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Points techniques

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Camilla Huseby (Norway) ©Sportsfile

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LE PRESSING HAUT DE LA NORVÈGE : ATTAQUES EFFICACES DEPUIS UNE DÉFENSE SOLIDE

Le pressing haut aura été l'une des caractéristiques du jeu de la Norvège, en Suisse et l'illustration de la bonne organisation d'une équipe qui cherchait à tenir le ballon pour bien attaquer. Monika Staab, observatrice technique de l'UEFA, a analysé les performances de la Norvège dans le Groupe A, pour expliquer les raisons du succès de son approche tactique.

Devant, l'attaque à trois empêchait l'adversaire de construire depuis sa surface et le forçait à user de longs ballons. Cela pourrait être perçu comme une tactique risquée, car les trois joueuses pressaient haut en permanence, mais grâce à une bonne organisation et des déplacements groupés, ce fut très efficace. Il suffit de voir, par exemple, le nombre de ballons interceptés dans le camp adverse.

"Toute l'équipe est en déplacement constant et parcoure de longues distances, explique Monika Staab. Le jeu norvégien demande une grande endurance physique et une haute intensité ; tout le monde se soutient et personne ne tente d'action en solitaire. Les Norvégiennes travaillent collectivement et restent concentrées sur le jeu en permanence."

Ci-dessous, vous pouvez constater la bonne organisation des joueuses scandinaves lors du match contre la France. Chaque joueuse connaît son rôle et remplit ses fonctions avec une grande discipline. Elles répondent de suite aux directives venues du banc concernant les déplacements.

Au milieu, les six Norvégiennes, plus défensives, étaient prêtes et capables de couvrir de longues distances à un rythme élevé pour mettre la pression sur les adversaires, qui étaient souvent obligées de rejouer vers leur gardienne, qui, elle n'avait d'autre solution que de jouer long. Vu la bonne organisation défensive norvégienne et leur puissance en un contre un, elles récupéraient souvent le ballon et étaient vite prêtes pour la transition défense-attaque.

 "La Norvège dispose d'une bonne qualité défensive, note Monika Staab. Elles ont tous les outils nécessaires mais aussi le bon comportement pour rester solide et éviter les erreurs en défense." Leur style de jeu était fait pour les joueuses physiques, grandes qui composaient l'équipe.

Ce schéma montre où la Norvège récupérait le ballon contre l'Espagne, en première mi-temps de leur match d'ouverture, remporté 2-0 contre celles qui remporteraient finalement la compétition. Durant cette rencontre, elles sont devenues la seule et unique nation de tout le tournoi (des éliminatoires à la finale) à marquer contre les Ibères. Pour ce faire, elles ont pressé haut et ont récupéré la plupart des ballons dans la moitié de terrain espagnole.

"Il existe une tendance qui consiste à presser haut et, pour ce faire, il faut des joueuses vraiment physiques, explique Monika Staad. L'Espagne cherche toujours à récupérer le ballon, mais les Espagnoles ne pouvaient pas jouer contre la Norvège comme elles ont joué contre la Suisse. Elles ne pouvaient pas mettre leur jeu en place, ce à quoi elles ne sont pas habituées. Dès la gardienne, qui donnait ses consignes de derrière, chacune des joueuses savait ce qu'elle avait à faire, et elles s'y sont tenu durant 90 minutes."

Contre la France, le pressing haut des Norvégiennes a aussi contraint les Bleuettes à laisser le ballon dans leur propre moitié de terrain ou au niveau de la ligne médiane. C'est bien souvent dans le cœur du jeu que le ballon changeait de camp.

La France redonnait souvent le ballon à la Norvège au niveau de la ligne médiane : 37 fois dans le camp de la Norvège, mais aussi 13 fois dans sa propre moitié de terrain. Le seul but norvégien, qui leur permit de gagner 1-0, est né d'un excellent mouvement collectif démarré dans le rond central.

