée au dribble l’est tout autant », poursuit l’ancien sélectionneur des Trois Lions.

Voici donc les principales leçons à tirer d’une compétition qui s’est déroulée sur 11 sites répartis dans toute l’Europe, de Glasgow à Bakou en passant par Saint-Pétersbourg et Séville.

Lisez le rapport technique de l'UEFA EURO 2020