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Exclu. Deschamps : « Une parenthèse enchantée »

Le sélectionneur de l'équipe de France Didier Deschamps se livre avant la demi-finale de l'UEFA Nations League face à la Belgique et sait les Bleus « très attendus » par les Diables rouges.

Le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps lors du dernier match de l'équipe de France en éliminatoires européens
Le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps lors du dernier match de l'équipe de France en éliminatoires européens Getty Images

UEFA.com : On peut dire que le football ne s'arrête jamais. L'EURO à peine terminé, on passe déjà à une autre compétition. Dans quel état d'esprit êtes-vous en ce moment ?
Didier Deschamps : C'est la situation qui est un peu particulière à savoir, dans la même année, il y avait trois objectifs, avec évidemment la phase de qualification, et elle n'est pas finie, pour la Coupe du Monde, l'EURO et puis, comme on a eu le bonheur de finir premiers de notre groupe, la participation à ce Final Four qui va venir vite en Italie. En général il y a un objectif ; là, on en a trois ! Donc il faut s'adapter aussi, c'est tronçonné un petit peu, mais à partir du moment où on est au haut niveau, et pour les joueurs qui sont des compétiteurs, d'avoir des titres à aller chercher, des objectifs élevés comme ça, c'est plutôt une bonne chose.

En deux minutes, France 3-3 Suisse (4-5 t.a.b.)
En deux minutes, France 3-3 Suisse (4-5 t.a.b.)

C'est pas évident, c'est les montagnes russes à chaque fois. Comment faites-vous après la déception de cet été ? Il faut rebondir après, puis il y a une autre compétition, ce n'est pas simple...
Non, mais on ne va pas se plaindre, c'est le haut niveau. Évidemment, quand on est arrivés tout en haut... C'est déjà très difficile d'y arriver. S'y maintenir, c'est encore plus difficile, mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas atteint l'objectif qui était le nôtre que tout s'arrête. Ça sert aussi d'expérience dans l'analyse et il faut se reprojeter vers de nouveaux objectifs. C'est ce qu'on a eu à la rentrée, même si on avait fait une première phase de qualification pour la Coupe du Monde au mois de mars, il y a eu le mois de septembre, et là ce Final Four est une parenthèse enchantée.

Il y a les quatre très bonnes équipes européennes avec la possibilité d'avoir un titre au bout, donc on aura de toute façon deux matches de haut niveau. Le premier, face à cette équipe de Belgique qui est certainement l'une des meilleures nations européennes ou mondiales. Je dirais que c'est moins difficile à préparer ce type de match que des matches de qualification ou des matches amicaux. Forcément, même si le public est heureusement revenu dans les stades, quand on rencontre des équipes qui, sur le papier, sont un peu plus faibles, les joueurs en ont conscience mais, malgré tout, c'est difficile de trouver l'adrénaline, comme on dit, pour aller chercher et être dans la très haute compétition.

Ce Final Four de l'UEFA Nations League, c'est la piste aux étoiles...
Oui, déjà quand on voit les groupes, ce sont les meilleures nations puisque, dans la Ligue A, il y a évidemment toutes les meilleures nations européennes. Et pour nous, d'être sortis premiers en allant gagner au Portugal, c'est ce qui nous permet de nous qualifier pour ce Final Four, évidemment c'est une énorme satisfaction.

Portugal 0-1 France
Portugal 0-1 France

Une nouvelle compétition puisque ce n'est que la deuxième édition. On vous connaît Didier, c'est un nouveau trophée à aller chercher...
Oui, ce n'est pas un Championnat d'Europe, ce n'est pas une Coupe du Monde mais c'est une très belle compétition qui est venue pour remplacer surtout tous les matches amicaux, qui aujourd'hui ont certainement moins d'intérêt. C'est toujours difficile d'organiser des matches amicaux. Là, ce sont des affiches, dans les matches de groupes qu'il y a eu, et puis là avec les quatre équipes qui sont qualifiées avec la Belgique, l'Italie, l'Espagne et nous : c'est un plateau de très, très haut niveau.

On sent que la Belgique est notre nouveau meilleur ennemi après l'Allemagne dans les années 80. On sent que le France - Belgique est une nouvelle rivalité, êtes-vous d'accord avec moi ?
Je pense que de leur côté oui, il y a cette rivalité qui est peut-être un peu exacerbée à la suite de cette demi-finale en Russie où la Belgique avait fait un très, très bon match mais c'était nous qui avions réussi à nous imposer et à atteindre la finale. Je pense qu'il y a certainement un peu d'amertume, de regrets peut-être aussi. Les comparer aux Allemands, pourquoi pas. La seule différence, et je ne veux pas que ce soit mal interprété, c'est que dans cette période-là les Allemands gagnaient. Même si on a inversé cette tendance avec les Allemands depuis quelques années où, lorsqu'on a eu à les rencontrer, on s'est souvent imposés... Mais oui je sais très bien que du côté belge on va être très attendus.

