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En route pour la finale

En route pour la finale
Beau duel entre la Norvège et l'Allemagne en demi-finale ©Sportsfile

En route pour la finale

Un joli soleil a accompagné les huit nations participant à la phase finale, offrant un accueil "chaleureux" aux premiers matches de la compétition, à Biel-Bienne et Wohlen.

Si l'Espagne s'était qualifiée pour la phase finale sans encaisser le moindre but, elle perdait son imperméabilité face à une équipe norvégienne qui n'en avait pris qu'un seul jusqu'au tournoi en Suisse (contre la Grèce au tour Élite). Une solidité défensive qui épatait même le sélectionneur Nils Lexerød. "C'est impressionnant, mais aussi surprenant ; malgré tout, on se crée toujours trop peu d'occasions", affirmait-il. "Néanmoins, il est important de ne pas encaisser de buts." En effet, l'efficacité norvégienne face au but, couplée à une défense compacte et acharnée au physique dominateur, faisait que l'équipe n'avait pas besoin de se procurer beaucoup d'occasions tant qu'elle parvenait à les concrétiser. Deux tirs suffisaient d'ailleurs à faire trembler - deux fois - les filets espagnols et à débuter la compétition par une victoire. La défense centrale ibérique, composée de Codina Panedas et Anna Torrodá, était démunie face à la domination aérienne norvégienne, tandis que la milieu Teresa Abelleira Dueñas avait toutes les peines du monde à apporter son soutien, souffrant énormément face à Sophie Haug. La détermination de la N° 10 scandinave l'aidait à remporter pas moins de dix duels sur 12 ; elle était aussi à l'origine du premier but, avant de participer (de la tête) au second.

"C'était notre match d'ouverture et ce n'était pas facile du fait de nos niveaux de forme hétérogènes", constatait le sélectionneur espagnol Jorge Vilda, qui se projetait rapidement vers le deuxième match contre le pays hôte.

Les Suissesses ont profité du fait d'évoluer à domicile contre la France lors de leur premier match, remontant un déficit de deux buts pour arrcaher un point. Les Bleuettes semblaient pourtant sur orbite après que leur capitaine Ella Palis leur avait donné deux buts d'avance d'un magnifique tir dans la lucarne d'Elvira Herzog, mais la sélectionneuse helvétique Nora Häuptle répliquait en passant à trois joueuses en défense et en faisant monter Malin Gut dans l'entrejeu, où celle-ci apportait le surnombre. La capitaine suisse démontrait pourquoi elle portait le N° 6 en excellant à son poste préférentiel, complétant son impeccable timing défensif par sa vision et sa qualité technique, à l'image de sa précision sur coup de pied arrêtés. Galvanisées par l'énergie positive du public – que Häuptle avouait avoir prise en compte pour préparer le tournoi – les Suissesses poussaient jusqu'à égaliser et jeter leurs dernières forces dans la bataille.

Dans le Groupe B, l'Allemagne et le Danemark en décousaient à Biel/Bienne avec deux défenses bien organisées et des attaques patiemment élaborées depuis l'arrière. Les Allemandes exploitaient la largeur du terrain, notamment via leurs latérales Fatma Sakar et Meret Wittje, ce qui leur donnait un avantage dont elles tiraient parti grâce à une excellente combinaison sur une touche débouchant sur l'unique but de la rencontre. Les deux équipes s'efforçaient d'attaquer rapidement à la récupération du ballon mais, si les Danoises se retrouvaient régulièrement à quatre dans la surface adverse, aucune de leurs six tentatives – dont une majorité en fin de match – ne faisait mouche.

Pour leur entrée dans l'épreuve, les Pays-Bas ne traînaient pas contre l'Italie en transformant leur première occasion, une tête de Lynn Wilms, puis en doublant la mise sur penalty cinq minutes plus tard, ruinant ainsi la confiance d'Italiennes pourtant décidées à attaquer d'entrée. Un troisième but à la demi-heure, signé Nance Van Der Meer d'une jolie tête à la conclusion d'une superbe action collective, offrait une confortable avance à la pause aux joueuses de Jessica Torny, en pleine confiance et très habiles pour écarter le jeu. L'Italie tentait de relever la tête lors du second acte, Benedetta Glionna se montrant plus active sur son aile droite, mais le manque de réussite sur les coups francs et dans le dernier geste annihilait toute offensive menaçante. Arianna Caruso finissait par sauver l'honneur avec ce qui serait l'unique but italien dans la compétition.

La Norvège s'attelait à démontrer que sa victoire inaugurale sur l'Espagne n'était pas qu'un feu de paille face à une équipe de France qui comptait six nouvelles joueuses par rapport au nul contre la Suisse. La sélectionneuse des Bleuettes Gaëlle Dumas avait anticipé, confirmant que ses compositions d'équipe avaient principalement été pensées "en fonction de [ses] adversaires", mais aussi pour mieux harmoniser la condition physique de chacune après une préparation courte. "Elles n'avaient pas assez de rythme pour jouer deux matches en trois jours, alors on en a laissé au repos pour que tout le monde soit au top de sa forme à la troisième journée", justifiait Dumas. La Norvège pressait haut, utilisant les latérales Vilde Birkeli et Emilie Woldvik à la réception de longues transversales en position haute. Celle-ci empêchait d'ailleurs la gardienne française Justine Lerond de relancer de l'arrière et la contraignait à user de longs ballons, la supériorité norvégienne dans les airs annihilant tout danger. Haug concluait parfaitement une belle action collective et la Norvège, en deux tirs cadrés, raflait les trois points.

