Evra : "Mes exemples ? Maldini et Zanetti"

Vous n'avez pas fini d'entendre parler de Patrice Evra. Le latéral gauche confie, dans cette longue interview à UEFA.com, qu'il veut jouer jusqu'à 40 ans.

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Alors qu'il se prépare à affronter Lyon, avec la Juventus, Patrice Evra fait le point sur le début de saison du club champion d'Italie et évoque une carrière qu'il entend poursuivre encore quelques années.

UEFA.com : Patrice, on voudrait revenir d'abord sur votre début de saison en UEFA Champions League. Vous avez commencé avec un nul contre Séville, qu'avez-vous retenu de ce match ?
Patrice Evra : Je pense que nous avons été très déçus par le résultat, mais pas par la performance. Nous avons vraiment très bien joué, nous nous sommes créé beaucoup d'occasions, mais bien sûr il est très frustrant de faire match nul pour son premier match. Mais on a gardé confiance pour la suite. Les gens ignorent souvent que Séville a gagné les trois dernières UEFA Europa Leagues. Tout le monde s'attendait à ce que la Juventus batte Séville 3-0, mais ça ne se passe pas comme ça.

Les gens ne devraient pas sous-estimer les forces de votre adversaire. Bien sûr, nous aurions mérité de gagner ce match, mais ce n'est pas la fin du monde. Beaucoup de gens nous voient comme de potentiels vainqueurs de l'UEFA Champions League, mais c'est vraiment difficile de remporter cette compétition. Ensuite, nous avons remporté notre deuxième match (contre le Dynamo Zagreb) et c'est ça le plus important.

Patrice Evra en duel avec le joueur de Séville Gabriel Mercado
Patrice Evra en duel avec le joueur de Séville Gabriel Mercado©AFP/Getty Images

Cette victoire 3-0 contre Zagreb vous a donc quelque peu libérés...
Oui, en UEFA Champions League, parfois quand vous commencez par un match nul, vous êtes un peu mis sous pression. Pour réussir en UEFA Champions League, il faut être libéré. Si vous commencez à jouer sous pression, ça peut être très difficile d'être performant. C'est la raison pour laquelle ce succès a été vraiment important. Nous voulons vraiment terminer à la première place de notre groupe.

Maintenant, deux matchs contre Lyon vous attendent. Comment abordez-vous ces deux rencontres ?
Nous voulions avoir six points, mais nous n'en avons que quatre. Je dis toujours qu'en phase de groupes, il faut gagner ses trois premiers matchs, et ensuite un match nul est suffisant pour se qualifier. Maintenant, nous affrontons une équipe qui veut rester dans la course à la qualification. Elle aussi veut remporter ce groupe. Je pense que ça va être un grand match, nous sommes prêts pour ce rendez-vous.

 

Avec l'équipe de France, vous avez joué dans ce Stade de Lyon pendant l'UEFA EURO 2016. Comment va être l'ambiance ?
Je sais à quoi m'attendre. Tous les joueurs français qui rentrent au pays et qui n'évoluent pas pour un club français se font siffler, mais on sait également à la fin du match qu'on signe beaucoup d'autographes. C'est normal quelque part. Lorsque je reviens jouer dans mon pays, je suis toujours heureux.

Que pensez-vous de cet adversaire ?
Ils ont de très bons joueurs et un nouveau stade. Cette équipe va vouloir montrer à ses supporters qu'elle peut rivaliser avec la Juventus et même gagner. Ça être va être une super ambiance. Ça peut même être le match le plus difficile du groupe je pense.

Patrice Evra : 80 sélections avec l'équipe de France et un titre de vice-champion d'Europe en 2016
Patrice Evra : 80 sélections avec l'équipe de France et un titre de vice-champion d'Europe en 2016©Sportsfile

Vous avez disputé cinq finales, quels sont les ingrédients nécessaires pour remporter l'UEFA Champions League ?
Oui, et je n'en ai remporté qu'une seule. Je dis toujours que l'UEFA Champions League est très particulière pour moi, c'est une compétition différente. C'est la plus merveilleuse. Cela va très vite. Je me souviendrai toujours de la première fois que je l'ai jouée avec Monaco, nous avons gagné notre groupe et ensuite nous sommes allés jusqu'en finale. Depuis que je suis tout petit, quand j'entends cet hymne, des sensations très particulières me viennent, et c'est toujours le cas, à 35 ans. C'est difficile à expliquer, mais j'aime cette compétition. Que je gagne ou que je perde, j'aimerai l'UEFA Champions League toute ma vie.

Et pour votre première saison à la Juventus, vous avez atteint la finale il y a deux saisons. Quels sont vos souvenirs de cette campagne ?
Une nouvelle déception. Nous avions été menés un but à zéro, nous sommes revenus et dans le quart d'heure qui a suivi je pensais vraiment que nous pourrions remporter ce match. Nous nous sommes créés des occasions. Je pense que Carlos Tévez en a raté une belle et au final, c'est eux (le FC Barcelone) qui se sont imposés. Mais j'y ai vraiment cru. Je pensais vraiment que nous arriverions à remporter l'UEFA Champions League cette saison.

Je me rappelle aussi qu'avant notre premier match, contre Dortmund, j'avais dit à mes coéquipiers "on va aller jusqu'en finale". Ils m'avaient répondu que j'étais fou. Je leur ai dit : "C'est juste une impression, j'ai cette impression. Je ne sais pas comment l'expliquer". Je me rappelle de la demi-finale. C'était magique contre Madrid. Et en finale, nous tombons sur Barcelone. J'ai perdu trois finales contre Barcelone. Je pense que j'aurais remporté quatre coupes sans Barcelone.

