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Sujets techniques

Sujets techniques
Raoul Bellanova (Italy) and Joao Filipe (Portugal) ©UEFA.com

Sujets techniques

Les statistiques de tous les joueurs

En Finlande, les acteurs ont livré des performances à la hauteur d'un spectacle extrêmement divertissant. Mais, avant de lever le rideau tactique sur l'évènement, la scène doit être préparée. La remarquable nouveauté a été l'utilisation de pelouse synthétique dans deux stades, un point plus ou moins bienvenu selon les sélectionneurs. Le Français Bernard Diomède, par exemple, avait émis des avertissements quant aux risques de symptômes d'usage excessif pour les genoux et le dos en s'entraînant sur de l'herbe naturelle et en restreignant l'utilisation de la surface artificielle pour les rencontres. L'arrosage était considéré comme essentiel, mais les températures anormalement élevées ont fait que, parfois, les jets d'eau s'évaporaient avant même de toucher la surface du sol. Cependant, l'avis général parmi les sélectionneurs était succinctement résumé par le sélectionneur de l'Italie Paolo Nicolato : "Je pense que cela génère plus de fatigue mais que cela n'affecte pas les styles de jeu."

Pour contraster avec cette nouveauté, s'ajoutent à cela quelques points de débat courants. L'organisation en juillet a posé les problèmes habituels, l'Anglais Paul Simpson signalant l'exemple extrême de 30 candidats s'étant vus interdire le voyage en Finlande en raison du refus des clubs de libérer leurs joueurs. Résultat, une défaite en barrage qui empêche l'Angleterre de pouvoir défendre son titre lors de la Coupe du Monde des Moins de 20 ans de la FIFA en 2019. Tandis que d'autres participants étaient moins affectés, ou pas affectés du tout, la phase finale ne s'est pas disputée, à cet égard, sur un pied d'égalité.

L'autre constante était l'analyse des dates de naissance. Sur les 160 joueurs en action en Finlande, 43 % étaient nés lors des trois premiers mois de l'année calendaire, tandis que seuls 15 % fêtaient leur anniversaire lors des trois derniers. Les sélectionneurs ont unanimement soutenu que les dates de naissance étaient étrangères à leurs critères de sélection. Mais les données suggèrent qu'il reste du travail à accomplir sur le nivelage des voies de développement.

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La majorité des sélectionneurs du Groupe A a utilisé cinq défenseurs

Plus de défenseurs ; plus de buts
Voilà pour le décor. L'action sur le terrain de jeu a mis en lumière deux caractéristiques paradoxales. Tandis que lors de la phase finale M17 de l'UEFA deux mois plus tôt, la Norvège était le seul pays parmi les 16 équipes à évoluer avec une défense à cinq, pas moins de cinq des huit pays en Finlande jouaient de la même manière à un moment ou un autre du tournoi. "Je pense que nous devons nous garder de le considérer comme une tendance majeure", a glissé l'observateur technique de l'UEFA Jarmo Matikainen, "car les sélectionneurs l'ont fait pour des raisons différentes et de façons différentes." L'utilisation par Simpson d'une formation en 1-5-3-2 était une réponse indispensable au manque de joueurs de couloir dans son effectif improvisé. Vedat Inceefe est passé à une formation semblable afin de refléter la composition de l'Ukraine lors du dernier match de phase de groupes de la Turquie. Même si ‘Paco’ Johansen a adopté une défense à cinq comme structure par défaut de la Norvège, l'équipe s'est appuyée sur une sentinelle se plaçant comme l'élément central du trio de défenseurs centraux.

D'autre part, les demi-finalistes ukrainiens ont livré un exemple plus classique de système en 5-4-1 structure qui, comme l'a expliqué Matikainen, "était parfaite pour leur philosophie de jeu consistant à défendre en nombre ; remplir le terrain de façon rationnelle pour que le bloc défensif soit difficile à pénétrer ; et contre-attaquer efficacement. Ils ont illustré que les stratégies des sélectionneurs étaient basées sur le type et la qualité des joueurs disponibles."

