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Deschamps sur l'EURO 2000 : « Quand on est du bon côté, c'est fantastique »

L'actuel sélectionneur des Bleus brandissant le trophée Henry Delaunay il y a 20 ans jour pour jour.

Voici deux décennies, la France devenait championne d'Europe pour la deuxième grâce au but en or de David Trezeguet contre l'Italie, le 2 juillet 2000 à Rotterdam. Capitaine des Bleus à l'époque et aujourd'hui sélectionneur champion du monde, Didier Deschamps se souvient.

UEFA.com : Quelle image vous reste-t-il du contexte de cet EURO 2000 ?
Didier Deschamps : On vient avec notre titre de champions du monde deux ans avant, pas avec le même sélectionneur, puisque Roger Lemerre avait succédé à Aimé Jacquet qui avait décidé d’arrêter. Un groupe très, très proche de celui qui avait gagné la Coupe du monde.

Très expérimenté, avec des jeunes qui avaient déjà montré des qualités deux ans avant et qui étaient un peu plus aguerris, donc pour nous et pour moi, à titre personnel, ou les trentenaires ou un peu plus, on avait bien conscience que c’était une opportunité pour nous de confirmer, de dominer au niveau international. Moi, je savais bien, j’avais conscience, que ça allait être ma dernière grande compétition.

De pouvoir confirmer deux ans après, en évoluant aussi au niveau du jeu, parce qu’on avait certainement un potentiel offensif supérieur à celui qu’on avait en 1998. Ça a pas été évident, je trouve. Le ressenti que j’ai, paradoxalement, même si on était capable d’être plus dangereux, on a été plus mis en difficulté à cet Euro que pendant la Coupe du monde.

Qui est Didier Deschamps

Date de naissance : 15 octobre 1968
Nationalité : française
Carrière de joueur : Nantes, Marseille (deux fois), Bordeaux, Juventus, Chelsea, Valence
Carrière d'entraîneur : Monaco, Juventus, Olympique de Marseille, France

• Formé à la très réputée école nantaise, Deschamps connaît le succès avec Marseille en tant que milieu de terrain défensif. Il remporte notamment le championnat en 1990 et 1992, ainsi que l'UEFA Champions League en 1993 alors qu'il est capitaine. Il rejoint la Juve en 1994 et gagne l'UEFA Champions League en 1996, trois titres de Serie A, une Coppa Italia et une Coupe européenne/sud-américaine.

• Il quitte les Italiens en 1999 pour Chelsea où il reste une saison et remporte la FA Cup. Il termine sa carrière en passant une année à Valence. Il est sur le banc lorsque l'équipe s'incline en finale de l'UEFA Champions League 2001 face au Bayern Munich. Il est capitaine de l'équipe de France qui remporte la Coupe du Monde de la FIFA 1998 à domicile et l'UEFA EURO 2000. Il prend sa retraite cette année-là avec 103 capes.

• Il débute sa carrière d'entraîneur en 2001 à Monaco avec lequel il gagne la Coupe de la Ligue en 2003. L'année suivante, il atteint la finale de l'UEFA Champions League mais s'incline face au FC Porto de José Mourinho. Il démissionne en septembre 2005 pour rejoindre, en juin suivant, son ancien club de la Juventus, alors en Serie B. Il quitte le club après l'avoir aidé à retrouver la Serie A en mai 2007.

• Il est nommé entraîneur de Marseille en mai 2009 en remplacement d'Eric Gerets. Sa première saison de toute beauté se conclut par un premier titre en Ligue 1 depuis 18 ans et une première Coupe de la Ligue pour l'OM, trophée qu'il conserve l'année suivante.

• Il prend la suite de Laurent Blanc à la tête de l'équipe de France après l'UEFA EURO 2012 et mène la France en phase finale du Mondial 2014 en passant par les barrages. Il emmène les Bleus en quart de finale au Brésil, où l'équipe s'incline face aux Allemands, futurs vainqueurs du tournoi, puis en finale de l'UEFA EURO 2016 où les hôtes tombent en prolongation face au Portugal. Et enfin jusqu'au bout, lors de la Coupe du Monde en Russie en 2018, devenant le troisième à brandir ce trophée comme joueur et entraîneur.

