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Sujets techniques

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Les joueuses espagnoles partent à l'échauffement avant la finale ©Sportsfile

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La France a atteint la finale de manière bien curieuse. Elle n'a pas marqué une seule fois avec ses 11 titulaires sur le terrain. Anecdotique ? Pas forcément. Car cela correspond pleinement aux principes d'entraînement de Gilles Eyquem. Il a déclaré : "Mon seul risque est de jouer toutes mes cartes dès le départ". Et c'est ce qu'il avait fait lorsque la France a été championne en 2016, en Slovaquie, en faisant tourner son effectif, que ce soit dans la première période ou à la pause, dans trois de ses cinq matches. Lorsqu'il remportait le titre pour sa première saison, en 2013, il avait déjà utilisé ces mêmes principes, faisant entrer des joueuses qui lui gagnaient le match, comme Claire Lavogez et Kadidiatou Diani, pendant les demi-finales contre l'Allemagne.

l’Italie semblait impressionnante pendant les 20 premières minutes environ. Ensuite, la France a fait un changement et cela a déclenché un festival
Anja Palusevic, observatrice technique UEFA
"Les sélectionneurs utilisent des tactiques plus élaborées, s’ajustant en permanence à ce que propose l’adversaire
Hope Powell, observatrice technique UEFA
Dans de nombreux cas, la perception des joueuses du plus haut niveau est loin de la réalité."
Gareth Evans, sélectionneur de l'Écosse

En Irlande du Nord, rien n’avait réellement changé. Deux remplacements à la pause contre les Pays-Bas ont abouti au même résultat que face à l’Allemagne jadis ; deux changements encore dans les 10 premières minutes de la seconde période contre l’Angleterre ; et un après 28 minutes contre l’Italie. "J’étais présente à ce match", relevait l’observatrice technique de l’UEFA Anja Palusevic, “et l’Italie semblait impressionnante pendant les 20 premières minutes environ. Ensuite, la France a fait un changement et cela a déclenché un festival.”

À de nombreuses occasions, la fête a été lancée par la très rapide Emelyne Laurent, qui pouvait jouer sur n’importe lequel des deux côtés et même dans l’axe. Contre l’Italie, elle a inscrit un but et elle a été impliquée (des deux pieds et de la poitrine) dans trois autres alors que la France s’imposait 6-1. Mené un 1-0 contre l’Allemagne à la pause en demi-finale, Eyquem a décidé de faire entrer Laurent et Julie Thibaud à la reprise. Les deux buts qu’elles ont marqués portaient à six sur neuf le nombre de réalisations inscrites par des remplaçantes pour les Tricolores.

La France n’est pas seule dans ce cas. L’Italie (deux buts), l’Allemagne (deux), l’Irlande du Nord et les Pays-Bas ont également eu de la réussite avec leurs changements. Il en a résulté que 31 % des buts marqués dans le jeu durant ce tournoi ont été inscrits par des joueuses qui avaient commencé leur match sur le banc de touche. Comme Hope Powell a pu le commenter : "Il ne fait aucun doute que les changements ont eu un impact réel sur le tournoi. Alors on a eu du bon coaching". La première réaction, dans ces cas-là, est bien entendu de féliciter le technicien. Mais du point de vue de ce dernier le débat intéressant est de se demander si la stratégie d’Eyquem aurait pu être appliquée par d’autres de ses collègues. Il y a bien sûr des impondérables comme la qualité du banc de touche. Mais, surtout dans un tournoi de cette nature (cinq matches disputés en 13 jours) "faire tourner son 11 de départ peut-il avoir un effet bénéfique" ? En d’autres termes, devez-vous débuter avec votre meilleur 11 sur la pelouse ?

Numéro 1
Le premier tour a été disputé moins de 48 heures après la victoire des Pays-Bas en finale du Championnat d’Europe féminin de l’UEFA 2017. Les deux compétitions se sont déroulées sans accroc, mais il y a eu des contrastes frappants. Commençons par le poste de gardienne de but. Alors que quelques performances erratiques ont mis le débat de la qualité des gardiennes sur le devant de la scène, les prestations vues en Irlande du Nord ont incité le collège des observateurs de l’UEFA à placer trois gardiennes dans leur Équipe du tournoi. La sélectionneuse anglaise Mo Marley, par exemple, a admis qu’elle avait quelques soucis pour faire un choix entre "deux gardiennes remarquables" dans son groupe. Même si les résultats ne leur ont pas été favorables, les gardiennes d’Écosse et d’Irlande du Nord ont été applaudies pour leurs performances impressionnantes.