Dans la transition attaque-défense, l'arrière latérale qui se trouvait du côté de l'adversaire qui portait le ballon venait presser tandis que l'arrière latérale de l'autre côté venait vite prendre place au sein d'une défense à quatre. Quand les deux latérales étaient en défense, la Norvège défendait à cinq et cela devenait très difficile pour les attaquantes adverses de trouver les espaces.

De puis, les Norvégiennes savaient quand et comment se porter vers l'avant. Elles étaient donc capables de s'économiser au sein de leur système, ce qui pourrait servir aux autres nations si elles cherchaient comment attaquer efficacement tout en défendant avec solidité.

SUPRÉMACIE SUR COUP DE PIED ARRÊTÉ

Quinze des 33 buts marqués en Suisse venaient directement ou indirectement de coups de pied arrêtés. C'est d'ailleurs ainsi que l'Espagne a remporté la finale. Les Ibères n'avaient pas réussi à trouver le chemin des filets face à une Allemagne bien organisée et ce n'est pas étonnant de constater qu'elles ont réussi à s'adjuger le titre grâce à un coup franc. Cela illustre une nouvelle fois l'importance de ces situations.

Presque toutes les nations participantes ont confirmé ce qu'avaient vu les observateurs techniques de l'UEFA : elles ont beaucoup travaillé les phases arrêtées à l'entraînement (généralement 20 à 25 % des entraînements). Jessica Torny, sélectionneuse des Pays-Bas, a déclaré : "Nous avions dix jours de libre avant de venir ici. Nous nous sommes dit : 'Nous avons de bonnes joueuses de tête et de bonnes tireuses de coups francs.' On a alors décidé d'y accorder plus de temps, et on a vu que cela avait porté ses fruits durant le premier match." Et même au-delà, puisque trois des cinq buts néerlandais sont venus de ballons arrêtés.

Si l'on tient compte des deux buts marqués dans le jeu mais faisant suite à une touche, le pourcentage de buts venus de phases arrêtées frôle les 50 %. Pour obtenir des coups francs dangereux, il faut savoir se mettre en situation de but, néanmoins, et on constate que la plupart des fautes qui ont conduit à un coup franc ou des attaques qui ont conduit à un corner venaient de transitions rapides et de contre-attaques, avec des adversaires mal placés ou en pleine réorganisation défensive et, de fait, promptes à faire des fautes. Cela montre aussi l'importance des transitions : elles servaient à perturber l'équilibre d'unités défensives habituellement solides et organisées.

UNE MOISSON INHABITUELLE

Les 33 buts marqués en Suisse l'ont été par 26 buteuses différentes. L'Espagne, qui a remporté la compétition, n'a marqué que dix buts (un de plus que l'Allemagne, finaliste), tandis que le pays hôte et les Pays-Bas en ont aussi marqué cinq mais n'ont pas réussi à passer la phase de groupes. De plus, aucune joueuses n'a marqué plus de deux buts. Ce sont donc sept joueuses qui se partagent le titre honorifique de meilleure buteuse.

Cette répartition peut être interprétée de diverses façons. Toutefois, on ne peut nier le manque de finisseuse pure et de joueuses de très haut niveau capables de décider du sort d'un match sur un coup de génie. "Cela me manque, déclarait Béatrice von Siebenthal. Nous ne voyons plus de joueuses qui ont naturellement le sens du dribble, celles qui savent naturellement passer l'adversaire sans se poser de question."

Ce pourrait être dû à la Coupe du Monde féminine des moins de 20 ans de la FIFA (voir sujet ci-dessous), qui a privé la moitié des finalistes de certaines de ses meilleures joueuses. Cela peut aussi venir de la force des hôtes, qui ont permis aux huit nations d'avoir un niveau à peu près équivalent.

Cependant, de manière générale, le manque de buts peut être attribué à la solidité grandissante des défenses. "Les défenses jouent mieux qu'avant. Dans le jeu, c'est plus compliqué de marquer, note Béatrice von Siebenthal. C'est de plus en plus dur de percer les défenses."