Mais malgré les lignes arrière densément peuplées, le total de 55 buts dans le tournoi (excluant, à des fins de comparaison, le barrage de Coupe du Monde) a établi un record et a largement devancé les totaux de 36 et 39 buts en 2015 et 2017. "Si l'on cherche des explications", a confié l'autre observateur technique de l'UEFA László Szalai, "je pense que nous avons pu voir que si l'on défend avec une ligne arrière de cinq joueurs, on est obligés de se déployer rapidement pour passer en mode offensif à la récupération du ballon. C'est alors que l'on devient vulnérable et nous avons vu pas mal de buts inscrits après des récupérations hautes lors de cette phase critique de transitions défense-attaque."

Le désir de se concentrer sur les points positifs plutôt que sur les négatifs signifie que l'analyse des buts de cette analyse ne rapporte que très peu de buts sur des erreurs défensives. Mais une analyse moins indulgente aurait pu voir les choses bien différemment. La perte de balle à l'entrée de la surface de la Norvège ayant permis au Portugal de prendre l'avantage ; un but pour chaque équipe lors de Turquie- Angleterre provenait de passes interceptées dans des zones critiques ; la perte de balle de la Finlande à l'entrée de la surface ayant offert un avantage 2-0 au Portugal ;  un trio d'erreurs de l'Angleterre dans ses trente derniers mètres face à la France…

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L'Italie, finaliste, a profité d'erreurs défensives

Et, bien que nombreux, les défenseurs centraux ont souvent donné une fausse image de la théorie du nombre. Des erreurs ont eu lieu à des moments clés, comme lors de la montée du défenseur central de la France Malang Sarr dans le camp adverse dans la demi-finale face à l'Italie. Sa passe facilement lisible était interceptée par Nicolò Zaniolo, dont la passe décisive permettait au buteur Moise Kean de filer au but et marquer. Ou l'erreur de Lucas Queirós, qui oubliait de suivre son adversaire (Kean une nouvelle fois), entraînant le carton rouge qui réduisait le Portugal à dix au bout de huit minutes contre l'Italie.

Débit et crédit
En analysant le tournoi, le défi consistait à équilibrer la colonne de débit basée sur les erreurs par un crédit pour l'exploitation des erreurs. Les discussions ont soulevé un certains nombre de débats entremêlés, comme la nature du pressing ; le positionnement des blocs défensifs ; l'utilisation de la contre-attaque comme arme principale ; ou la volonté de plusieurs équipes, face à des défenses à cinq, à se livrer complètement avec des défenseurs et à créer le chaos par de bons déplacements sans ballon et des changements de poste. "Les équipes étaient prêtes à charger la ligne offensive", a commenté Matikainen, "et à faire mal à l'adversaire par des attaques directes basées sur de bonnes passes en profondeur. Nous avons vu beaucoup d'attaques basées sur des surnombres sur une aile suivies d'une bonne transition sur l'autre aile lorsque la défense avait coulissé. J'ai vu la Turquie faire cela à merveille contre l'Angleterre, puis elle a changé de style et n'a pas marqué lors des deux autres matches."

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Schéma 1 : l'Italie utilisait un milieu en losange offensivement avec latéraux avancés

"L'Italie a été le caméléon tactique", a commenté Szalai. "Il y avait de la souplesse dans ses options offensives et a constamment fait tourner ses joueurs offensifs." Le schéma 1, basé sur son match de phase de groupes face à la Norvège, illustre l'une de ses options offensives en 1-4-4-2 avec Zaniolo à la pointe d'un milieu en losange. Le n° 18 Sandro Tonali restant en sentinelle devant les défenseurs centraux, les deux joueurs de couloir proposaient des courses en profondeur, surtout le n° 14 Raoul Bellanova côté droit, tandis que Zaniolo rejoignait les deux buteurs pour faire reculer la ligne de hors-jeu et proposer des courses croisées entre les défenseurs centraux pour recevoir une passe en profondeur lobée ou un centre. En fonction de la réaction des défenseurs centraux, Zaniolo pouvait jouer plus bas pour essayer de les faire sortir ou de recevoir le ballon entre les lignes adverses.

