Exclu : Iniesta raconte ses finales européennes

Alors qu'il fête ses 36 ans, Andrés Iniesta revient en exclusivité pour UEFA.com sur les deux finales d'EURO gagnées et sur ses quatre triomphes en Champions League.

Andrés Iniesta, capitaine du FC Barcelone champion d'Europe en 2015
Andrés Iniesta, capitaine du FC Barcelone champion d'Europe en 2015 SPORTSFILE


EURO 2008 : Espagne 1-0 Allemagne

UEFA.com : À l'EURO 2008, vous avez remporté le premier titre d'une série inédite de trois succès de la Roja, avant la Coupe du Monde 2010 et l'EURO 2012. Dans quel état d'esprit vous trouviez-vous au moment de grimper sur la pelouse pour la finale à Vienne contre l'Allemagne ?
Andrés Iniesta :
Je pense que le fait d'avoir battu l'Italie aux tirs au but (en quarts de finale) a constitué pour nous un vrai cap. Mais je pense aussi qu'après avoir sorti la Russie en demi-finale, l'équipe a vraiment commencé à croire qu'elle pouvait devenir championne d'Europe.

Tout sur l'EURO 2008

En finale, c'était l'Allemagne, mais cette demi-finale contre la Russie nous a donné beaucoup de confiance. En plus de cela, nous avions un superbe groupe de joueurs qui était vraiment ambitieux.

Nous avons failli remporter le Championnat d'Europe à plusieurs reprises (depuis 1964). Une génération de footballeurs qui s'était formée à la Coupe du Monde en 2006 et avait connu une grande campagne de qualification allait enfin avoir son moment de gloire et je pense que Luis (Aragonés, le sélectionneur d'alors) savait comment tirer le meilleur de chacun de nous.

Finale de l'EURO 2008 : Espagne 1-0 Allemagne
Finale de l'EURO 2008 : Espagne 1-0 Allemagne

Vous gagnez cette finale 1-0 sur un but de Fernando Torres (33e minute) servi par Xavi au millimètre...
Oui, la passe est essentielle dans ce but, non ? Elle est parfaitement dosée dans la course de Fernando. Cette passe, ce fut un geste très important et ensuite Fernando a utilisé toutes ses capacités techniques, sa vitesse, sa puissance pour le dernier geste. Ce fut un superbe but.

Avec El Niño (le Gamin, surnom de Fernando Torres), vous avez beaucoup joué en sélections de jeunes. C'était spécial que ce soit lui qui marque non ?
Oui, bien sûr. J'ai toujours eu une relation particulière avec Fernando. Nous avons réussi de grandes choses ensemble chez les jeunes. Chez les moins de 19 ans, on a été champions d'Europe en battant l'Allemagne en finale aussi. Nous avions gagné 1-0 et Fernando avait marqué le but de cette finale. Donc rééditer cela au niveau professionnel m'a rendu très heureux pour lui. Ce but a signifié beaucoup.

Vous avez remporté beaucoup de trophées et vu le nombre, on doit s'habituer un peu mais 2008, c'était vraiment l'explosion de joie avec ce trophée...
Oui, parce qu'il faut dire que concernant l'équipe nationale, de nombreuses générations ont essayé d'avoir de bons résultats et de remporter un trophée. Et au final, c'est nous qui avons réussi à le faire. C'était quelque chose de très important pour le football espagnol, pour les joueurs espagnols et également pour notre style de jeu. C'était le début de ce qui allait suivre.

La victoire de l'Espagne en 2012
La victoire de l'Espagne en 2012

EURO 2012 : Espagne 4-0 Italie

Quatre ans plus tard, vous êtes l'équipe à battre en Ukraine et en Pologne pour l'EURO 2012. Tenants du titre et champions du monde... Mais il y a eu ce match de la troisième journée contre la Croatie, très dur (victoire 1-0, but de Jesus Navas à la 88e minute).
Oui, j'ai de superbes souvenirs de l'EURO 2012. De superbes souvenirs de notre manière de joueur et de notre état d'esprit. C'est vrai que le match contre la Croatie, lors de la troisième journée, a été vraiment compliqué. Il nous ont posé des problèmes.

