La finale

Le site officiel du football européen

La finale

La finale

Les chants espagnols et portugais qui se sont élevés dans le ciel du stade 8km, à Bakou, ont comme effacé les 4500 km qui séparent la capitale de l'Azerbaïdjan de la péninsule Ibérique. Les deux clans de supporters avaient des raisons de croire en leur équipe. Le Portugal s'était hissé en finale en inscrivant 14 buts sans en concéder un seul. L'Espagne se retrouvait en face de son voisin après avoir sorti les Pays-Bas, la Serbie, l'Italie, l'Angleterre et l'Allemagne. Quand l'arbitre tchèque, Petr Ardeleanu, sifflait le coup d'envoi, les observateurs neutres pouvaient se frotter les mains à l'idée de voir une grande rencontre tactique se dérouler devant leurs yeux entre deux équipes aux capacités techniques remarquables. Ils n'ont pas été déçus.

©Sportsfile

Le latéral portugais Rúben Vinagre en action

La feuille de match et les compositions d'équipes n'avaient rien d'inhabituel. Hélio Sousa et Santi Denia, les deux sélectionneurs, sont restés fidèles aux principes qui leur ont réussi lors de la phase élimination directe. Le Portugal jouait en 4-3-3 et l'Espagne dans son 4-2-3-1. Très vite, les Lusitaniens se sont mis en action, les maillots rouges fondant sur le but adverse en passant par les côtés alors que les latéraux, Diogo Dalot à droite et Rúben Vinagre, à gauche, écartaient le jeu au maximum.

Sans effort apparent, le Portugal semblait créatif, utilisant un large éventail de passes pour trouver des espaces. Derrière, les défenseurs étaient alertes, concernés. Les trois joueurs du milieu agissaient de manière fluide, donnant des solutions au porteur du ballon et permutant sans remettre en cause le schéma tactique de leur équipe. Les priorités étaient claires : Florentino en premier rideau devant les arrières centraux , Gedson Fernandes et surtout Quina jouant les pistons, distribuant le jeu tout en faisant étalage de leurs qualités techniques individuelles dans leur conduite de balle.

Pendant les 20 premières minutes, l'Espagne était sur le reculoir, comme l'équipage d'un bateau qui savait que la tempête prendrait fin. Cette équipe restait dans le match, surveillant de très près le buteur en verve de l'adversaire, José Gomes, et empêchant les ailiers portugais João Filipe et Mesaque Dju de se montrer dangereux. L'Espagne subissait, mais ne pliait pas. Sa maîtrise technique lui permettait même de déjouer les pièges du pressing portugais. Les milieux relayeurs Oriol Busquets et Manu Morlanes multipliaient les combinaisons, Abel Ruiz tirait les ficelles de l'attaque avec énergie et un appétit marqué pour les duels et, surtout, Brahim Díaz trouvait des espaces dans le camp adverse avec des passes astucieuses et des actions menées en solo.

©Sportsfile

Alejandro Robles et João Filipe au duel pendant la finale

Le combat n'était pas déséquilibré, mais Denia était celui qui se faisait le plus de soucis, lançant ses instructions depuis sa zone technique, alors qu'Hélio Sousa observait les débats bras croisés, jusqu'à ce qu'il démontre une certaine impatience devant une série de corners espagnols.

Peu de fautes, peu de déchets techniques et des spectateurs qui se régalaient. Le ballon était gagné ou perdu, mais rarement donné à l'adversaire. Concernant les occasions de but, le Portugal menait aux points. Une échappée à grande vitesse de Vinagre se terminait par un tir maîtrisé par l'excellent Iñaki Peña. Une passe de Gomes était amortie par la poitrine de Quina est envoyée sur la barre, alors que le DJ du stade avait déjà pratiquement lancé le jingle signifiant un but marqué.

©Sportsfile

Diego Dalot, une célébration déjà vue quelque part

Vingt-sept minutes plus tard, il pouvait enfoncer le bouton lecture : Vinagre s'infiltrait à nouveau côté gauche et son centre traversait la surface espagnole avant d'être détourné par la poitrine de Gomes. Dalot était là pour placer une frappe puissante de l'extérieur du pied droit. Peña la touchait avec son gant, mais pas suffisamment pour empêcher le stade d'exploser.