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Schéma 2 : le Portugal attaquant par les ailes avec de très bons ailiers en 1 contre 1

Meilleure attaque du tournoi, le Portugal était solide en 1 contre 1, tout comme la France, et le schéma 2 montre comment ils ont allié cette force à de bons déplacements sans ballon. Contrairement à l'Italie, leur composition habituelle ne comportait pas d'attaquant axial, José Gomes utilisant sa mobilité et sa technique sur une touche de balle pour porter l'estocade. Le schéma (tiré du match face à la Finlande) montre une construction typique côté droit, le n° 17 Francisco Trincão glissant vers le n° 14Thierry Correia et le n° 8 Miguel Luís et Gomes créant le surnombre pour désarçonner l'adversaire et, fréquemment, trouvant le n° 10 Quina ou le n° 7 Jota pour exploiter l'espace libre sur le côté le moins bien protégé.

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L'Ukraine a été une équipe impressionnante à regarder

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Schéma 3 : l'attaque directe de l'Ukraine avec passes en profondeur

Dans l'ensemble, j'ai eu le sentiment que les équipes n'abusaient pas des passes dans leur propre camp", a déclaré Szalai. "Nous avons plutôt vu une plus grande prépondérance des options offensives directes." Le meilleur exemple était fourni par l'Ukraine d'Olexandr Petrakov qui, jusqu'à la demi-heure désastreuse lors de la demi-finale face au Portugal, a opéré en 1-5-4-1 avec ce que Paul Simpson a décrit comme une "précision militaire". Le schéma 3, basé sur leur victoire face à la France en ouverture, illustre la façon dont le remarquable n° 11 Vladyslav Supriaha, souvent extrêmement isolé lorsque la possession était gagnée, a réalisé de superbes courses pour offrir une solution de passe directe aux défenseurs centraux, tandis que les deux latéraux ont démontré leur condition physique en montant régulièrement et les deux milieux excentrés se plaçaient dans des rôles de relais dans lesquelles ils pouvaient afficher leurs talents de dribbleurs. Cela a permis à l'Ukraine de baser ses attaques sur des contres rapides.

Le mauvais pied, c'est le bon pied
Le tournoi en Finlande a illustré que l'ailier jouant sur son mauvais pied, jadis une rareté, est devenu la norme, le duo ukrainien susmentionné composé de Heorhii Tsitaishvili et Serhii Buletsa offrant le plus bel exemple, tout comme les champions portugais, qui ont déployé le gaucher Trincão à droite et le remarquable droitier Jota à gauche. "Les avantages sont évidents", a commenté Szalai, "car l'ailier jouant sur son mauvais pied peut repiquer dans l'axe pour passer entre les défenseurs et ouvrir l'aile au défenseur latéral."

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l'Angleterre fête un but face à la Turquie

Le pressing compte
En rapport avec le ratio d'erreurs défensives, les observateurs techniques ont souligné l'importance des stratégies de pressing utilisées par les équipes en Finlande, où l'accent était généralement placé sur des lignes défensives hautes et des attaquants premiers défenseurs. Les observateurs ont distingué les dernières minutes du match de la Finlande contre la Norvège comme un exemple des dangers d'une défense basse. Menant 2-1 après 90 minutes, les hôtes ont instinctivement reculé pour défendre leur avantage et ont été punis par deux fois dans le temps additionnel, l'ailier de la Norvège trouvant le chemin des filets sur une partie de flipper dans une zone densément peuplé proche du gardien de but. Il s'agissait de l'un des deux buts seulement marqués par des défenseurs, l'autre étant l'égalisation anglaise contre la Turquie, signée du défenseur central Japhet Tanganga après un coup franc proche du poteau de corner.