Tout sur l'EURO 2012

On était bien quand on est arrivés en finale (victoire 4-0 sur l'Italie, la plus large victoire dans une finale). Le fait est que nous avions beaucoup de respect pour l'Italie. Si je ne me trompe pas, je pense qu’elle avait éliminé l’Allemagne en demi-finales et qu’elle avait de grands joueurs (Andrea Pirlo, Mario Balotelli, Gianluigi Buffon). Mais nous avons produit le match parfait. Nous avons dominé, fait tourner le ballon rapidement et on s'est créé de nombreuses occasions. Je pense que c'est l'un des meilleurs matches de l'équipe nationale.

Gianluigi Buffon (à  g.) voit  Andres Iniesta lui adresser une frappe lors de la finale
Gianluigi Buffon (à g.) voit Andres Iniesta lui adresser une frappe lors de la finaleAFP via Getty Images

Dans un documentaire qui vous est consacré, Buffon dit que vous avez "des yeux dans le dos" et que perdre contre des joueurs comme vous ne fait finalement pas si mal....
Buffon et moi, nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises, que ce soit en club ou dans des compétitions d'équipes nationales. Parfois on gagne, et parfois on perd, mais je pense que le respect qu'il y a entre nous va au-delà de cela.

Qui est Iniesta ?

Buffon est une légende du football pour tout ce qu'il a fait, pour tout ce qu'il représente. Il n'y a pas de mots pour le décrire. Donc, entendre de tels mots venant de lui, c'est très, très spécial pour moi.

Ouvrir le score contre l'Italie est toujours important, en finale, Cesc (Fàbregas) a été plus rapide que (Giorgio) Chiellini et la tête gagnante était signée David Silva.
C'est vrai, c'est une action où je vois Cesc avec de l'espace devant lui et je passe le ballon. Et c'est vrai que pour prendre ce ballon il est allé plus vite que son défenseur. Mais je crois qu'il était dans la surface alors c'était difficile d'intervenir sur lui. Cesc a senti David arriver et lui a mis le ballon sur la tête pour une passe décisive admirable.

Qu'est-ce que l'on ne sait pas de cette finale ?
Et bien, comme je l'ai dit, elle me laisse de bien beaux souvenirs, essentiellement parce que nous avons été dominateurs dans cette partie. Les choses se sont produites au moment où nous le voulions.

Iniesta à l'EURO 2012
Iniesta à l'EURO 2012

On a attaqué quand on devait le faire, on a su garder le ballon qui circulait très vite. C'était une sorte de finale parfaite. En plus contre l'Italie, gagner 4-0 en finale alors que l'on était tenants du titre de champions du monde, ce fut le point d'orgue d'une épopée fantastique.

Et après cette finale vous été élu meilleur joueur du tournoi...
Je ne vais pas le cacher, c'est quelque chose que j'ai apprécié, qui avait beaucoup de signification pour moi. Lorsque vous avez aidé votre équipe nationale à remporter une deuxième victoire dans cette compétition, cela a beaucoup de signification.

Champions League 2006 : Barcelone 2-1 Arsenal

Finale de la Champions League 2006, Arsenal à Paris, vous passez la première période sur le banc. Qu'est-ce qui vous traverse l'esprit quand Sol Campbell ouvre le score pour Arsenal ?
J'étais fou de rage de ne pas débuter ce match. Mais une fois que j'ai pris place sur le banc, la seule chose que je voulais c'était entrer en jeu. Je voulais entrer pour donner un coup de main à l'équipe. Je savais que j'allais faire de bonnes choses si je pouvais m'exprimer.

Rétro : la finale 2006
Rétro : la finale 2006

Lorsque nous avons encaissé le premier but, il nous fallait inverser la tendance, et bien sûr, sur le banc, vous garder un œil sur l'équipe adverse pour pouvoir utiliser ce que vous avez vu si jamais vous devez entrer. Vous regardez les déplacements de l'équipe adverse. C'est ce que j'ai essayé de faire. Je suis entré en tant que milieu de terrain défensif et j'avais aussi des responsabilités dans la construction du jeu avec les défenseurs centraux.