Phase finale de Nations League, Lukaku / Mbappé
Phase finale de Nations League, Lukaku / Mbappé

Ça ne changera rien à ce qui s'est passé en 2018, on ne va pas parler de revanche, parce ce qu'il n'y a pas de revanche, mais il y a une place en finale pour ces deux équipes et l'équipe de Belgique, aujourd'hui, est une équipe complète. Elle est solide, elle a l'expérience. Évidemment, elle a une bonne maîtrise technique et elle a un a trio offensif avec Hazard, Lukaku, De Bruyne, pour ne citer que les trois, qui lui permet aujourd'hui d'obtenir de très, très bons résultats. Certes, ils n'ont pas gagné de trophées importants. Le classement FIFA, il est ce qu'il est. C'est la première nation, ça prouve avec les résultats qu'ils ont obtenus la qualité de cette équipe de Belgique.

Quelles sont les qualités de cette équipe belge pour vous ?
Elle a un bloc solide mais elle a une capacité créative, une animation offensive qui est performante. Ils ont une très, très bonne efficacité, ils arrivent à avoir une bonne maîtrise, une bonne possession avec un schéma qui est quasi le même à chaque fois, basé sur une défense axiale à trois qui est un peu modulable. Ils peuvent se retrouver à quatre à défendre ou à cinq, avec des joueurs qui sont là depuis pas mal d'années, qui se connaissent, donc pas mal d'automatismes et de qualités individuelles avec des joueurs qui sont capables sur un exploit de faire la différence.

C'est vrai que c'est toujours spectaculaire...
L'affiche l'est, après les matches sont ce qu'ils sont. Le dernier qu'on a joué contre eux à la Coupe du Monde, la demi-finale, n'était peut-être pas très spectaculaire. On avait énormément souffert, trop souffert d'ailleurs, parce qu'ils nous avaient laissé peu le ballon mais on avait su très bien défendre en commettant très, très peu de fautes. Mais on n'avait pas le choix même si, à mon goût – et je me souviens très bien de ce match-là – on avait eu tendance à reculer un peu trop, à être un peu trop bas et, forcément, à avoir peu d'opportunités offensives.

Varane, « la défense est notre identité »
Varane, « la défense est notre identité »

Que pensez-vous de Raphaël Varane en tant que joueur et en tant qu'homme ?
Raphaël, je l'ai eu depuis le départ, c'est-à-dire depuis 2012 quand je suis devenu sélectionneur. Donc il était tout jeune, j'avais énormément confiance en lui, le potentiel qu'il pouvait déjà avoir. Au début il a écouté et aujourd'hui il fait partie des cadres de mon équipe avec une responsabilité, bien évidemment, sur le terrain et en dehors. C'est quelqu'un qui a une énorme expérience, il dégage beaucoup de sérénité, de calme. Il fait partie des tout meilleurs défenseurs mondiaux. Son changement de club, à Manchester, a forcément amené des modifications dans son quotidien puisque ce n'est pas du tout le même style de jeu qu'au Real Madrid avec une équipe qui avait énormément de possession, peu de pression. Là évidemment, il y a beaucoup plus d'intensité, de duels mais il est prêt pour ça.

Il n'a pas les caractéristiques d'un défenseur rude au contact mais il est beaucoup dans l'anticipation, il va très vite, bonne maîtrise technique. Et sur le plan humain, c'est quelqu'un qui est toujours observateur, à l'écoute qui est arrivé à maturité donc c'est toujours un plaisir pour moi. Il fait partie de mes relais privilégiés dans l'équipe quand j'ai besoin d'avoir son ressenti sur différentes choses, sur le groupe, sur un choix tactique... Donc c'est une relation de confiance, pratiquement dix ans que je l'ai avec moi, que je le sélectionne, donc c'est un des cadres, un des points forts de l'équipe de France.

Tous les buts de la France jusqu'en phase finale
Tous les buts de la France jusqu'en phase finale

C'est un leader zen...
Oui, mais expressif. Il ne l'était pas au départ, quand il était jeune, mais aujourd'hui il prend plus la parole, c'est important aussi. Mais oui, il dégage cette tranquillité, je dirais même un peu de facilité, d'aisance. C'est un défenseur qui est beau à voir jouer, mais ça ne l'empêche pas d'être efficace. On lui a reproché pendant en moment de n'être pas assez agressif, pas assez dans le duel mais il n'a pas besoin de ça. Il est bon dans le duel, il va très vite. Il a un bon jeu de tête, offensif et défensif, ce qui fait de lui un des meilleurs défenseurs au niveau mondial.

On a tendance à oublier son palmarès, les récompenses qu'il a eues, à seulement 28 ans...
À déjà 28 ans… Il a commencé très tôt au haut niveau. En étant au Real Madrid, il a évidemment eu plus de possibilités de gagner des titres que dans d’autres clubs. Ce n’est pas quelqu’un qui se met énormément en avant sur le plan médiatique : il aime cette discrétion. De par ce qu’il fait, les titres qu’il a obtenus, ça met en valeur sa carrière jusqu’à maintenant. Après, les récompenses individuelles sont attribuées surtout à des joueurs offensifs, créatifs, qui marquent des buts. Il en marque, mais bon il y en a d’autres qui marquent plus... S’il y avait un trophée à donner pour le défenseur de l’année, il serait en très bonne place.

Vivement le 7 octobre contre la Belgique alors...
C’est à Turin… Torino ! Ça va, je connais bien, c’est un peu ma deuxième maison. C’est avec grand plaisir que je retournerai à Turin pour cette superbe affiche… J’y suis déjà ! On se prépare.