Enseignements tactiques des finales de compétitions de clubs 2026
vendredi 5 juin 2026
Résumé de l'article
L’équipe de formation des entraîneurs de l’UEFA revient sur les finales de l’UEFA Champions League, de l’UEFA Women’s Champions League, de l’UEFA Europa League et de l’UEFA Conference League.
Contenu médias de l'article
Corps de l'article
Les finales des compétitions de clubs de l’UEFA ont mis en évidence la difficulté mais aussi la satisfaction de rester à la pointe du football d’élite, et, pour les meilleurs techniciens, de la devancer.
En matière de formation des entraîneurs, la Convention des coaches de l’UEFA a pour but de veiller à ce que l’UEFA et le football européen soient toujours à l’avant-garde de l’excellence dans le développement des joueurs et joueuses. Cela implique de garantir des entraîneurs bien formés et compétents à tous les niveaux, tout en actualisant continuellement les systèmes de formation et les standards de l’entraînement.
Qui plus est, cet engagement vise à promouvoir l’apprentissage basé sur la réalité, qui repose sur l’accumulation quotidienne d’expériences vécues, de connaissances, de compréhension et de compétences, en complément des méthodes d’apprentissage plus formelles et de la formation professionnelle continue (FPC).
Selon Kris Van Der Haegen, responsable de la formation des entraîneurs de l’UEFA, l’objectif de l’apprentissage basé sur la réalité est de « faire en sorte que le ou la coach soit son propre meilleur enseignant ». Il explique : « L’un des moyens d’y parvenir est de regarder des matches en se concentrant sur les exigences du football actuel. Lorsque l’entraîneur s’approprie son propre processus d’apprentissage, son enseignement et ses séances deviennent plus efficaces. »
L’UEFA offre des opportunités d’apprentissage informel grâce aux analyses publiées sur ce site. De nombreuses personnes auront également tiré des enseignements du visionnage des grandes finales de clubs, où un thème récurrent a été la recherche de solutions dans des espaces réduits. Kris Van Der Haegen observe : « Lorsque les équipes ferment les espaces, il est crucial de trouver des solutions pour passer d’espaces réduits à de grands espaces. »
Le terme de « verticalité » définit l’une des manières de contourner un bloc tactique, et on a pu voir le Paris Saint-Germain l’appliquer lors de la finale de l’UEFA Champions League. Khvicha Kvaratskhelia hérite d’une passe et s’élance depuis la ligne médiane dans une situation de 3 contre 3 sur toute une moitié de terrain. De même, Aston Villa combine dans de petits espaces pour attaquer la profondeur lors de la finale de l’UEFA Europa League. Après une récupération de balle, une seule passe suffit pour éliminer le pressing et lancer Ollie Watkins à pleine vitesse dans la moitié de terrain adverse.
Le but de Crystal Palace en finale de l’UEFA Conference League débute par un renversement de jeu de la droite vers la gauche, l’orientation diagonale pour s’extirper du pressing venant d’une passe de Daichi Kamada qui permet à Adam Wharton de progresser vers l’avant. Plus audacieux encore, le FC Barcelona ressort sous pression lors de la finale de l’UEFA Women's Champions League. À la suite d’une interception, la situation se transforme en un petit jeu de transition, un 3 contre 2 ou un 2 contre 2, et grâce à Patri Guijarro, le FC Barcelona possède la qualité nécessaire pour s’en sortir et exploiter des espaces plus grands.
« La vitesse d’exécution technique est tellement plus élevée, et le temps ainsi que l’espace pour opérer tellement plus réduits, que la maîtrise du ballon dans de petits espaces est devenue primordiale. Il existe trois façons de se défaire du pressing : une passe verticale, une passe diagonale ou la progression de la balle au pied. »
Kris Van Der Haegen détaille le travail d’entraînement derrière la passe décisive de Patri pour Ewa Pajor : « On y voit le timing idéal, l’excellente qualité de la passe, puis le premier contrôle, l’accélération et la finition. Ce sont ces détails qui font la différence. »
Le but de Jozef Záhorský, responsable principal de la formation des entraîneurs de l’UEFA, est d’aider les techniciens à identifier, analyser et appliquer ces notions supplémentaires dans leur travail au quotidien. Il explique : « Le jeu est le meilleur enseignant pour les coaches, et il relève de notre responsabilité d’apporter et de développer des compétences dans les cours de formation, la formation continue ainsi que l’apprentissage informel. »
Les coaches mettent en pratique leur apprentissage basé sur la réalité lorsqu’ils transmettent leurs connaissances aux joueurs et joueuses en utilisant un enseignement lui aussi axé sur la réalité. « S’agissant de développer la compréhension du jeu, nous sommes convaincus que le jeu reste le meilleur enseignant », confirme Jozef Záhorský.
Principes d’entraînement : espaces réduits
• À la récupération du ballon, identifier immédiatement la première passe (se défaire du pressing), que ce soit directement vers les numéros 7, 9 ou 11 ou en passant par un troisième joueur ou joueuse, est-ce dans les pieds ou dans la profondeur ?
• Identifier où se situent les espaces libres, qu’ils soient diagonaux ou verticaux.