Nous avons vraiment dominé par la suite et par chance Víctor (Valdés, le gardien du Barça ce soir-là) nous a sauvé la mise avant, nous permettant de rester dans le match. Ensuite, les buts de Samu (Samuel Eto’o) et (Juliano) Belletti ont fait la décision.

Edmilson, Carles Puyol, Andres Iniesta, Deco, Rafael Marquez fêtent le triomphe de Barcelone
Edmilson, Carles Puyol, Andres Iniesta, Deco, Rafael Marquez fêtent le triomphe de BarceloneIcon Sport via Getty Images

Vous avez énormément fait courir Arsenal lors de cette soirée...
C'est vrai. Quand ils se sont retrouvés à dix, c'est devenu plus difficile pour eux. On a accéléré pour s'ouvrir des espaces en seconde période. Ils n'en pouvaient plus et on a mis ces deux buts.

La deuxième célébration, vous avez tous sauté sur Belletti. J'avoue que j'ai eu un peu peur pour lui.
Oui, il était en bas de la pile. C'était un peu le même émotion que la victoire à l'EURO. La possibilité de remporter la Champions Leaguer avec Barcelone, c'est fantastique.

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Pour en terminer avec 2006, votre père – vos parents vous on soutenu toute leur vie – était dans les tribunes non ?
Oui, il y avait mes deux parents. Ils avaient fait le voyage en voiture.

Gagner devant, eux, cela a dû être un sentiment incroyable...
Oui, mon père a vu mes finales à Paris, Rome et Berlin. Je ne pense pas qu'il soit venu à Wembley mais il a fait les autres.

Champions League 2009 : Barcelone 2-0 Man United

Votre père était donc dans la capitale italienne, deux ans plus tard pour vous voir battre Manchester United 2-0 et remporter à nouveau la Champions League avec Barcelone. Cette finale a commencé dans le vestiaire par des passages du film "Gladiator"...
Oui, on ne s'attendait pas à voir cette vidéo, c'est une vidéo pleine d'émotion. Trop peut-être, je ne sais pas si cela a influé sur les dix premières minutes, mais Manchester était meilleur que nous. Par chance, tout s'est bien terminé, mais je me souviens de ces émotions et de cette saison très particulière

Iniesta, son but à la dernière minute contre Chelsea
Iniesta, son but à la dernière minute contre Chelsea

Il paraît que vous n'étiez qu'à 60% de vos possibilités pour cette finale...
Je voulais jouer cette finale parce qu'elle signifiait beaucoup pour moi et en fait je me souviens que c'était l'un des meilleurs matches que j'ai jamais joués. Le seul problème que j'ai eu, c'est que je ne pouvais pas frapper au but à cause d'une blessure au quadriceps.

Tout savoir sur la Champions League 2008/09

Mais je pouvais courir, changer de rythme, passer le ballon. Je pouvais le faire alors j'étais détendu à l'idée de bien jouer. Frapper était le seul problème. En fait, je pense que j'ai tenté une frappe à la 80e minute, mais je ne m'en souviens plus vraiment.

Les 5 triomphes européens du Barça
Les 5 triomphes européens du Barça

Alex Ferguson (l'entraîneur de Manchester à l'époque), pas vraiment connu pour sa propension à lâcher le moindre match et encore plus une finale, a déclaré que son équipe avait perdu après votre ouverture du score à la dixième minute. D'accord avec cela ?
C'est vrai, il y avait un peu ce sentiment. Avant le premier but, ils se sont créé deux ou trois grosses occasions, mais le but nous a donné de l'assurance et on a dominé ce match. Et quand une équipe a le contrôle du ballon comme nous l'avions à l'époque, on sait qu'au final, elle va faire des dégâts, parce que courir après le ballon ça épuise et je pense que cette équipe, en outre, n'en avait pas l'habitude. Elle jouait de manière très directe, mais elle était habituée à avoir la balle.