Votre victoire remonte à 2008 lorsque vous jouiez à Manchester. Mais pour certains de vos illustres coéquipiers, la coupe s'est toujours dérobée, comme pour Gianluigi Buffon, (Leonardo) Bonucci et (Andrea) Barzagli. Quelle signification aurait pour eux une victoire cette année ?
Je pense que ce serait énorme pour eux. Lorsque vous remportez quelque chose, vous voulez toujours le partager avec vos coéquipiers, c'est comme ça que j'ai été élevé. Je pensais qu'ils avaient remporté cette compétition. Ce serait donc très important pour eux, comme cela l'a été pour moi. J'ai aussi envie d'arrêter de perdre des finales de Champions League.

Vous avez semblé surpris quand on vous a dit que Buffon ne l'avait pas gagnée... Vous pensez qu'il mérite ce titre ?
Il le mérite. Si je suis vraiment honnête, je peux dire que mon gardien favori reste Edwin Van der Sar. Mais quand je suis arrivé ici, je connaissais Gigi Buffon, parce que je l'avais vu à la télévision, mais m'entraîner avec lui, Woah! Quel joueur ! En fait, plus il vieillit, meilleur il est. Je pense qu'il réussit à faire des arrêts aujourd'hui qu'il ne pouvait pas faire à 18 ans.

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Avec lui, vous êtes l'un des deux motivateur de l'équipe de la Juventus aujourd'hui, non ?
Je pense qu'il y en a quelques-uns, mais Gigi et moi-même, voulons gagner tout, et pour cela on s'assure que tout le vestiaire soit prêt à tout donner. Je me souviens de l'an dernier. Les gens disaient que mon discours et celui de Gigi avaient fait la différence quand nous avons remporté le championnat. Mais non. Tout le monde a fait la différence.

Tous les joueurs sont des leaders. Si vous êtes un vrai leader, alors vous voulez que les autres soient aussi des leaders et ça ne se fait pas en un jour. Il faut avoir de l'expérience pour le faire et nous sommes vraiment heureux d'aider l'équipe.

Vous avez aussi un autre joli leader qui figure en tête du classement des buteurs de votre championnat, il s'agit de Gonzalo Higuain. Vous avez joué contre lui, c'est comment aujourd'hui de jouer avec lui ?
Je ne le connaissais pas personnellement, et d'abord je dois dire que c'est quelqu'un de grand. C'est très important dans le football. À côté de cela, il devient fou quand il ne marque pas. C'est sa nature. Je me souviens d'un match à que j'ai passé avec lui sur le banc, à la fin, il n'avait plus d'ongles. Il me disait : "Lorsque j'entre, je dois marquer". Il ne pense qu'à ça. C'est quelque chose que j'avais déjà vécu avec (Ruud) Van Nistelrooy. Ils font partie des buteurs qui sont nés pour marquer. Qui perdent le sommeil s'ils n'y arrivent pas. Et ça, c'est parfait pour La Juventus.

 

 

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D'autres joueurs sont arrivés également, est-ce que les joueurs expérimentés comme vous ont une importance pour les intégrer  ?
Oui. Mais en fait, c'est drôle, parce que les gens pensent que je joue à la Juventus depuis 10 ans, mais ce n'est que ma troisième saison. Mais je suis comme ça. Je l'ai fait pour Manchester et pour l'équipe nationale. Je suis comme ça. Parfois, ils me demandent : "Patrice, ça fait combien de temps tu es ici ? Sept ans ? Non les gars, ce n'est que ma troisième saison". Et ils sont surpris. Parce que comme je l'ai dit, lorsque je viens dans un club, j'ai besoin d'apprendre l'histoire du club, de m'en imprégner. Chaque fois que vous jouez avec ce maillot sur les épaules, il ne faut pas perdre de vue ce que des joueurs légendaires ont fait avec ce même maillot avant vous. C'est ce que je fais partout, dans tous mes clubs. Et c'est peut-être pour ça qu'on a l'impression que je suis là depuis dix ans, alors que ce n'est que ma troisième saison.

On aussi l'impression que vous faites 10 ans plus jeune que votre âge…
Oui, mais je me sens bien, je me sens même très bien. Je commence à me voir un peu comme une bouteille de vin vous savez ? Plus je vieillis, meilleur je suis. Je travaille aussi très dur, il n'y a pas de secret. Je travaille dur aussi quand je suis en vacances. Quand j’arrêterai de travailler dur pendant mes vacances et d’être excité par le début d’une nouvelle saison, alors je saurais qu’il est temps de me retirer. Mes exemples sont des joueurs comme Paolo Maldini ou Javier Zanetti – ils ont joué jusqu’à leurs 40 ans. Ryan Giggs aussi.

Vous sentez-vous différents du Patrice Evra d'il y a dix ans ?
Je suis plus calme désormais – quand tu as 20 ans, tu ne cesses de courir et de centrer, mais maintenant, tu ne peux que mettre cinq centres par matchs, alors l’un d’entre eux doit être une passe décisive. Tu vois aussi le positionnement de manière différente. Quand tu es jeune, tu peux être mal placé mais tu sais que tu es rapide et pourras donc compenser avec ta vitesse. Maintenant, tu dois surtout faire attention à être à la bonne place.

VOIR MAINTENANT...

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