Unity EURO Cup : l’histoire d’Aminata
jeudi 15 octobre 2026
Résumé de l'article
Le parcours d’Aminata, qui a commencé par jouer au football en cachette au Mali pour finir par devenir arbitre et éducatrice sportive, montre comment la résilience et la passion du sport peuvent ouvrir des portes et aider à se construire une nouvelle vie.
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Quand Aminata Bah entrera sur le terrain pour la Unity EURO Cup à Florence, ce sera pour elle plus qu’un simple tournoi de football. Sa participation représente une nouvelle étape dans un parcours marqué par la persévérance, la résilience et un amour inconditionnel du jeu.
Aminata, qui a grandi au Mali, a rapidement nourri une passion pour le football. Mais le chemin a été semé d’embûches.
Jouer en cachette
Quand elle était petite, Aminata s’échappait pour jouer au football en cachette dans les rues avec d’autres enfants du quartier dès qu’elle en avait l’occasion.
Les matches étaient souvent organisés spontanément, parfois même avec des ballons de fortune, sur des terrains poussiéreux, sous un soleil écrasant ou sous la pluie. C’était du football sous sa forme la plus pure : une source de joie et d’amitié avec un sens de la communauté.
« Je jouais jusqu’à ce que mes chaussures tombent en lambeaux, se rappelle-t-elle. Parfois, je continuais même pieds nus. Même lorsque j’étais blessée, je ne disais rien à mes parents parce que je voulais retourner jouer le lendemain. »
La légende brésilienne Marta Vieira da Silva l’inspirait, d’où le surnom de Marta donné par ses proches.
La Unity EURO Cup
La cinquième édition de la Unity EURO Cup se déroulera le 15 octobre à Florence, au centre technique de la Fédération italienne de football. Cet événement est plus qu’un simple tournoi de football : c’est une célébration de la faculté de notre sport à unir les communautés, quel que soit le contexte. Organisé par l’UEFA en collaboration avec le HCR (l’Agence des Nations unies pour les réfugiés), cet événement mixte disputé par des équipes composées de réfugiés et de joueurs issus de leurs communautés d’accueil braque les projecteurs sur une fonction cruciale du sport : faciliter l’inclusion sociale.
Ne jamais abandonner
Pourtant, le football n’était pas considéré comme un sport convenable pour les filles dans sa communauté.
Son père et toute sa famille voyaient le football comme une activité masculine. Même après avoir été repérée par l’AS Mandé, l’un des meilleurs clubs féminins du Mali, Aminata a dû se rendre aux séances d’entraînement en cachette.
Les obstacles sont devenus encore plus grands quand elle a été identifiée comme une joueuse potentielle de l’équipe nationale.
« Quand j’ai été choisie pour les essais en vue d’une potentielle sélection en équipe nationale, mon père m’a interdit d’y aller », raconte-t-elle.
À 14 ans, quand elle a intégré l’école de sport Ben Omar Sy, sa famille l’a encouragée à se concentrer sur l’athlétisme, dans l'espoir qu’elle abandonne le football,
ce qu’elle n'a jamais fait.
Prendre sa place au centre du terrain
Ne pouvant pas jouer librement, Aminata a trouvé un autre moyen de rester dans le sport qu’elle aimait : l’arbitrage.
C’était une voie inhabituelle. À l’époque, très peu de femmes travaillaient comme arbitres, ce qui n’a fait que renforcer sa détermination.
En 2017, elle a encouragé des filles de son club d’athlétisme à devenir arbitres, afin qu’elles puissent lutter ensemble contre les stéréotypes.
« Pour moi, devenir arbitre était une preuve de ma résilience, explique-t-elle. En dépit des pressions, des préjugés et des obstacles, rien ne me décourageait. L’arbitrage m’a permis de prendre ma place au centre du terrain. »
« Le sport m’a permis de m’émanciper et de m’intégrer. Il m’a aidée à transformer chaque obstacle en une force. »
Un nouveau chapitre en France
Une nouvelle porte s’est ouverte quand Aminata est venue en France pour les Jeux olympiques de Paris 2024.
Elle est entrée en contact avec Kabubu, une organisation qui utilise le sport comme outil d’inclusion sociale et d’intégration.
Grâce à Kabubu, elle a pu revenir à ses premières amours et aussi se construire une nouvelle vie. L’association lui a offert une occasion d’alternance travail-études et l’a soutenue dans l’obtention de son diplôme d’éducatrice sportive.
« Le sport m’a permis de m’émanciper et de m’intégrer, indique-t-elle.
Il m’a aidée à transformer chaque obstacle en une force et à tisser des liens solides avec une nouvelle communauté. »
La réalisation d’un rêve avec la Unity EURO Cup
Aujourd’hui, Aminata se prépare à participer à sa première Unity EURO Cup, un tournoi organisé par l’UEFA et le HCR qui rassemble réfugiés et membres de leurs communautés d’accueil autour du football. Elle a été sélectionnée par la FFF, en partenariat avec Kabubu, pour intégrer l’équipe de France à l’occasion de la cinquième participation du pays au tournoi.
Pour elle, cet événement représente l’aboutissement d’années de persévérance.
« Cette participation à la Unity EURO Cup est pour moi une source de fierté et la fin d’un long voyage, explique-t-elle. Elle prouve que les rêves se réalisent et qu’on peut surmonter les obstacles culturels et familiaux. »
Les valeurs d’unité, de résilience et d’inclusion du tournoi sont le reflet des principes qui ont guidé sa propre histoire.
Et elle espère que sa résilience pourra constituer une source d’inspiration pour d’autres.
« Cette participation à la Unity EURO Cup est pour moi une source de fierté et la fin d’un long voyage. »
« Je conseille à toutes les jeunes filles et aux réfugiés de ne jamais laisser personne éteindre leur passion ou leur dire ce qu’ils doivent devenir. Soyez résilients si le chemin est semé d’embûches et de doutes. Croyez en vous-mêmes et saisissez chaque occasion que le sport vous offre de construire votre avenir. »
Ce sentiment d’appartenance était évident aussi lors du camp d’entraînement de l’équipe de France à Clairefontaine. Pendant deux jours, les joueurs se sont entraînés, ont partagé les repas, ont pris part à des activités médias et ont noué des amitiés avant leur déplacement à Florence.
Pour Aminata et ses coéquipiers, ce camp a été plus qu’une préparation au tournoi : c’était une nouvelle preuve que le football peut ouvrir des portes, renforcer les communautés et unir des personnes issues de milieux différents.