"La capacité à gagner le ballon dans le camp adverse a été l'une des caractéristiques clés", a ajouté Matikainen. "J'ai été particulièrement impressionné par les équipes qui ont été capables de lire les moments où il valait mieux presser pour récupérer le ballon et également de voir quand il valait mieux garder un bloc haut et utiliser un pressing positionnel dans le but de bloquer les lignes de passes. Et cela signifiait que la capacité des équipes à franchir la première ligne de défense des adversaires a également été un élément critique."

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Schéma 4 : l'Angleterre pressant haut et enfermant l'adversaire sur un côté

En exemple, le schéma 4 montre la stratégie de pressing de l'Angleterre lors du match face à l'Ukraine. Le but était de restreindre la construction adverse sur un côté, les cinq de devant se déplaçant rapidement vers une aile pour bloquer les schémas de passe et l'un des trois milieux montant pour presser le défenseur central. Le latéral droit se joignant au pressing, les quatre autres restaient alertes en cas de ballon par-dessus la défense.

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Schéma 5 : l'Angleterre ouvrant le jeu pour contourner le pressing haut

Lors de la même rencontre, l'Angleterre a livré des exemples de méthodes valides pour ouvrir le jeu lorsque l'Ukraine optait pour un pressing collectif haut. Le schéma 5 montre deux des trois défenseurs centraux évoluant bas et écartés tandis que le troisième s'éloignait pour ouvrir l'espace et les lignes de passes, offrant au portier des canaux à exploiter. Les joueurs offensifs étaient prêts à recevoir une passe longue et, après la passe initiale du gardien, il y avait des mouvements rapides pour offrir une solution proche au joueur en possession du ballon.

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Schéma 6 : l'Ukraine renversant le jeu

L'Ukraine alliait contres rapides et construction plus patiente de derrière ; mais, dans les deux cas, l'accent était mis sur des passes directes dans les trente derniers mètres. Le schéma 6 illustre la façon dont ils ont surchargé la ligne défensive anglaise pour créer une menace directe et, avec le ballon côté droit, la façon dont ils utilisaient un décrochage du n° 21 pour offrir une passe latérale à l'attaquant axial ou en diagonale dans la course vers l'axe des deux joueurs sur l'autre aile.

Le facteur aïe
"La chaleur a été un frein à un pressing collectif haut intense", a commenté Szalai, "donc nous avons vu un bon mélange de stratégies défensives en termes de bloc défensif, haut, médian ou bas. Dans chaque cas, il y avait généralement une réponse rapide avec des contres très rapides. Trois des cinq buts de la France face à la Turquie, par exemple, provenaient de contres engendrant des situations de 1 contre 1." "Tout comme les récupérations hautes", a confirmé Matikainen, "nous avons vu des contres classiques en nombre. Le parcours de l'Italie jusqu'en finale a montré qu'elle était toujours prête à engager des joueurs dans des contres rapides." Les troisièmes buts face à la Norvège et à la Finlande ont souligné que les contres étaient une part importante du répertoire du Portugal, tandis que deux des quatre buts de l'Ukraine étaient inscrits sur des contres rapides, dont l'un (le but de la victoire contre la France) faisait suite à un coup franc en faveur de l'adversaire.