Mais comment les équipes ont-elles marqué, en Suisse ? Neuf buts ont été inscrits par des ailières, même si les flancs n'ont pas été exploités aussi efficacement qu'elles auraient pu l'être. "Peu de latérales se sont projetées vers l'avant, constate Béatrice von Siebenthal. Je me souviens, par le passé, l'Allemagne avait des latérales qui montaient tout le temps. Mais le style défensif, à l'image de la Norvège, empêche les latérales de monter." Conséquence : les ailières repiquaient souvent dans l'axe et la plupart des buts sont venus de là.

Tandis que les contre-attaques ont souvent "mené au but", d'après Béatrice von Siebenthal, "il faut quand même avoir cette joueuse rapide. Et on n'en a pas vu beaucoup durant la compétition." Sept buts sont venus directement de contres. Dans ce domaine, l'Allemagne a brillé : trois des cinq buts inscrits par les Allemandes sont nés de contre-attaques. Durant la compétition, trois buts ont été marqués au terme d'actions construites depuis la défense, et trois autres sur de longs ballons envoyés depuis la défense. Dix buts sont venus de passes délivrées depuis le milieu, huit ont été donnés par l'attaquante de pointe, un par une défenseure centrale et deux par des milieux offensives. Enfin, trois ont été amenés par des latérales.

Même si ce fut le deuxième tournoi final le moins prolifique de l'histoire des Moins de 19 ans féminines, et de la phase à élimination directe la moins prolifique au global, aucun match ne s'est soldé sur un 0-0. "Toutes les équipes jouaient pour gagner, même quand elles semblaient attentistes, explique Béatrice von Siebenthal, qui parle encore une fois de 'prudence', terme qui colle bien au jeu pratiqué durant la compétition (et au cours de laquelle seul un but a été marqué suite à une mauvaise passe au milieu de terrain). "On ne peut pas attendre de l'adversaire qu'il fasse une erreur et vous donne le but. Il faut trouver un moyen de le faire", ajoute von Siebenthal.

TROUVER L'ÉQUILIBRE ENTRE LES U19 ET LE MONDIAL U20

Alors que la Coupe du Monde féminine des moins de 20 ans de la FIFA 2018 devait débuter en France moins d'une semaine après la fin de la phase finale du Championnat d'Europe féminin des moins de 19 ans de l'UEFA, les quatre nations participant aux deux tournois durent faire face à un dilemme. L'Espagne, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas ont fonctionné différemment au moment de composer leur effectif, vu le peu de temps qui séparait les deux tournois.

Les joueuses nées entre le 1e janvier 1999 et le 31 décembre 2002 étaient éligibles pour jouer en Suisse, mais on constate que bon nombre d'entre elles sont nées au cours de la deuxième moitié de cette tranche (notamment en finale). En effet, le match opposant l'Espagne et l'Allemagne avait tout d'un choc de Moins de 18 ans ; seules cinq joueuses, sur les deux équipes (soit 40 filles) seront trop agées pour l'édition 2019.

"Pour nous, c'était clair depuis le début : les joueuses ne joueraient qu'un tournoi. C'est pour cela que nous avons vite promu les joueuses de 1998 et 1999 en Moins de 20 ans", expliquait Bettina Wiegmann, sélectionneuse adjointe de l'Allemagne qui, comme la sélectionneuse Maren Meinert, entraîne les deux sélections depuis l'automne dernier et sera aussi là en France. "Nous avons mélangé les deux équipes pour qu'elles fassent le camp d'entraînement ensemble."

Après le Tour Élite, au cours duquel seules cinq joueuses des Moins de 20 ans allemandes (dont Lena Oberdorf et Sjoeke Nüsken, qui auraient pu jouer avec les Moins de 17 ans en mai) étaient là, les deux équipes respectives ont été clairement définies.

L'Espagne est sortie des éliminatoires avec plus de membres de l'équipe des Moins de 20 ans que des Moins de 19 ans. Cela signifie que le sélectionneur Jorge Vilda a sélectionné plusieurs joueuses novices, qui ont fait leurs débuts en Suisse. Néanmoins, l'Espagne a pris un parti différent concernant le staff. En effet, Vilda, qui fut désigné directeur du football féminin par la fédération en juin dernier, en plus de son poste de sélectionneur de l'équipe première, prit la place de Pedro López, parti coacher les Moins de 20 ans. Il a pris avec lui tout le staff de l'équipe première, permettant à López de travailler avec les personnes avec qui il a remporté l'édition 2017 du tournoi des moins de 19 ans.