"Cela a fait chaud au cœur", a remarqué Hope Powell, "et cela fait du bien pour ce poste de gardienne. Il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas le plus convoité. Mais à l’EURO 2013, Nadine Angerer est devenue une locomotive et a rendu ce poste plus attractif. C’est chouette de voir d’anciennes gardiennes internationales, comme Silke Rottenberg et Sandrine Roux, travailler dans les staffs allemand et français en Irlande du Nord, parce qu’elles ont beaucoup à donner."

"Je pense que la qualité de l’entraînement des gardiennes est la clé", a ajouté Anja Palusevic. "Je suis bien consciente de cela, en Allemagne, nous essayons d’avoir davantage de femmes pour encadrer les gardiennes. Nous commençons à en voir les résultats. Cet entraînement de qualité est de bon augure pour l’avenir." Les observateurs ont été particulièrement regardants concernant les qualités athlétiques, le positionnement et le jeu à la main. La sélectionneuse néerlandaise Jessica Torny a souligné l’importance du travail effectué par les entraîneurs de gardiennes dans les deux centres de formation du pays. Roux a été plus que satisfaite des progrès accomplis par Mylène Chavas qui était déjà la gardienne de l’équipe de France des moins de 20 ans à la Coupe du monde, en 2016. Elle a le sentiment que les progrès étaient possibles pour les gardiennes dans des formations commençant plus tôt que la norme actuelle, à l’âge de 15 ans.

Gérer le match
En mettant de côté – pour rendre les comparaisons plus faciles – le match de barrage, le tournoi a vu 50 buts, soit une moyenne de 3,33 par match. C’est moins qu’en 2016, mais beaucoup plus qu’en 2012, avec 1,73 but par match, dans des conditions particulièrement chaudes en Turquie.

Buts marqués par tournoi*

AnnéeGroupesÉlim. directe
TotalMoyenne
2003458533,53
20044412563,73
20054812603,75
2006318392,60
20073411453,00
2008347412,73
20093812503,33
2010525573,80
20113618543,60
2012206261,73
2013319402,67
2014297362,40
20152712392,60
20164114553,67
20173713503,33

* Pour permettre les comparaisons, les matches de barrages n’ont pas été pris en compte

En Irlande du Nord, les 50 buts ont été marqués par 30 joueuses. Les avants-centres en ont marqué 16 ; les joueuses de couloirs 11 ; les arrières latérales 2 ; et 19 ont été inscrits par les milieues de terrain axiales. Les deux autres ont été inscrits contre leur camp. Ces statistiques diffèrent de manière significative de celles relevées lors de l’EURO Seniors où les avant-centres ont inscrit 32 buts et les milieues de terrain axiales seulement 13. Rappelons que les buts d’Emelyne Laurent lui ont été comptés en fonction du poste qu’elle occupait lorsqu’elle a marqué, avant-centre et milieue de terrain excentrée.

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Patricia Guijarro, meilleure buteuse espagnole avec cinq réalisations

La prédominance des buts inscrits par des milieues de terrain était illustrée lorsque Patricia Guijarro remportait le Ballon d’Or après avoir été impliquée dans les deux buts de la victoire de l’Espagne dans la finale. L’équipe championne évoluait avec un impressionnant triangle au milieu de terrain, l’un des symboles de ce tournoi. Dans un poste défensif, Damaris Egurrola jouait un rôle vital alors que Maite Oroz évoluait sur la largeur du terrain, se démarquant pour combiner avec les joueuses offensives en multipliant les passes et les courses balle au pied. Guijarro, de son côté, évoluait comme joueuse "box-to-box". Oroz était la plus proche de tenir le rôle du numéro 10 alors que les autres équipes se reposaient sur les milieues défensives, devant le quatre de derrière, pour lancer leurs attaques. L’Allemagne, d’une manière générale, jouait avec Janina Minge et Luca Graf dans des rôles de milieues défensives et meneuse de jeu alors que Laura Freigang s’aventurait en attaque pour tenir un rôle de neuf et demi derrière le point d’ancrage que constituait Klara Bühl. Les Pays-Bas, de la même manière, comptaient sur Nurija van Schoonhoven et Nadine Noordam pour maîtriser et récupérer le ballon au milieu alors que Victoria Pelova travaillait de manière astucieuse entre les lignes adverses. Dans le milieu français, Sana Daoudi était la joueuse clé dans son positionnement devant la défense. Elle distribuait aussi le jeu, mais son abattage était plus impressionnant que ses qualités créatives.