Avec des déséquilibres par moments, mais avec cette qualité, cette solidité-là et surtout un mental qui était toujours notre force, certainement, de par le fait que la grande majorité des joueurs qui composaient cette équipe avaient une bonne expérience. Ils jouaient dans les grands clubs, notamment la plupart – on devait être huit ou neuf, si je me rappelle bien – dans le championnat italien. Donc voilà, c’était notre force, notre objectif commun, après être montés sur le toit du monde, d’être à nouveau sur le toit de l’Europe.

Les remplaçants ont souvent fait la différence pour les Bleus dans cet EURO (notamment en finale)...
Ah oui, c’est quelque chose, l’apport qui vient du banc sur les changements est souvent décisif. On s’en est rendu compte, malheureusement pour nous, avec Eder qui n’avait pas joué une minute et qui rentre en finale et qui réussit à faire du Portugal un champion d’Europe.

Roger Lemerre avait à disposition sur le banc un potentiel offensif important, donc il l’a utilisé et les joueurs qui rentraient... c’était dur d’avoir du temps de jeu. C’est vrai que l’équipe de départ était plus ou moins connue. Mais espérer pouvoir rentrer et participer… Donc ceux qui avaient à rentrer, ils ont fait ce qu’il fallait aussi, que ce soit sur la demi-finale et en finale aussi.

Sur une grande compétition, c’est systématiquement le cas, les joueurs qui viennent du banc sont là pour amener à faire des différences et permettre à l’équipe de continuer sa route.

Didier Deschamps en demi-finale face à Nuno Gomes (Portugal)
Didier Deschamps en demi-finale face à Nuno Gomes (Portugal)Icon Sport via Getty Images

Oui parce qu’on l’a oublié, cette demi-finale, elle a été compliquée, elle a été dure. C’est vrai que l’Euro 2000, on se souvient vraiment, évidemment, de la finale, mais cette demi-finale, elle a été vraiment compliquée contre le Portugal.. 
C’était serré. Même le quart, on avait gagné 1-0, la demi 1-0. Bon avec cette particularité avec le temps que ça a mis d’accorder le pénalty. Je me rappelle avec Abel Xavier et sa mauvaise foi du moment.

Et moi en tant que capitaine, je lui parlais [à l’arbitre], je commençais à le voir un peu hésitant. À cette période-là, il n’y avait pas la VAR, donc ça s’est joué à peu de choses parce que le Portugal avait une très, très belle génération aussi.

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Ça s’est joué à peu et par la suite aussi, en finale, c’est pire. Le scénario est magnifique pour nous avec ce fameux but en or. Quand on est du bon côté, c’est merveilleux !

J’ai pas connu, puisque ça existe plus, de me trouver du mauvais côté et que ça s’arrête juste après un but. On a toujours un décalage avec le fait de se rendre compte, on a du mal à se rendre compte immédiatement que le but est décisif et que c’est fini. Voilà, c’est un charme particulier, mais il vaut mieux être du bon côté.

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On en arrive à cette finale. Deux ans avant, vous les avez privés de la demi-finale en Coupe du Monde aux tirs au but et depuis 1978, l’Italie n’a pas battu la France. En plus, vous connaissez très bien les Italiens. Dans le couloir, ça doit un peu chambrer, ou pas ? Ça se regarde ? Comment ça se passe ?
On se connaît tous, oui, parce que je le répète, on devait être huit ou neuf joueurs à jouer en Italie ou on les avait comme partenaires ou comme adversaires déjà à la Coupe du monde en France, en quart de finale. S’il y avait un match qu’il fallait pas perdre, c’était celui-là. Parce que l’Italien a cette belle réputation d’être bien chambreur donc on n'avait pas envie de passer des jours après la saison qui suit à se faire chambrer tous les jours donc…

Trezeguet en finale de l'EURO 2000
Trezeguet en finale de l'EURO 2000

Et puis parce qu’il y a un titre en jeu. Ça a été très compliqué pour nous. Elle était expérimentée, c’était peut-être pas l’Italie la plus brillante, mais elle nous a fait déjouer. On n’a pas réussi à être au niveau où on devait être sur cette finale. On y a cru jusqu’au bout, même si eux, je me rappelle, même en étant sur le terrain, des images des dernières minutes où ils pensent être champions d’Europe et où, sur un coup de dés, où le gardien (Francesco) Toldo avait fait des arrêts décisifs aussi, plus personne n’y croyait.