Les Pays-Bas ont suivi une approche similaire dans le but de former les joueuses. Ils ont choisi les meilleures joueuses du Tour Élite avant de les répartir dans chacune des équipes. "Pour nous, il était préférable d'envoyer les meilleures chez les Moins de 20 ans, mais il fallait veiller à ne pas y envoyer trop de joueuses, car elles auraient passé leur temps sur le banc, explique Jessica Torny, ajoutant néanmoins qu'elle savait à peu près qui jouerait dans chacun des tournois tout au long de l'année. "Nous devions d'abord nous qualifier pour les Moins de 19 ans. Une fois cet objectif rempli, nous avons regardé le nombre de joueuses dont nous disposions et qui nous ferions jouer dans chacune des équipes."

"C'est génial, pour elles, de jouer une Coupe du Monde, mais il est aussi important de les laisser progresser, poursuit Torny. Nous ne voulons pas avoir deux joueuses pour un même poste et qu'une ne joue pas. Quand c'était le cas, alors on envoyait les filles de 2000 chez les Moins de 19 ans et celles de 1999 chez les Moins de 20 ans."

La France a suivi la méthode de l'Espagne, en remplaçant Gilles Eyquem, sélectionneur des Moins de 19 ans, et aussi en charge des Moins de 20 ans, par Gaëlle Dumas, habituelle sélectionneuse des Moins de 18 ans, qui a confié que ses huit meilleures joueuses évoluaient avec l'équipe première.

Résultat : comme l'illustre le tableau ci-dessous, cela a conduit à l'absence de 51 joueuses nées entre 1999 et 2001 et qui auraient pu être sélectionnées mais qui ont finalement disputé la Coupe du Monde.

PRIME À LA PRÉPARATION ET À L'ANALYSE DES MATCHES

La préparation et l'analyse des matches jouent un rôle de plus en plus important dans le football féminin, Moins de 19 ans inclus. Il est intéressant de se pencher sur les différentes méthodes adoptées par les nations dans ces domaines.

On fait souvent appel à un analyste vidéo, et ce, dès la phase de groupes. Le Danemark a fait exception à la règle. En effet, la sélection danoise disposait du plus petit staff de la phase finale. Cela ne veut pour autant pas dire que les Danois n'ont pas passé de temps à étudier leurs adversaire et s'assurer que les joueuses sachent à quoi s'attendre.

"Le sélectionneur et son adjoint disposent d'une vue d'ensemble, et on est aussi aidé par le responsable du football féminin. L'adjoint s'occupe aussi de regarder les autres matches", expliquait le sélectionneur Søren Randa-Boldt, détaillant la méthode suivie pour récolter des données avant de les partager avec les joueuses. "Nous formons un groupe d'analyse. On récupère un ensemble de clips individuels [filmés par une tierce personne] et les joueuses viennent nous voir, avec mes adjoints, pour que l'on en discute. Les joueuses visionnent ces vidéos et nous en parlons ensemble. On fait cela dès les Moins de 17 ans, catégorie au sein de laquelle elles voient le prochain adversaire et disposent de clips vidéos."

On constate aussi que la préparation de match est de plus en plus interactive. Les joueuses comprennent ainsi mieux le jeu et les tactiques.

"Le travail des coaches a été très bon, admet Béatrice von Siebenthal. Ils ont su mieux préparer et situer leurs adversaires clés. Ils ont su bloquer les joueuses adverses." Ce peut être dû aussi à la meilleure implication des joueuses et à leur capacité à comprendre et s'adapter aux évolutions tactiques. "L'Italie est généralement bien préparée sur le plan tactique, comme l'Allemagne et le Danemark, qui ont progressé au fil du tournoi en se préparant à affronter leurs futurs adversaires."