2009, Barcelone se couvre de gloire à Rome
2009, Barcelone se couvre de gloire à Rome

Et ce deuxième but, marqué de la tête par le plus petit joueur sur la pelouse (Lionel Messi). Il n'y a que Barcelone qui peut réaliser cela non ?
On a vu le talent de deux joueurs dominateurs. Xavi à la passe, ce n'était pas un centre, c'était plus précis que cela, entre (Rio) Ferdinand et (Nemanja) Vidić. Leo ensuite qui la prend de la tête. Spectaculaire et magnifique. Un coup de tête très dur à mettre.

Et vous réussissez le premier triplé C1-Liga-Copa de l'Histoire de Barcelone cette saison-là...
Vraiment unique, comme la fête qui a suivi à Barcelone. Magique. Quelque chose d'inoubliable.

Champions League 2011 : Barcelone 3-1 Man United

2011, Barcelone illumine Wembley
2011, Barcelone illumine Wembley

Deux ans plus tard, vous retrouvez cet adversaire anglais, cette fois à Wembley pour la finale, et là c'est le choc. (Carles) Puyol, votre capitaine, ne peut pas jouer. Il laisse la place à Éric Abidal...
Je me rappelle aussi que c'était une motivation pour nous de voir Abi jouer dans ce match et de le voir faire le match qu'il a fait. Cette finale, on l'a gagnée pour lui et pour tous les moments que nous avons traversés. Battre Manchester United comme on l'a fait à Wembley était vraiment magique.

Vous avez largement dominé le milieu de terrain, une fois de plus.
On avait des joueurs de couloir qui prenaient les espaces et des latéraux qui montaient aussi, c'était un ensemble. On défendait aussi. Lorsque Leo descendait un peut à droite, je remontais à gauche. C'était un aspect très important et, si je me souviens bien, je pense que (Wayne) Rooney a marqué de la tête juste avant la pause (1-1), mais l'équipe était en pleine confiance et la seconde période a été fantastique.

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Votre entraîneur, Pep Guardiola, a déclaré que cette deuxième période était la meilleure de son équipe sous son mandat, vous partagez cette opinion ?
C'est vrai, on était dominateurs et le fait que ce fut la finale en Angleterre, à Wembley, contre United a amplifié les choses. Cela a donné un certain retentissement à cette victoire.

Messi, mes finales de C1
Messi, mes finales de C1

Champions League 2015 : Barcelone 3-1 Juventus

En 2015, Barcelone est de retour au sommet en battant la Juventus à Berlin (3-1) et avec à la clé un nouveau triplé, et vous étiez capitaine...
Ce ne fut pas une saison impressionnante pour nous, mais j'avais l'impression que nous disposions d'une bonne équipe, solide, dure. C'était le cas aussi de cette équipe de la Juventus, mais nous étions en confiance et c'était particulier pour moi d'être le capitaine.

Et d'entrée vous êtes passeur décisif sur le but d'Ivan Rakitic à la 4e minute...
C'est clair que démarrer de cette manière est incroyable. Neymar m'a vu m'engager derrière Arturo Vidal. Je suis entré dans la surface avec le ballon. J'aurais pu frapper, mais l'option Ivan était plus sûre. Il était parfaitement placé.

Tout savoir sur la Champions League 2014/15

Messi-Suarez-Neymar, vous aviez ce trident exceptionnel aussi...
Oui, on a maîtrisé, on a forcé leur milieu de terrain à reculer. C'est vrai aussi que nous avons vécu des moments difficiles quand ils ont égalisé, mais pour nous tout s'est bien terminé. Devant, ils s'entendaient parfaitement, ils ont fait un travail fantastique.

Et avoir des joueurs de ce niveau en finale vous fait grandir beaucoup plus. Jouer avec eux trois était un privilège, un honneur. Vous saviez juste qu'ils pouvaient faire basculer le match à tout moment.

Toutes ces finales gagnées, et pourtant vous ne semblez jamais vous considérer comme un héros...
Non, les héros, c'est différent. Je ne suis qu'un gars de la région d'Albacete, de Fuentealbilla, 2 000 habitants. Personne n'aurait pu penser que j'en arrive là. Dans ce sens-là, je ne pense pas être un héros, juste un privilégié.


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