À partir de cet instant, l'équipe de Denia devait relever le défi, qu'elle avait gagné contre l'Allemagne. Jordi Mboula prenait les choses en main sur le côté droit. Les maillots blancs progressaient sur le plan territorial et obtenaient une série de corners. Sur le troisième, botté par Morlanes, la défense portugaise ne parvenait pas totalement à se dégager. Le ballon revenait sur la tête du défenseur central Juan Brandariz qui l'envoyait au-delà du second poteau. Díaz, de la tête lui aussi, lobait Diogo Costa. Le ciseau défensif de Dalot arrivait trop tard pour empêcher l'arbitre de désigner le rond central, validant ainsi le but, le premier encaissé par le Portugal, après 432 minutes de jeu. Cette égalisation intervenait au moment idéal pour l'Espagne, juste avant la pause, toujours un moment critique dans un match.

Peu après la reprise, il est apparu évident que l'équilibre de la rencontre s'était modifié. L'Espagne, comme elle l'avait fait contre l'Allemagne, prenait l'ascendant. Díaz pénétrait régulièrement dans les 30 derniers mètres depuis l'axe et Mboula se frottait fréquemment à l'arrière gauche du Portugal Vinagre. Les Lusitaniens perdaient de leur lucidité dans leurs passes et abandonnaient la domination du match. L'Espagne devenait de plus en plus menaçante, notamment sur coup de pied arrêté et Mboula ratait une tête dangereuse sur un nouveau corner.

©Sportsfile

L'Espagne a égalisé juste avant la mi-temps

Sur le banc, Hélio devait prendre des décisions. Il faisait ainsi permuter ses ailiers et, après 55 minutes, se décidait à faire entrer Miguel Luis à la place de l'ailier gauche Dju, le positionnant au milieu de terrain, et replaçant Quina sur la gauche. Denia, qui se gardait de faire le moindre changement avant les 10 dernières minutes, lançait Iván Martín à la place de Fran García, et en faisait tiquer plus d'un en envoyant à l'échauffement son deuxième gardien, Adrián, à partir de la 73e minute.

Pendant ce temps, le Portugal reprenait de la vigueur. Les deux équipes étaient en grande condition physique, comme en témoignaient les transmissions rapides de balles des deux côtés. On se prenait alors à regretter que la prolongation n'ait pas lieu, conformément au règlement qui veut que la séance de tirs au but se déroule juste après le coup de sifflet final. Mais alors que l'on jouait le temps additionnel et que les deux gardiens étaient relativement tranquilles, Denia choisissait de remplacer le sien à la 82e minute. Adrián entrait, mais il n'allait pas toucher un ballon.

Les minutes suivantes démontraient que les deux équipes avaient travaillé leurs tirs au but et que leur mental et leur maturité faisaient presque mettre en doute leur date de naissance. Les neuf premiers penalties terminaient au fond des filets. Tous étaient tirés en force et placés, excepté celui de Díaz, en plein milieu de la cage. En deux occasions, Costa était tout prêt de toucher le ballon. Mais il n'y parvenait pas. Puis Morlanes s'avançait pour tirer à son tour après que l'arbitre lui demandait deux fois de replacer son ballon. Il frappait en hauteur et heurtait le poteau.

Alors que le Portugal exultait pour célébrer la fin de treize ans de disette, les joueurs espagnols se précipitaient pour consoler leur capitaine. Après une rencontre palpitante entre deux équipes remarquables, le titre avait choisi son camp pendant cette séance de tirs au but. L'émotion était à son comble sur la pelouse, mais Hélio et Denia gagnaient cette dernière en se tenant par les épaules. Les deux techniciens, comme leurs joueurs, méritaient l'ovation que le public leur réservait.

©Sportsfile

Les Portugais très fair-play après leur victoire aux tirs au but

https://fr.uefa.com/under17/season=2016/technical-report/the-final/index.html#la+finale