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Points de débat

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Wendie Renard (Olympique Lyonnais) ©Sportsfile

Points de débat

Où est le spectacle ?

Cela m'inquiète qu'un match vu par une telle audience, tant de personnes qui regardaient peut-être du football féminin pour la première fois, peut être décrit comme assez ennuyeux
Anja Palusevic

Même si la finale de Cardiff a une nouvelle fois démontré la hausse du niveau technique dans le football féminin, de nombreuses critiques ont été émises quant au manque de spectacle fourni par cette rencontre. Les observateurs techniques de l'UEFA ont tout fait pour ne pas être négatifs au sujet de ce qui restera comme une superbe soirée vécue par les 22 243 spectateurs présents.

"Je pense que l'aspect tactique a un peu tué le spectacle", expliquait tout de même Hope Powell après la rencontre. "Même si la deuxième période était un peu plus intéressante."

"En tant que coach, j'aurais certainement opté pour une approche similaire", ajoutait Anja Palusevic. "Mais Cela m'inquiète qu'un match vu par une telle audience, tant de personnes qui regardaient peut-être du football féminin pour la première fois, peut être décrit comme assez ennuyeux."

Pourtant, la finale 2017 mettait aux prises deux adversaires sur le plan national, qui se croisaient même en finale de Coupe de France quelques jours seulement avant de prendre la direction de Cardiff. Patrice Lair, de son côté, dirigeait Paris après avoir remporté dix titres avec l'Olympique Lyonnais entre 2010 et 2014.

Comme Powell le soulignait, "mis à part le match en lui-même, cette finale a généré beaucoup d'énergie nerveuse." Les observateurs notaient également que la dernière finale, à Reggio d'Émilia, était assez similaire, Lyon dominant la possession de balle et Wolfsburg se contentant d'essayer de contenir les vertus offensives des Françaises.

Le fait que les joueuses présentes sur la pelouse du Cardiff City Stadium totalisaient 973 matches en UEFA Women's Champions League laissait présager une finale remplie de qualité et d'expérience. "La question à se poser", ajoutait Powell, "est de savoir si tout ce talent aurait été mieux utilisé à des fins offensives."

Est-ce que le désir de promouvoir le football féminin et d'augmenter le nombre de spectateurs donne à la "valeur du divertissement" une place plus importante dans l'équation ? Si tel est le cas, quel rôle les entraîneurs peuvent-ils (ou doivent-ils) jouer pour offrir au public un "produit" attrayant ?

Carrière ou argent ?

©Sportsfile

Élodie Thomis a débuté la finale sur le banc

"Gérer 26 joueuses internationales n'est pas chose facile", admettait Gérard Prêcheur au sujet de ses trois années passées sur le banc lyonnais. Les 11 nationalités différentes représentées lors de la finale à Cardiff ont une nouvelle fois démontré le côté cosmopolite de l'UEFA Women's Champions League, qui n'a rien à envier à son homologue masculine.

Il y a, bien entendu, de grandes différences au niveau financier. La présence de Barcelone et Manchester City dans le dernier carré a par exemple illustré les avantages d'investir dans une structure professionnelle. Le recrutement de joueuses venant d'outre-Atlantique – notamment par le biais de prêts coïncidant avec l'intersaison aux États-Unis – a confirmé que les clubs voient cette compétition UEFA comme un trophée majeur et une raison d'élargir leur effectif.

Mais il y a bien évidemment un revers à cette médaille. Le relativement faible nombre de clubs professionnels en Europe permet à ces derniers "d'aspirer" les meilleures joueuses du monde, qui se retrouvent donc face à un dilemme.

D'un côté, il ne fait aucun doute que ces joueuses préféreraient être titulaires au plus haut niveau possible. Mais de l'autre, elles se doivent de saisir les rares opportunités financières qui se présentent à elles.

En tant que joueuse de haut niveau, que préféreriez-vous ? Être grassement payée pour s'asseoir sur le banc d'un grand club européen ? Ou gagner moins mais jouer plus ? Quel est le plus important ? Un bon salaire ou une belle carrière ? En tant que sélectionneur national, quel conseil donneriez-vous à vos joueuses ?

Une question se pose

©Getty Images

Milena Bertolini

Une fois de plus, les entraîneurs des huit meilleures équipes de l'UEFA Women's Champions League étaient des hommes. Cette tendance est tellement banale qu'elle ne surprend plus. Sur les trois dernières saisons, la seule entraîneuse à avoir disputé les quarts de finale fut Milena Bertolini (Brescia) en 2015/16. Ce manque d'entraîneuses est souligné année après année. Mais est-il normal, alors que le nombre d'entraîneures dans les compétitions nationales est en constante augmentation, de toujours constater ce même statu quo en Coupe d'Europe ?

Le football, aujourd'hui, ne manque pas de femmes détentrices de licence B UEFA, le diplôme nécessaire pour entraîner en UEFA Women's Champions League. Et les projets de l'UEFA encourageant les ex-joueuses à passer sur le banc devraient, en toute probabilité, augmenter le nombre d'entraîneures disponibles sur le Vieux Continent dans un futur proche.

Deux questions se posent : pourquoi retrouve-t-on si peu d'entraîneures sur les feuilles de matches, et que peut-on faire d'un point de vue administratif pour faciliter leur intégration ? "Le recrutement peut poser problème", expliquait Powell à Cardiff. "Parfois, j'ai l'impression que la personne en charge de recruter un coach pour l'équipe féminine de son club ne s'y connaît pas trop en football féminin. J'ai peut-être tort, mais je me demande si les entraîneures se voient offrir un nombre proportionnel d'opportunités."

Les observateurs ont également souligné la politique de la FIFA dans ses compétitions de jeunes stipulant qu'au moins un membre de l'équipe technique de chaque équipe doit être une femme. "Idéalement, la moitié du staff technique devrait être composée de femmes", peut-on lire dans le règlement de ces compétitions. Une règle similaire devrait-elle voir le jour en UEFA Women's Champions League ?

Nos observateurs techniques ont du mal à se mettre d'accord. D'un côté, ils voient cette décision de la FIFA comme courageuse et un pas dans la bonne direction. Mais imposer des entraîneures est-il le meilleur moyen de promouvoir le rôle des femmes au sein des plus grands clubs européens ? Le débat est ouvert.

https://fr.uefa.com/womenschampionsleague/season=2017/technical-report/talking-points/index.html#points+debat