L'Espagne était en meilleure forme depuis son premier match, même si l'enthousiasme était évidemment du côté suisse pour ce match disputé devant un public captivé à Zoug. Le volume montait encore d'un cran lorsque Tyara Buser était déséquilibrée dans la surface de réparation à la 12e minute, mais la belle détente de la gardienne María Echezarreta Fernández privait la capitaine helvétique Gut de l'ouverture du score sur penalty. L'Espagne attendait patiemment des ouvertures en contre et ne manquait pas l'occasion sur une contre-attaque consécutive à un corner suisse où huit joueuses étaient montées aux avant-postes, juste avant la demi-heure de jeu. Rosa Marquez Baena traversait presque tout le terrain balle au pied, avec Nerea Eizaguirre et Olga Carmona à ses côtés pour un trois contre trois. Carmona repiquait avant de décocher un tir précis du gauche qui terminait sa course dans la lucarne d'Elvira Herzog, qui ne pouvait qu'effleurer le ballon. Chiara Messerli aurait pu égaliser avant la pause sans une nouvelle parade d'Echezarreta Fernández. Alors que la Suisse poussait pour égaliser, Marquez Baena surgissait dans la défense pour doubler la mise après un tir d'Eizaguirre sur la barre. Les hôtes prenaient un coup au moral et l'Espagne était même près d'ajouter un troisième but, mais Herzog sortait le penalty d'Eizaguirre.

L'Italie affrontait le Danemark pour son deuxième match de groupe et s'efforçait de construire depuis l'arrière, où la défenseuse centrale Beatrice Merlo se chargeait de la première relance. Devant elle, Alice Regazzoli était le métronome du milieu mais, comme les Danoises conservaient une ligne de défense haute – laissant peu d'espaces à exploiter pour l'Italie – les occasions étaient rares. Le bloc axial danois bien organisé montait et se repliait en restant compact, privilégiant de longs ballons par-dessus la défense italienne pour attaquer tout en démontrant des aptitudes évidentes pour des actions plus construites. Les coups de pied arrêtés leur offraient leurs meilleures occasions, la précision de Sarah Jankovska trouvant finalement la tête de Sara Holmgaard au second poteau pour l'ouverture du score. Le sélectionneur italien Enrico Sbardella faisait entrer du sang frais mais, malgré un plus grand nombre d'occasions que leurs adversaires pour le deuxième match d'affilée, les Italiennes terminaient à nouveau bredouilles.

Les Néerlandaises terminaient la deuxième journée en tête de leur groupe à la faveur de leur succès 1-0 sur l'Allemagne, grâce à un but de Rebecca Doejaaren. Son déplacement intelligent sur l'aile lui laissait suffisamment d'espace pour recevoir le ballon de Janou Levels et, un échange avec Kayleigh Van Dooren plus tard, elle se retrouvait en position idéale dans la surface pour placer le ballon dans le petit filet au terme d'un contre rondement mené. L'Allemagne dominait pourtant, s'assurant la possession et dictant le rythme du match grâce aux appels et à l'investissement de ses latérales, qui n'hésitaient pas à accompagner les ailières (notamment l'imprévisible Paulina Krumbiegel, très dangereuse pour la défense néerlandaise).

Avant la dernière journée de la phase de groupes, seule la Norvège était qualifiée pour les demi-finales, et aucune équipe – pas même l'Italie, malgré ses deux défaites – n'était éliminée, tandis que les Pays-Bas pouvaient encore échouer malgré leurs deux victoires. Le suspense était donc à son comble pour le match entre les Azzurrine et une Allemagne dépendante du résultat de l'autre match du groupe et qui n'avait donc pas totalement son destin entre ses pieds.

La rencontre entre le Danemark et les Pays-Bas pouvait en effet décider du sort de l'Allemagne ou de l'Italie s'il se terminait sur un score de 2-1, qui qualifiait les deux formations. Après l'ouverture du score de la tête par Dajan Heshemi-Ghermezi, un coup franc de Kayleigh Van Dooren remettait les deux équipes à égalité. Le deuxième but de Heshemi-Ghermezi favorisait le scénario du 2-1 dès la 20e minute. À cet instant, Danoises et Allemandes accédaient au dernier carré. Néanmoins, le Danemark voulait étancher sa soif de victoire avec sa stratégie offensive cadrée et efficace, qui voyait régulièrement cinq à six joueuses se porter à l'attaque. Il en était récompensé cinq minutes après la reprise lorsque la latérale gauche Sofie Svava, aussi pugnace qu'efficace, déboulait sur son aile avant d'adresser un centre au second poteau pour la tête victorieuse de Janni Thomsen. Le pressing haut empêchait par la suite les Bataves de développer leurs attaques et de marquer ce but qui les aurait qualifiées à la différence de buts.