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Schéma 7 : construction de la Finlande contournant les lignes resserrées de l'adversaire

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Schéma 8 : les stratégies d'attaques directes de la Finlande

Le sélectionneur de la Finlande Juha Malinen a conçu une stratégie axée sur le pressing et le contre en sachant quand faire mal à l'adversaire, pour lui faire dire ‘aïe’, comme il le dit lui-même, puis de distribuer quelques passes afin de laisser le temps à l'équipe de passer en mode offensif. Le schéma 7 montre l'une des méthodes utilisées. Après avoir récupéré le ballon dans son propre camp, la Finlande optait pour des passes courtes et, alors que les adversaires étaient attirés par les porteurs du ballon, les Finlandais basculaient le jeu sur l'autre aile. Le schéma 8 illustre les mécanismes de certaines de ses attaques directes rapides. Tandis que le solide n° 9 utilisait des courses dans le dos de la défense, le N° 8 évoluait entre les lignes, prêt à changer de direction, à dribbler ou à délivrer une passe en profondeur. Côté droit, le n° 7 défait les défenseurs sans relâche grâce à ses capacités de dribble et ses centres de qualité tandis que le n° 10 et la latéral gauche combinaient pour créer des espaces et les exploiter.

Le retour du grand attaquant
"L'une des caractéristiques du tournoi", a remarqué Szalai, "était le nombre de grands attaquants. Le Norvégien Erling Håland, l'Ukrainien Vladyslav Supriaha… Presque toutes les équipes en avaient. Mais ils n'étaient pas du même type. Et ne jouaient pas le même rôle." Håland était le buter classique ; Supriaha était également le point de référence offensif mais évoluait sur une plus grande largeur. L'Angleterre et la Finlande présentaient des variations sur le même thème. Mais les deux finalistes présentaient indiscutablement les variations les plus intéressantes. Le sélectionneur portugais Hélio Sousa (contrastant avec des collègues comme Bernard Diomède, adepte de "l'enseignement de plusieurs systèmes de jeu") a maintenu "je vais changer les joueurs pour changer la personnalité de mon équipe plutôt que de changer la structure." Il l'a démontré en alignant Pedro Correia, beaucoup plus attaquant axial que le versatile  José Gomes, lors de la demi-finale face à l'Ukraine puis en le faisant entrer pour marquer le précieux but de la victoire sur l'Italie en finale.

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L'Italien Gianluca Scamacca a pesé sur le jeu

Paolo Nicolato avait deux ‘grands attaquants’ dans son effectif, mais a rarement aligné les deux ensemble. Moise Kean, évoluant dans un rôle axial et prêt à utiliser sa vitesse sur des percées dévastatrices dans l'axe, préférait glisser sur les ailes lorsque les actions offensives étaient plus élaborées, ouvrant des espaces pour des courses des milieux. Gianluca Scamacca, grand, bons dans les airs et techniquement, était tout aussi efficace dans un rôle de relais un peu plus reculé.

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Schéma 9 : la transition de l'Italie vers le contre

Le schéma 9 montre la façon dont Nicolato a déployé Kean comme élément clé lors du jeu de transition de l'Italie dans la rencontre de phase de groupes face au Portugal. Le n° 20 était toujours prêt à recevoir le ballon ; à le conserver haut ; ou à réaliser une course vers l'avant. Mais il a également été un élément clé lorsque l'Italie s'est décidée à contrer en utilisant l'espaces entre les lignes, en écartant le jeu pour tenter de faire sortir un défenseur central et en ouvrant des canaux pour de bonnes courses de soutien des milieux.

Pour revenir aux systèmes de jeu, la fidélité du Portugal à sa philosophie en 1-4-3-3 était en décalage avec des participants comme l'Italie, l'Angleterre ou la Turquie, qui variaient leur structure au point qu'il était difficile pour les observateurs techniques de sélectionner les formations offensives et défensives les plus typiques pour les schémas sur les pages des équipes de ce rapport.

Construire de l'arrière
"Je dois faire comprendre à mes joueurs qu'il est parfois risqué de construire depuis le gardien de but", a remarqué Hélio Sousa. "Je pense que nous allons parfois trop loin dans notre obsession de construction depuis l'arrière et j'essaie de convaincre les joueurs qu'il n'y a rien de mal à jouer un long ballon vers une zone dans laquelle nous pouvons l'utiliser."