L'Italie ne s'est certes pas qualifiée pour la phase à élimination directe, mais ce n'est pas à cause d'un manque de préparation. Le sélectionneur, Enrico Sbardella, a montré à Béatrice von Siebenthal, observatrice technique de l'UEFA, un aperçu du niveau des données collectées sur ses propres joueuses et de la façon dont elles sont utilisées. "Nous envoyons toutes les données GPS aux joueuses via WhatsApp. Elles les analysent et nous en parlons, explique Sbardella, pour qui il est plus important d'examiner l'intensité et la vitesse des courses que de se focaliser sur les données basiques, comme la distance parcourue. En effet, cela fait une grande différence : savoir quand et où sprinter est plus pertinent que seulement compter les kilomètres parcourus dans le vide.

"On s'entretient avec les filles durant l'après-midi, puis on leur demande de parler entre elles. On les retrouve trois heures plus tard pour décider d'une stratégie", poursuit Sbardella, qui a aussi favorisé une approche interactive d'analyse et de préparation des matches avec ses joueuses.

"Aujourd'hui, tout le monde analyse les matches et c'est nécessaire si les nations veulent progresser", souligne Béatrice von Siebenthal.

L'Allemagne et la France aussi ont eu recours à une analyse approfondie des matches. Elles aussi ont suivi une approche interactive. "Nous remarquons certains points, bons comme mauvais. Nous les classons par catégories et notre analyste vidéo se concetre dessus", explique Bettina Wiegmann, sélectionneuse adjointe de l'Allemagne. On présente les scènes aux joueuses et on en parle avec elles. Notre analyste vidéo peut ensuite faire des coupes pour leur fournir des clips vidéos individuels."

La France aussi base son analyse et sa préparation de match sur le retour des joueuses, tout en s'appuyant sur la technologie moderne. "Nous faisons un point collectif et individuel, détaille Gaëlle Dumas. Les joueuses peuvent consulter les vidéos sur leur smartphone ou leur ordinateur portable. Les joueuses analysent leurs propres performances puis nous écoutons leur analyse et ce qu'elles ont pensé. C'est un travail de collaboration. C'est important que les joueuses se penchent aussi sur ces choses-là."

CE QUE DISENT LES COACHES

Tous les ans, les sélectionneurs et sélectionneuses des nations participantes se voient donner un questionnaire à remplir concernant la préparation de leur tournoi. Cela leur permet de s'exprimer concernant de potentiels problèmes mais aussi de confier certaines inquiétudes concernant le tournoi. Ils offrent leur avis et font des suggestions. Pour ce rapport, nous avons décidé d'offrir une vue d'ensemble des réponses fournies, car elles représentent précisément ce que les coaches demandaient dans les précédents questionnaires.

Préparation au tournoi

En vue de la compétition, les préprations ont été différentes, mais cela n'a pas toujours été un choix. "Nous avions envion huit jours ensemble pour se préparer, car nous étions en phase post-examens. Nous n'avions donc que très peu de temps pour se préparer pour le tour élite et, malheureusement, ce fut compliqué d'organiser des amicaux durant cette période", détaille Enrico Sbardella. Les joueuses de la Norvège ont eu encore moins de temps ensemble (cinq jours seulement) mais elles ont eu une bonne raison. Comme l'explique le sélectionneur Nils Lexerød : "Toutes les joueuses sont en plein milieu de saison en championnat, en Scandinavie. Elles sont donc en pleine forme physique."

Les Pays-Bas ont divisé leur préparation en trois camps d'entraînements séparés : un de trois jours, un de cinq (accompagné de deux matches) et un dernier de deux jours. L'Espagne, vainqueur du tournoi, a passé deux semaines pleines à s'entraîner avant le tournoi. Enfin, la France put faire 19 séances d'entraînement avant de partir pour la Suisse.

Les blessures

Le sujet des blessures, notamment les blessures au ligament croisé antérieur, est un thème récurrent dans ces questionnaires. "Nous avons vu trois blessures au ligament croisé cette année", rapporte Søren Randa-Boldt, sélectionneur du Danemark. "C'est très négatif car nous avons tout fait pour les éviter." Trois blessures, c'est ce qu'on connu aussi l'Italie et la Norvège. Sbardella confirme que "trois joueuses du tour élite n'ont pas pu jouer à cause d'une blessure au ligament croisé antérieur" tandis que Nils Lexerød va dans le même sens : trois joueuses n'ont pas pu jouer à cause de "blessures récentes".