C'est l'Allemagne qui décrochait sa qualification en s'imposant 2-0 contre une équipe italienne qui quittait le tournoi avec trois défaites et un seul but marqué, malgré 40 tirs (deuxième meilleur total du plateau derrière l'Allemagne et ses 42 tentatives). La rapide Nicole Anyomi ouvrait le score, et une perte de balle italienne était à l'origine du second but allemand si important, signé Krumbiegel sur un contre éclair.

"On avait une équipe très qualitative, déterminée et capable de bien jouer, mais il est clair qu'il est impossible de gagner sans marquer", analysait le sélectionneur italien Sbardella, dont l'équipe payait le fait de n'avoir inscrit qu'un but malgré 40 tirs, un chiffre édifiant qui suffit à expliquer l'élimination.

Dans le Groupe A, les Suissesses n'avaient qu'une option : gagner et espérer. "J'ai une stratégie claire", avouait leur sélectionneuse Nora Häuptle. "C'est une tactique très audacieuse et je veux demander aux joueuses si elles sont prêtes à l'appliquer – de toute façon, on doit tenter quelque chose." Tenter, elles l'ont fait. Häuptle optait pour une défense à trois, avec des latérales énergiques qui apportaient le surnombre en attaque par le biais de transitions rapides entre phases défensive et offensive, en plus d'une grande détermination dans les duels et un état d'esprit irréprochable. Au coeur de l'action, Géraldine Reuteler ouvrait le score de la tête sur un corner de Gut. La même action donnait le même résultat au retour des vestiaires, la Suisse dominant une équipe norvégienne où figuraient huit nouvelles joueuses par rapport au match précédent contre la France. Les Scandinaves se créaient elles aussi des occasions, et Runa Lillegård se signalait en réduisant l'écart à dix minutes du terme sur une ouverture d'Elise Isolde Stenevik. Lillegård manquait ensuite d'égaliser après avoir éliminé Herzog, et les Norvégiennes touchaient du bois à deux reprises. Mais Lehmann enfonçait le clou à la dernière minute.

C'était toutefois insuffisant pour que la Suisse se qualifie, puisque l'Espagne décrochait dans le même temps la victoire qui lui était nécssaire, aux dépens de la France. La montée en puissance des filles de Jorge Vilda se confirmait et on les voyait presser haut, Marquez Baena jouant un rôle prépondérant dans les transitions, tandis que Eizaguirre et Carmona étaient les relais qui confisquaient le ballon et augmentaient la pression sur la défense française. Les Espagnoles s'en remettaient néanmoins aux coups de pied arrêtés pour s'imposer, Athenea Del Castillo Beivide reprenant d'abord un tir repoussé dans ses pieds par Lerond, puis Carmona marquant sur un service de Torrodá. La France se montrait menaçante presque exclusivement via son flanc gauche, et c'est un déboulé de Palis - plutôt que Gago, pourtant omniprésente – qui conduisait au but de Jessy Roux, laquelle égalisait trois minutes avant le but victorieux espagnol.

Norvège et Allemagne étaient les premières sur le pont pour les demi-finales à Biel. La chaleur faisait des dégâts et l'Allemagne devait opérer deux changements lors des 25 premières minutes (blessure et maladie). La sélection de Maren Meinert ne semblait cependant pas en souffrir et sa confiance se traduisait par ses actions bien menées depuis l'arrière, le pressing qui avait la force de la Norvège jusqu'alors étant étrangement absent. Le bloc scandinave était trop peu compact pour gêner l'Allemagne, où Sydney Lohmann et Marie Müller menaient le jeu à leur guise au milieu. Des appels incisifs leur permettaient de bien orienter les offensives et l'Allemagne ouvrait logiquement le score juste avant la pause, quand Melissa Kössler profitait d'une hésitation de Linn-Mari Nilsen dans sa cage pour prolonger victorieusement le coup franc de Krumbiegel. Anna-Lena Stolze doublait la mise dès le retour des vestiaires ; les Norvégiennes n'avaient pas les armes pour revenir et laissaient les sextuples championnes se rapprocher du septième ciel.

Il faisait toujours aussi chaud pour la seconde demi-finale à Biel, le Danemark et l'Espagne ayant besoin de 45 minutes pour prendre la mesure des conditions atmosphériques et de leur adversaire. Le haut pressing danois semblait mieux fonctionner que celui de la Norvège lors de la première demi-finale, et l'Espagne était sur le reculoir. Elle trouvait plus de solutions offensives après le repos et une frappe lointaine magistrale d'Abelleira Dueñas – qui devenait à cette occasion la 25e buteuse différente de la phase finale – offrait à l'Espagne sa cinquième finale d'affilée – un record. Les Danoises mettaient Echezarreta Fernández plusieurs fois à contribution, mais la gardienne protégeait l'avantage espagnol jusqu'au coup de sifflet final.

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