Analyse, Champions League, l'art du jeu sur les ailes
lundi 29 septembre 2025
Résumé de l'article
La cellule d'analyse de l'UEFA et l'ancien sélectionneur de l'Angleterre, Sir Gareth Southgate, expliquent comment les joueurs de couloir font la différence.
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Le rôle des ailiers s'est imposé comme un sujet de discussion majeur à l'issue de la première journée des matches de l'UEFA Champions League.
Qu'il s'agisse de joueurs de couloir adressant des ballons dans le « couloir de l'incertitude », de centres en retrait ou au second poteau, ou tout simplement de repiquer dans l'axe, à l'image de Mohamed Salah (Liverpool), la cellule d'analyse des matches de l'UEFA a eu beaucoup de choses à décortiquer avant les matches de la Journée 2 cette semaine.
Grâce aux réflexions de l'observateur technique de l'UEFA, Sir Gareth Southgate, l'analyse suivante explore les variations offensives observées chez les attaquants de couloir de la Champions League lors de la Journée 1, en s'appuyant sur l'étude initiale de Sir Gareth après le match Newcastle United - FC Barcelona sur le jeu des ailiers.
Centrer dans le « couloir de l'incertitude »
Le but marqué par Anthony Gordon pour Newcastle United contre le FC Barcelona en est la parfaite illustration. « Arriver au second poteau est une position idéale pour marquer plusieurs buts par saison », déclare Sir Gareth à propos du déplacement de Gordon, même si, ici, il s'attarde sur le centre de Jacob Murphy, un ballon précoce dans l'espace entre le gardien de but et la ligne de défense.
Cet espace est ce que Sir Gareth appelle « le couloir de l'incertitude », et les centres qui y sont adressés sont particulièrement difficiles à gérer pour l'équipe qui défend.
« Dans ce premier scénario, les joueurs de couloir reconnaissent l'opportunité de centrer rapidement dans l'espace derrière la défense », dit-il, « et c'est le ballon le plus difficile à négocier pour un défenseur, car il court vers son propre but, avec le risque qu'un mauvais pas puisse également conduire à un but contre son camp ».
Le deuxième clip ci-dessus présente le deuxième but que Dušan Vlahović a marqué pour la Juventus contre le Borussia Dortmund, le Serbe attaquant l'espace pour reprendre le ballon à ras de terre de Pierre Kalulu venu de la droite.
Analysant le mouvement sur les deux buts, Sir Gareth ajoute : « Gordon reconnaît qu'il est du côté du but par rapport à son défenseur et conserve cet avantage. D'une manière générale, cependant, les attaquants chercheront à se placer entre les défenseurs, comme le fait Vlahović, dans leur dos, ou à passer tardivement devant eux. Dans le cas de Vlahović, il prend l'avantage en étant le premier à reconnaître le moment de la transition. Il est donc attentif à la possibilité et se retrouve positionné entre les défenseurs, qui ne parviennent pas à revenir.
« Souvent, dans ces cas-là, la finition exige de se concentrer sur un contact net avec le ballon. La vitesse est normalement dans le centre, donc on se contente de dévier le ballon plutôt que de chercher à créer de la puissance ».
Les clés pour trouver l'espace
Pour offrir d'autres variantes, la deuxième vidéo ci-dessous présente un centre en retrait et un ballon au second poteau. Sir Gareth explique : « Sur ces buts, le joueur de couloir se retrouve dans une zone d'attaque où les deux options de base ayant les meilleures chances de succès sont soit un centre en retrait, soit un ballon flottant au second poteau. L'attaquant doit le reconnaître et faire ses appels en conséquence ».
Le premier clip montre le but de Leandro Trossard lors de la victoire d'Arsenal sur le terrain de l'Athletic Club. Le mouvement du Belge est essentiel, car il se démarque d'Aitor Paredes pour se mettre en position de reprendre le centre en retrait au premier poteau.
Sir Gareth déclare : « Avec Trossard, il se rend compte qu'il est dans une position où il est impossible d'être trouvé. Il peut voir le dos de son marqueur, alors il se déplace intelligemment pour trouver de l'espace dans son dos. C'est un pari, mais les appels vers l'avant sont souvent spéculatifs et, à cette occasion, le timing est bon pour lui et [Gabriel] Martinelli parvient à le trouver ».