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Emelyne Laurent, reine des passes

Comment les buts ont été marqués
Les ailes ont donné 31% des buts inscrits dans le jeu pendant ce tournoi, les centres et les centres en retrait aboutissant à 12 réalisations. Cela était cohérent avec les 32,6 % enregistrés pour le tournoi des grandes. Cependant, les passes en profondeur étaient la deuxième source la plus abondante de buts, certaines d’entre ces passes menant à des contre-attaques victorieuses, par exemple les passes qui alertaient Emelyne Laurent et qui ont amené la France à marquer des buts contre l’Allemagne et l’Espagne en demi-finales et en finale. Autre exemple, la passe observée dans l’autre demi-finale qui permettait à la buteuse espagnole Lucía García d’aller faire trembler les filets. Le taux de réussite pour ces passes verticales était significativement plus élevé que lors de l’EURO féminin 2017, où les blocs défensifs solides restreignaient leur nombre à sept.

Intéressant : pas moins de 11 des buts inscrits l’ont été de la tête, sept d’entre eux sur des coups de pied arrêtés, une statistique qui souligne l’importance du travail de ces situations à l’entraînement.

CatégorieActionDescriptionButs

Phase arrêtée


CornerDirect ou suite à un corner8
Coup franc (direct)Coup franc direct1
Coup franc (indirect)Suite à un coup franc3
PenaltyPenalty (ou penalty suivi)1
ToucheSuite à une touche0
Dans le jeu

CombinaisonsUne-deux / combinaison en mouvement5
CentresCentre de l’aile7
Centres en retraitPasse en arrière de la ligne de but5
DiagonaleOuverture d’un côté dans la surface de réparation1
Course balle au piedDribbles et frappe de près / dribble et passe2
Frappe de loinFrappe directe / frappe suivie4
Passe en profondeurPasse verticale / passe dans le dos de la défense11
Erreur défensiveMauvaise passe en retrait / erreur de la gardienne2
Contre son campBut d’un adversaire2
  Total52

Au rebond
Sur les 16 matches disputés en Irlande du Nord, 11 ont été remportés par l’équipe qui a marqué le premier but. Trois matches seulement se sont terminés par une victoire de l’équipe qui a encaissé le premier but et chaque fois la France était impliquée. L’équipe de Gilles Eyquem a inversé la tendance pour battre l’Italie 6-1 et ensuite, en demi-finale, l’Allemagne 2-1. Mais en finale c’est l’inverse qui s’est produit. La France a ouvert le score pour une défaite contre l’Espagne, après un match qui s’est joué en grande partie au mental.

Temps forts de la demi-finale entre la France et l'Allemagne (2-1)

Les deux buts inscrits dans les dernières minutes par l’Espagne lors de cette finale ont fait du dernier quart d’heure la partie de match la plus prolifique en buts. Cependant, la marge est faible et les buts ont été plutôt équitablement répartis. Une différence nette, toutefois, apparaît entre la première période (21 buts) et la seconde (31), largement en raison de la France qui n’a marqué que trois fois dans le premier acte et huit dans le deuxième. Dans les matches à élimination directe (demi-finales et finale) trois buts ont été marqués dans la première période et 10 dans la seconde.

MinutesButs%
1re-15e617
16e-30e917
31e-45e510
Tps additionnet 1re p.12
46e-60e917
61e-75e917
76e-90e1019
Tps additionnet 2e p.36