Le débat peut être alimenté par le nombre de buts résultant d'erreurs de passes dans les trente derniers mètres et le sujet peut être étendu pour embrasser le concept de jeu de possession dans son ensemble. En Finlande, six des 13 rencontres ont été gagnées par l'équipe présentant la possession la plus faible. L'Ukraine a atteint le dernier carré avec une moyenne légèrement supérieure à 40 % de possession et a signé son meilleur score face au Portugal avec 45 % de possession, dont la majeure partie en seconde période lorsqu'elle était déjà menée 5-0.

L'analyse statistique match par match révèle à quel point la domination du ballon se reflète par des pénétrations dans les trente derniers mètres et, de façon significative, en occasions de but.

Le vestiaire
Le sélectionneur de la Finlande, à la tête de l'équipe depuis mars, a souligné l'importance du travail de motivation et la promotion de la confiance en soi. Il n'était nullement le seul à considérer la gestion humaine comme l'un des points clés à ce niveau. Le sélectionneur de la France Bernard Diomède, qui a veillé jusqu'à 4 heures du matin pour parler à ses joueurs après la victoire face à l'Angleterre, a souligné l'importance des rapports personnels et la gestion d'un groupe face auquel les clubs et les agents peuvent facilement encourager l'individualisme au détriment du collectif. L'Ukrainien Olexandr Petrakov a reconnu : "Je ne me vois pas seulement comme un entraîneur mais également comme un mentor dans leur processus d'apprentissage de la vie. Donc mon travail fait la part belle à la psychologie, pour défier et inspirer." L'Anglais Paul Simpson, l'un des avocats de la rotation au sein de son équipe "pour offrir à chaque joueur des opportunités de développement", considérait que l'une de ses principales tâches consiste à "les aider à devenir de meilleures personnes". Le Norvégien ‘Paco’ Johansen a apprécié l'apport du préparateur mental, entraîneur d'une équipe féminine diplômé en psychologie sportive qui s'est rendu en Finlande bénévolement. Le sélectionneur de la Turquie Vedat Inceefe s'était assidument préparé pour la phase finale en faisant voyager son effectif en Finlande bien avant le premier match. Il devait ainsi relever les défis de gestion humaine liés à un séjour prolongé loin de chez eux et de leurs familles.

Le calendrier, la grande intensité du football, la chaleur et les pelouses artificielles ont également eu des répercussions sur les ressources physiques, les sélectionneurs ayant dû collaborer étroitement avec leur staff pour optimiser les temps de repos et de récupération et pour faire leurs choix sur les rotations de joueurs. L'expérience des grands tournois était un autre facteur : était-ce une coïncidence que le groupe portugais était composé de 11 des joueurs qui avaient remporté le titre M17 deux ans plus tôt ? Que l'Italie aille loin avec 10 des joueurs présents en Azerbaïdjan ? L'Ukraine avec neuf joueurs ? La France avec sept ?

Buts
Dans un tournoi orphelin de matches nuls et vierges, les 55 buts avec une moyenne de 3,67 par match (58 avec 3,63 par match si l'on compte le barrage) représentent un excellent total. L'analyse des buts révèle que 15 des 46 buts marqués dans le jeu (pratiquement un tiers) peuvent être attribués à des centres ou des remises en retrait depuis les ailes. Cependant, les frappes lointaines étaient une bonne source de buts, tout comme les exploits en solitaire, dont beaucoup provenaient de contres rapides. Seuls quatre buts ont été inscrits de la tête, même si les deux premiers buts du Portugal lors de la demi-finale face à l'Ukraine ont été marqués après qu'une remise en retrait et un corner avaient été initialement repris de la tête.