À part nous, sur le terrain, moi aussi, bien évidemment, tant que l’arbitre n’a pas sifflé. Paradoxalement, avec ce but égalisateur à la fin, on a eu le sentiment, comme les Italiens ont pu avoir ce sentiment, que oui, OK, il y avait la prolongation avec le but en or, mais qu’ils avaient déjà perdu le titre parce que psychologiquement, les forces ont basculé, parce que eux, ils étaient pratiquement en train de fêter la victoire, notamment ceux sur le banc de touche.

La France avant la finale de l'EURO 2000. Debout de g. à d. :  Zinedine Zidane, Laurent Blanc, Patrick Vieira, Marcel Desailly, Christophe Dugarry et Lilian Thuram. Devant eux Thierry Henry, Youri Djorkaeff, Didier Deschamps, Fabien Barthez et Bixente Lizarazu.
La France avant la finale de l'EURO 2000. Debout de g. à d. : Zinedine Zidane, Laurent Blanc, Patrick Vieira, Marcel Desailly, Christophe Dugarry et Lilian Thuram. Devant eux Thierry Henry, Youri Djorkaeff, Didier Deschamps, Fabien Barthez et Bixente Lizarazu.Popperfoto via Getty Images

À ce moment-là, vous les voyez réellement, les Italiens ?
Un peu, mais bon moi, je suis concentré. Ceux qui étaient sur le banc, ils devenaient fous parce qu’ils sortaient, ça faisait trois ou quatre minutes, ils sautaient et tout ça. Bon, nous en étant sur le terrain, on était concentrés là-dessus.

On se demandait comment on allait pouvoir forcer ce verrou. Après, bon, notre coach, Roger Lemerre, fait un changement qui n’est pas quelque chose qu’il peut prévoir ou qui est rationnel, parce que je me souviens qu’il enlève notre arrière gauche, qui était Bixente Lizarazu, et qu’il fait rentrer Robert Pirès. Et à l’arrivée, ça lui donne raison, puisque c’est Robert qui fait la passe décisive aussi. À un moment, voilà, il fallait quelque chose pour déclencher et après, tout a basculé jusqu’à arriver à ce but fabuleux de Trezegol.

Vous êtes où sur le terrain, quand Trezeguet marque ?
Je dépassais très rarement la moitié de terrain adverse, c’était pas mon boulot ! Non, non, je n’étais pas loin. On le voit courir, on est contents, mais j’ai eu, et je pense que c’est valable pour tous, moi j’ai eu la sensation une ou deux secondes de me dire : "mais ça y est, c’est fini, quoi !".

De se remettre, avec le but en or, même sur le banc, pour en avoir parlé après, il y a une petite hésitation. Elle ne dure pas longtemps, mais on se dit : "Mais ça y est, c’est fini, on arrête tout, il n’y a plus de temps à jouer !"

EURO 2000 : Totti contre la France
EURO 2000 : Totti contre la France

t puis David met un but qui est fabuleux, avec sa qualité. J’ai eu l’occasion de l’entraîner après avec la Juventus, dans cet exercice, il a une souplesse de hanche. Et la mettre comme il la met, du pied gauche, en demi-volée, le buteur, quoi. Un jeune buteur, qui a continué à marquer par la suite beaucoup de buts, mais là évidemment, celui-là, il est tellement important pour nous, pour nous permettre d’être champions d’Europe.

C’est là où vous faites, vous, Didier, personnellement, pendant cet Euro 2000, la rencontre de Guy Stéphan, finalement, qui était l’adjoint de Roger Lemerre.
Oui, c’est le premier contact que j’ai eu avec lui. Il a été incorporé pour ce championnat d’Europe pour aider Roger Lemerre. Il avait René Girard et il voulait un autre adjoint. Donc c’est là où j’ai connu Guy Stéphan.