*Match de barrage inclus

Créer les occasions
Espagne, quelle qualité offensive ? Ce fut l’une des questions qui se posait après les trois premiers matches de l’équipe de Pedro López, qui comme son aînée de l’EURO 2017 dominait, mais avait bien du mal à convertir au tableau d’affichage une possession de balle insolente. Comme les grandes, les jeunes espagnoles se trouvaient frustrées devant des blocs défensifs regroupés présentés par l’équipe du pays organisateur et par l’Écosse. Les Espagnoles comptèrent non moins de 20 tirs repoussés par leurs adversaires, plus que tout autre équipe du tournoi. L’Angleterre, autre équipe qui avait la possession du ballon, avec un style de jeu plus vertical cependant, a eu elle aussi du mal à trouver le chemin des filets. Comme l’indique le tableau, l’équipe de Mo Marley a eu besoin en moyenne de 14,25 tentatives de tirs au but pour marquer un but. La France, se reposant sur la vitesse d’Emelyne Laurent, arme fatale en attaque et en contre-attaque, partenaire idéal de la buteuse infatigable Mathilde Bourdieu, a été plus efficace pour convertir ses occasions (1/4,27), suivie de près par les Pays-Bas (1/4,44). Dans ces deux derniers matches contre l’Italie et l’Espagne, l’équipe de Jessica Torny a inscrit 5 buts en 15 tirs au but. Bien que l’Allemagne ait été la plus prolifique concernant les tentatives de tirs au but, elle a réussi à inscrire deux buts contre l’Espagne en phase de groupes en seulement sept tentatives.

ÉquipeTentativesMoy.CadréesMoy.Non cadréesContréesMontantsButs
Allemagne8320,75379,253115112
Espagne7615,20316,20252029
Angleterre*5714,25194,7512704
Italie4113,67134,33151315
Pays-Bas4010,00184,5015719
France479,40214,20224211
Écosse*276,75123,0010511
Irlande du Nord134,3362,004311

Note : les tentatives sur les montants sont comprises dans les tentatives cadrées si elles sont détournées par la gardienne ou une défenseure et hors cadre si la tentative frappe le montant directement
* match de barrage inclus

Coups de pied arrêtés
Les coups de pied arrêtés décisifs de l’Espagne (un corner et deux coups francs) dans la finale ont mis en valeur le travail effectué à l’entraînement sur ces phases de jeu. Si le barrage entre l’Angleterre et l’Écosse est inclus dans les statistiques, 7 des 15 buts marqués dans la phase à élimination directe du tournoi sont venus de phases arrêtées.

Finale entre la France et l'Espagne, temps forts

Dans l’ensemble, 25 % des buts inscrits dans le tournoi sont venus de phases arrêtées. C’est un pourcentage modeste comparé aux 32 % à l’EURO. Les statistiques, cependant, sont totalement différentes dans leur structure. Alors que les penalties ont été un élément majeur aux Pays-Bas, un seul penalty a été accordé en Irlande du Nord.

Les deux coups francs couronnés de succès de l’Espagne dans la finale sont venus à la fin d’un tournoi qui n’en avait donné qu’un seul jusque-là. Le plus frappant peut-être fut la réussite sur corner. Lors du tournoi senior aux Pays-Bas, un corner sur 76 avait donné un but. En Irlande du Nord, ce rapport a été ramené à 1/16,25.

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Julie Thibaud marque de la tête contre l'Allemagne

Plus étonnant encore, trois buts seulement ont été marqués sur des corners pendant la phase de groupes alors que pendant la phase à élimination directe ce nombre s’est élevé à cinq. Différentes méthodes ont été observées pour défendre sur les corners. L’Angleterre et les Pays-Bas faisaient partie des équipes qui ont adopté une défense de zone contenant du marquage individuel aussi ; l’Écosse faisait un marquage individuel tandis que l’Espagne jouait la zone, comme la France. L’Allemagne a également défendu en zone en faisant redescendre ces 10 joueuses de champ dans la surface de réparation. Pendant sa demi-finale contre la France, sur un corner venant de la gauche ce dernier a été défendu avec une joueuse au premier poteau, une autre joueuse en renfort, quatre joueuses dans la zone, 3 m plus loin, et deux à proximité du point de penalty, contre trois joueuses françaises, dont une (Julie Thibaud) a marqué le but de l’égalisation de la tête.

L’étape suivante
À l’EURO Seniors, l’une des préoccupations majeures des sélectionneurs a été comment négocier ce que l’entraîneur de l’Écosse Gareth Evans appelait "le trou entre les U19 et les A”. Le pays organisateur a été affecté par ce problème, étant donné son réservoir de joueuses limité. Les U19 vont très vite vers les A. "Nous considérons cela comme une grande opportunité de développement", déclare l’entraîneur Alfie Wylie. "L’important est d’apprendre à être compétitif". Le défi pour les entraîneurs des pays les plus éminents était de rapprocher les niveaux de performance, de discipline et de concentration. "Le résultat", a commenté Anja Palusevic, "était un tournoi très équilibré au sein les équipes majeures, mais on a constaté des styles variés. Il était facile d’identifier les différentes cultures football."