Lors de la conception de séances de travail comme celles présentées ici, les besoins du jeu doivent toujours prévaloir. Phil Church, responsable principal de la formation des entraîneurs professionnels au sein de la Fédération anglaise (FA), cite comme critères « le réalisme, la pertinence, la répétition et le résultat final », expliquant : « Il est important de rester proche du réel, en recréant des situations de matches et en essayant de voir ce qui est requis du point de vue du joueur ou de la joueuse. »
Principes d’entraînement : grands espaces
• Les attaquants dans les grands espaces doivent prendre de bonnes positions et se rendre disponibles pour recevoir la passe (aussi bas que nécessaire, aussi haut que possible).
• Penser à jouer vers l’avant rapidement, sur un tempo soutenu.
• Soutenir les courses vers l’avant.
• Conclure l’action.
Le parcours du joueur ou de la joueuse est essentiel : la convention donne la priorité au bien-être et au développement global des joueurs et joueuses, et forme les coaches en conséquence. Les titulaires du diplôme Elite Youth A ont pour mission d’accompagner avec soin la transition entre le football de jeunes d’élite et le football professionnel.
Cela est particulièrement vrai au vu des jeunes joueurs et joueuses évoluant au milieu de terrain lors de ces finales de clubs : Johan Manzambi (20 ans, Freiburg), Lily Yohannes (18 ans, OL Lyonnes), Adam Wharton (22 ans, Crystal Palace) et Myles Lewis-Skelly (19 ans, Arsenal), et des exigences accrues qui ont pesé sur leurs épaules, des défis qu'ils ont relevés de fort belle manière. À titre d’exemple, Lewis-Skelly a fait preuve d’une grande capacité d’adaptation pour sa deuxième titularisation seulement au milieu de terrain en Champions League.
Nora Häuptle, experte du développement du football féminin à l’UEFA, souligne « les qualités physiques, la technique, l’activité de surface à surface, l’explosivité, l’intelligence de jeu et la prise de décision » de ce quatuor, notant : « Nous voyons de très jeunes joueurs et joueuses percer au milieu de terrain. Pour les coaches, il est important de comprendre qu’on ne dirige pas un joueur ou une joueuse de 18 ans de la même manière qu’un joueur ou une joueuse de 30 ans. »
Sur le plan pratique, le cursus Elite Youth A propose des séances d’entraînement axées sur le jeu, qui anticipent les futurs adversaires, le pressing et l’intensité, tout en reliant l’entraînement aux matches par le biais de l’apprentissage basé sur la réalité.
Néanmoins, l’accompagnement réussi des jeunes joueurs et joueuses requiert une vision plus large et stratégique : tout comme le milieu de terrain en devenir a besoin d’une vision à 360° au cœur de l’action, l’entraîneur doit disposer d’une approche globale et d’un staff structuré de manière adéquate.
« Il devrait y avoir un spécialiste du développement individuel des joueurs et joueuses, un entraîneur de transition, chargé de s’occuper de ces jeunes éléments et de les préparer à obtenir davantage de temps de jeu », préconise Kris Van Der Haegen.
Le chemin vers l’équipe première est semé d’embûches. Les exigences physiques du football professionnel dépassent celles des catégories de jeunes, l’aptitude à rivaliser en termes de vitesse, de puissance et de duels en un contre un s’avérant primordiale. L’accumulation des matches constitue également un risque évident, car les jeunes joueurs et joueuses n’ont pas encore achevé leur développement physique. « De combien de temps disposent-ils réellement pour s’entraîner et progresser ? » interroge Kris Van Der Haegen.
L’idée d’un entraîneur de transition supervisant la gestion de la charge de travail s’inscrit dans un contexte où les préparateurs individuels, et les plans de développement individuel (PDI), se généralisent. « Tandis que l’entraîneur principal s’efforce de gagner des matches, je pense que les clubs vont commencer à confier à quelqu’un la responsabilité de travailler avec chaque joueur sur des PDI, car cela permet de valoriser l’effectif », estime Phil Church.
Le facteur le plus important dans le développement d’un joueur reste sans doute le temps de jeu au plus haut niveau. Le calendrier actuel, où les équipes jouent tous les trois ou quatre jours, renforce l’importance de concevoir avec soin des plans et des parcours de développement adaptés à différents scénarios, qu’il s’agisse d’une intégration précoce dans l’équipe première au sein du club ou d’un départ en prêt.
Les joueurs et joueuses doivent connaître les standards et la culture de l’environnement dans lequel ils évoluent, y compris les comportements attendus, la charge de travail et la concentration requise. Pour un entraîneur, il est essentiel de tisser des liens étroits avec les joueurs et joueuses pour évaluer s’ils possèdent à la fois la confiance et l’humilité nécessaires pour s’épanouir.
Johan Manzambi, qui perce à Freiburg, est l’exemple type d’un joueur s’épanouissant dans une culture de club spécifique. « Lorsque vous êtes Manzambi et que vous débutez à Freiburg, on vous confie d’importantes responsabilités », rappelle Kris Van Der Haegen. « Le profil du joueur ou de la joueuse correspond-il à cette culture ? » Il est parfois plus aisé pour un jeune joueur entouré de stars de « conserver son rôle de jeune », ajoute-t-il, alors que « dans d’autres clubs, il peut être plus facile de s’imposer d’emblée comme un leader ».
Contributeurs et contributrice
Nora Häuptle experte du développement du football féminin à l’UEFA et sélectionneuse de l’équipe nationale féminine de Zambie
Kris Van Der Haegen responsable de la formation des entraîneurs de l’UEFA
Jozef Záhorský responsable principal de la formation des entraîneurs de l’UEFA
Phil Church responsable principal de la formation des entraîneur·e·s de football professionnel au sein de la Fédération anglaise (FA)