Le deuxième clip montre Youssoupha Mbodji transformant un centre au second poteau de Lukáš Provod lors du match Slavia Praha - Bodø/Glimt. Comme l'observe Sir Gareth, plus l'équipe qui attaque place de joueurs dans la surface, mieux c'est pour occuper, distraire et semer le doute dans l'esprit des défenseurs, et le mouvement de Michal Sadílek dans la zone centrale de la surface a cet effet sur Magnus Riisnæs, ouvrant ainsi plus d'espace au second poteau.
Autre exemple, le graphique ci-dessus montrant le deuxième but de Copenhague contre Leverkusen, une tête de Robert sur un centre de Rodrigo Huescas. C'est une autre illustration de ce que dit Sir Gareth sur l'intérêt de mettre du monde dans la surface.
Expliquant la construction du but, Sir Gareth déclare : « L'appel de Viktor Claesson attire le défenseur, qui doit décider de marquer l'un des deux attaquants. Robert retarde sa décision et peut ainsi profiter du fait que le défenseur qui le marquait initialement doit couvrir l'appel de Claesson ».
Les ailiers qui repiquent dans l'axe
Le dernier aspect à prendre en compte est celui des ailiers qui, plutôt que de centrer, repiquent dans l'axe avec le ballon. Dans l'analyse de Rafa Benítez sur la victoire de Liverpool contre l'Atlético de Madrid, l'une des caractéristiques mises en évidence était les percées de Salah dans l'axe depuis la droite.
Développant ce point, Sir Gareth déclare : « La force évidente de faire jouer un gaucher comme Salah sur le côté droit est qu'il est difficile d'arrêter ce type de joueur une fois qu'il a repiqué dans l'axe. On sait ce qu'ils veulent faire, mais les arrêter n'est pas si facile et Arjen Robben, par exemple, était brillant dans ce domaine ».
Un autre but remarquable marqué la semaine dernière par un joueur repiquant dans l'axe a été la frappe explosive de Khvicha Kvaratskhelia pour le Paris Saint-Germain contre l'Atalanta. Comme on le voit dans la vidéo ci-dessus, malgré toute la magie de Kvaratskhelia, il profite des déplacements de ses coéquipiers João Neves et Senny Mayulu, qui étirent la ligne de défense de l'Atalanta et ouvrent plus d'espace pour sa course.
Sur la question de savoir comment les ailiers réagissent dans les situations où l'espace s'ouvre, Sir Gareth remarque : « La prise de décision des joueurs offensifs dans ces moments-là est instinctive. Si les défenseurs leur laissent l'occasion de tirer, ils le feront. Mais s'ils cherchent à les presser, l'attaquant peut chercher les appels de ses coéquipiers dans les espaces laissés par les défenseurs ».
Le Sporting CP nous a donné un exemple de cette dernière option avec la frappe d'Alisson Santos contre Kairat Almaty, illustrée dans le graphique ci-dessus. Dans ce cas, il a bénéficié de la percée de Geovany Quenda depuis la droite.
Enfin, pour les entraîneurs qui se demandent comment déjouer ces incursions depuis les ailes, Sir Gareth a la suggestion suivante : « Votre meilleure façon d'arrêter cela est d'utiliser un milieu de terrain en couverture ».
Réflexions pour les entraîneurs : laisser jouer
Lorsqu'il s'agit de mettre en place une équipe pour exploiter les couloirs, Sir Gareth estime qu'un entraîneur ne peut pas tout faire. Après tout, dans le dernier tiers du terrain, il doit faire confiance à ses joueurs de talent pour produire les actions inspirées que leur rôle exige d'eux.
« Les entraîneurs et les équipes travailleront sur des schémas de jeu établis, mais la réalité du dernier tiers est que l'instinct, la qualité de la réflexion et de la prise de décision sont fondamentaux », explique-t-il. « Vous voulez que les joueurs aient l'esprit libre dans ces moments-là, qu'ils soient dans le feu de l'action et qu'ils ne jouent pas en réfléchissant ». Au plus haut niveau, où le temps et l'espace sont si précieux, ces moments de génie instinctif peuvent faire toute la différence.
Sir Gareth Southgate a été défenseur et milieu de terrain, et a été sélectionné 57 fois en équipe d'Angleterre. Il est passé du terrain au banc à Middlesbrough en 2006, puis a dirigé les moins de 21 ans anglais avant de prendre les rênes de l'équipe senior en 2016. Il a mené son équipe en demi-finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2018 et en finale des UEFA EUROs 2020 et 2024.