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L'Irlande du Nord a fait ses débuts en phase finale

"Il y avait une incitation importante à aider à combler l’écart avec la perspective de la Coupe du monde", a déclaré Hope Powell. "Nous avons donc vu des matches joués à des niveaux élevés de rythme et d’intensité avec de bons schémas de jeu, adaptés au physique et au mental des équipes, leur donnant les meilleures chances de réaliser leur potentiel."

Il y a eu diverses manières d’aborder les matches. Gilles Eyquem, par exemple, avance qu’"il est bon pour les joueuses de se familiariser avec les différents systèmes de jeu". Pendant le tournoi, la France a fonctionné en 4-3-3, 4-4-2 ou même 4-2-3-1. En revanche, l’Espagne restait fidèle à son 4-3-3. Les variations du 4-3-3 étaient le dénominateur le plus commun parmi les équipes fonctionnant avec différents degrés d’offensive. Aucune des équipes en Irlande du Nord n’a joué à trois derrière, à l’exception momentanée du pays organisateur, qui a opté pour un 3-5-2 alors qu’il était mené par l’Écosse.

"L’un des faits marquants", commentait Anja Palusevic, “était la flexibilité tactique dans un même match." "C’est clairement un progrès", a déclaré Hope Powell. "Les sélectionneurs utilisent des tactiques plus élaborées, s’ajustant en permanence à ce que propose l’adversaire. L’expérience est riche, car l’entraîneur doit prendre en compte la demande physique, le repos et la récupération dans un tournoi au calendrier chargé, l’observation des adversaires qui lui permet de mieux se préparer aux différentes situations, exercer des compétences en gestion de groupe... Ces tournois sont maintenant une expérience pour les entraîneurs et un point de passage intéressant pour les joueuses dans leur parcours vers les A.

Cela ajoute une dimension supplémentaire pour combler l’écart entre les U19 et les niveaux supérieurs dans le football féminin. En Irlande du Nord, les techniciens présentaient un vécu considérable (Mo Marley, Maren Meinert, Gilles Eyquem...). Cependant, la nomination de Jorge Vilda des U19 aux A reste une rareté. Comment expliquer cela ?

La puissance de l’esprit
Bien que gagner des matches fût la priorité, les entraîneurs se sont mis d’accord pour estimer que la progression et le développement des joueuses avaient aussi son importance à ce niveau d’âge. "La première étape", assure Gareth Evans, “c’est de créer un environnement authentiquement professionnel et ensuite faire en sorte que les joueuses se sentent à l’aise dans cet environnement. Dans de nombreux cas, la perception des joueuses du plus haut niveau est loin de la réalité." Ses collègues partagent cette opinion. "Le football a changé ces 10 dernières années", affirme l’un d’eux. "La préparation physique a progressé de manière radicale, mais je ne suis pas convaincu que la capacité à lire et à comprendre le jeu ait progressé de la même manière. Il y a une tendance, pour les joueuses, à s’attendre à ce que tout soit pris en charge pour elles. Il y a moins d’initiative et une confiance accrue dans le fait qu’on leur dira ce qu’elles devront faire. Cela signifie que nous devons les entraîner à bien comprendre le football."

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Les Pays-Bas veulent donner davantage de responsabilités à leurs joueuses

Beaucoup d'entraîneurs sont déjà sur cette longueur d'onde. Jessica Torny, par exemple, a beaucoup mis l’accent sur le "parler football" avec les joueuses néerlandaises, les encourageant à prendre leurs responsabilités dans ses débriefings d’après-match et dans ses causeries d’avant match. "Nous prenons du temps pour les coups de pied arrêtés lors de chaque entraînement et nous encourageons les joueuses à prendre leurs responsabilités dans ce domaine aussi. Concernant l’état d’esprit, j’ai aussi le sentiment que l’attitude de l’entraîneur a son importance. Lorsque le staff est calme et détendu, cela aide les joueuses à adopter la bonne attitude."

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