Flexibilité tactique

Aucun schéma type ne semble ressortir chez les Moins de 19 ans, même si la plupart des coaches admettent avoir un certain ADN de jeu. "Le système dépend des charactéristiques des joueuses disponibles, explique Gaëlle Dumas. C'est important, à cet âge, d'apprendre à évoluer selon différents systèmes." Nils Lexerød, lui, explique : "Toutes nos sélections nationales partagent le même système de base en match et à l'entraînement. Idem pour la méthodologie. Mais la structure de l'équipe et la formation est décidée par chacun de coaches. Nous avons tendance à apprendre aux jeunes qu'il faut savoir jouer selon divers systèmes."

Pour ce qui est des championnes espagnoles, le sélectionneur Jorge Vilda (aujourd'hui directeur technique du football féminin à la fédération espagnole) affirme que chaque entraîneur suit son propre système de jeu. "Nous ne suivons pas toujours le même style de jeu", explique-t-il. L'Allemagne se base sur une formation en 4-2-3-1 dès les Moins de 15 ans jusque chez les A. Pour autant, Maren Meinert confirme qu'aujourdhui, "nous avons plus de flexibilité tactique."

En effet, plutôt que d'enseigner un seul style ou système, le travail est davantage axé sur les joueuses à l'entraînement. "Nous disposons de trois ou quatre principes de base, décrit Enrico Sbardella. Il s'agit de l'intensité, de la qualité de passe, de la réception du ballon et de l'attitude à adopter sur le terrain (toujours attaquer plutôt que de défendre." Maren Meinert ajoute : "Nous insistons sur les fondamentaux individuels, comme la maîtrise sur un tacle, la façon de défendre, ou le comportement en un contre un en situation offensive."

Entraînement et jeu avec les hommes

Il existe différentes limites au fait de jouer avec les garçons d'un pays à l'autre. Mais tous s'accordent à dire que plus les filles évoluent au contact des garçons, plus elles progressent. "Dans cette catégorie d'âge, les filles ne jouent qu'entre elles. Mais nous les incitons toujours à s'entraîner autant que possible avec les garçons", explique Maren Meinert.

En Norvège, les conseils sont les mêmes. Nils Lexerød explique : "Certaines de nos joueuses se sont entraînées et ont même joué avec des garçons par le passé. Mais à cet âge, en général, elles ne le font plus. Certaines équipes invitent plusieurs garçons à participer aux séances [d'entraînement] en club." Quatre joueuses danoises continuent de s'entraîner avec les garçons, mais en France, ce n'est plus possible : on ne peut évoluer en équipe mixte au-delà des Moins de 15 ans.

OPPORTUNITÉ D'ÉVOLUTION POUR LES ENTRAÎNEURS

Une nouvelle fois, l'UEFA, en collaboration avec la fédération suisse, s'est servie de ce tournoi final pour accueillir un séminaire pour les entraîneurs. Un groupe de 15 entraîneurs ou instructeurs de clubs féminins et de sélections (chez les filles, chez les garçons ou chez les hommes) venus de Suisse et du Liechtenstein et titulaires de licences allant de C à A ont participé au séminaire animé par Anna Signeul, instructrice technique de l'UEFA.

Ils ont ainsi pu travailler l'observation de match et le développement de la personnalité. Les participants ont observé les matches opposant la Norvège à la France et la Suisse à l'Espagne. L'accent a été mis sue l'analyse des éléments offensifs et défensifs des équipes. Au cours de discussions, Anna Signeul a pu s'appuyer sur son expertise pour aider les participants à progresser sur le plan du coaching. Ce tournoi final aura été, encore une fois, l'occasion idéale pour organiser ce séminaire.

https://fr.uefa.com/womensunder19/season=2018/technical-report/technical-topics/index.html#points+techniques