Guy Stéphan et Didier Deschamps, onze ans de collaboration (ici à Marseille) qui ont commencé par un pari à l'EURO 2000
Guy Stéphan et Didier Deschamps, onze ans de collaboration (ici à Marseille) qui ont commencé par un pari à l'EURO 2000Icon Sport via Getty Images

J’ai eu l’occasion de discuter avec lui dans une relation joueur-staff. Oui, c’était notre première rencontre. Après, il s’est passé pas mal de temps. Lui a été de son côté et moi du mien, pour se retrouver un peu moins de dix ans après. Lui était disponible et moi j’avais envie d’avoir quelqu’un d’expérimenté, que je connaissais un petit peu et que j’ai appris à connaître beaucoup par la suite, puisque ça fait maintenant onze ans que nous travaillons ensemble.

Sa coupe de cheveux actuelle viendrait d'ailleurs de cet EURO 2000... C’est vrai ou pas ?
C’était un pari avec Franck Lebœuf, qui avait la même coupe que vous avez, mais lui avant. Et il prend le pari avec lui. Certes, ça lui va mieux maintenant, il s’en rendait pas compte. Parce qu’il n’avait pas beaucoup de cheveux, il lui avait dit : "écoute, si on est champions d’Europe, je te rase le crâne".

Et je ne vois pas comment un membre du staff peut refuser. Et il avait pris le pari, et juste après, il y a eu droit. Et il a gardé la même coupe de cheveux depuis. Ça me donne du travail parce que normalement, c’est sa femme qui s’occupe de lui quand il est à la maison. Quand on est en stage, il a sa tondeuse et c’est moi, son coiffeur particulier, voilà pour l’anecdote. Alors je m’applique, j’ai toujours un peu peur, je suis pas un grand spécialiste de la coiffure, mais je fais en sorte qu’il soit toujours bien à l’image.

Sylvain Wiltord, Didier Deschamps, Bixente Lizarazu, Marcel Desailly, Robert Pires, Patrick Vieira et Thierry Henry sur la pelouse après la victoire
Sylvain Wiltord, Didier Deschamps, Bixente Lizarazu, Marcel Desailly, Robert Pires, Patrick Vieira et Thierry Henry sur la pelouse après la victoirePopperfoto via Getty Images

Même s'il y a un match, après, c'est là que vous finissez votre carrière, sur un grand moment...
J’avais déjà réfléchi, j’avais eu quelques soucis avec la presse française. J’avais décidé bêtement – sur le moment c’était la meilleure décision pour moi – de faire le blackout et de ne plus parler à personne. Puis bon, ma réflexion avait mûri, je savais très bien, parce que j’arrivais sur mes 32 ans, je sentais que j’avais fait ce qu’il fallait faire et qu’il fallait laisser la place aussi. Donc ça me tenait à cœur, cet EURO.

Après il y a eu un match d’adieu pour Laurent Blanc aussi et pour Bernard Lama au mois de septembre, on en a fait un le 15 août à Marseille, contre une sélection internationale. Mais au Stade de France, face à l’Angleterre, il faut baisser le rideau !

Voilà, j’ai eu cette liberté-là, même si le sélectionneur a tout fait pour m’en dissuader, mais mes origines font que quand j’ai décidé quelque chose, je prends du temps, je réfléchis, et quand je décide, c’est très difficile, voire impossible, de me faire changer d’avis. Donc pour moi, la boucle était bouclée, et de partir sur ce doublé Coupe du monde-Championnat d’Europe, voilà. Mon heure était venue !

Non pas que c’était la fin de ma carrière… L’équipe de France m’avait donné beaucoup, et continuer pour continuer, ça n’avait pas trop de sens pour moi. Si c’est continuer pour avoir moins que ce que j’avais en tant que capitaine, de jouer tous les matches, voilà, je préférais dire merci et laisser la place. Laisser la place aux jeunes qui avaient les dents longues et qui avaient beaucoup de qualités.