Les coups de pied arrêtés ont engendré un total anormalement bas de 16,36 % des buts, contrastant singulièrement avec les 43 % lors de la Coupe du Monde de la FIFA qui s'était terminée quelques heures avant que le premier coup de sifflet ne soit donné en Finlande. Même en l'absence de la VAR, cela représente un faible total sur coups de pied arrêtés, sans compter le maigre butin de deux buts sur 140 corners dans le tournoi. Le fait que la Finlande ait égalisé face à la Norvège via un penalty attribué après un corner ne permet pas de redorer ces statistiques. "Ce n'était peut-être pas surprenant", a expliqué Matikainen, "en tenant compte du peu de temps laissé au travail des coups de pied arrêtés." La Turquie et la Finlande y ont passé beaucoup de temps sur les terrains d'entraînement, tandis que la France et l'Angleterre leur ont attribué moins d'importance. Cette dernière a adopté une nouvelle approche: "nous ne consacrons que peu de temps aux coups de pied arrêtés à l'entraînement", a confié Paul Simpson. "Nous utilisons quelques schémas mais en général nous laissons les joueurs prendre leurs responsabilités et jouer librement sur les coups de pied offensifs. Défensivement, les joueurs ont tous un profil qui détermine leur rôle pour l'équipe."

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Minutes des buts (les 2 % manquants correspondent aux décimales)

Les attitudes offensives qui ont marqué le tournoi en Finlande étaient statistiquement prouvées par une hausse de 19 % du nombre de tirs par rapport à l'année précédente. En excluant le match de barrage, à des fins de comparaison, les 55 buts ont été marqués sur 383 tirs tentés, soit un but pour sept tirs. En termes de précision, 46 % des tirs étaient cadrés (même si 60 tirs étaient contrés). L'Italie a été la seule à signer plus de tirs non cadrés que cadrés. L'analyse détaillée confirme le Portugal comme l'équipe la plus efficace avec environ un but tous les cinq tirs.

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Le coaching par les chiffres
Beaucoup s'accordent à dire que ce qui est beau dans le football, c'est qu'il ne peut être ‘réduit aux statistiques’. À une époque où il y a plus de données disponibles que jamais, l'un des défis pour l'entraîneur consiste à interpréter les données statistiques pour établir laquelle peut être utile pour améliorer les performances de l'équipe.

Les statistiques du tournoi en Finlande ont été recueillies par InStat, dont les données ont été combinées avec celles de l'UEFA pour préparer ce rapport. Les stats match par match ont été préférées aux moyennes qui peuvent être trompeuses. Par exemple, la moyenne de 11 tirs de la Norvège lors de la phase de groupes est passée à 25 lors du barrage contre l'Angleterre. Il est à espérer que les statistiques provoqueront des réflexions sur des domaines comme l'importance de la possession de balle et la façon dont les équipes ont réussi à convertir la possession en actions positives : pénétrations dans les trente derniers mètres ; dans la surface de réparation ; et, enfin, en transformant cette possession en occasions de but.  Les statistiques indiquent que, en général, les ailes étaient les voies les plus fréquemment utilisées pour aller au but, la France offrant une exception à la règle en attaquant volontairement dans l'axe lors de certaines rencontres. Le champion, le Portugal, a généralement opté pour les ailes, les performances remarquables de Jota l'invitant à préférer le flanc gauche. De façon significative, l'exception à cette tendance avait lieu lors du match de phase de groupes entre le Portugal et l'Italie (soulignant encore une fois que les moyennes peuvent être trompeuses) lorsque l'équipe d'Hélio Sousa attaquait majoritairement par l'axe. Ce qui s'explique par le fait que Jota a été sacrifié afin de faire entrer David Carmo en défense centrale après l'expulsion de Lucas Queirós à la neuvième minute.

Certaines des statistiques clés du tournoi sont présentées de façon à permettre des interprétations.

Tirs

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Remarques : les tirs touchant les montants sont inclus dans le total des tirs cadrés s'ils ont été déviés par le gardien ou un défenseur et dans le total des tirs non cadrés s'ils ont directement touché le montant.

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