Jours de gloire à Anfield

La Super Coupe de l'UEFA donne l'occasion à Liverpool de revivre l'une des plus belles saisons de son histoire.

Lorsque les joueurs du Liverpool FC fouleront la pelouse du stade Louis II vendredi soir pour y défier les Russes du PFC CSKA Moskva pour la Super Coupe de l'UEFA, ils mettront un point final à l'un des chapitres les plus prodigieux mais aussi les plus improbables dans la longue et riche histoire du club.

Une première défaite contre Graz
Il y a un an quasiment jour pour jour, le nouvel entraîneur de Liverpool Rafael Benítez, fraîchement débarqué du Valencia CF, s'inclinait 1-0 pour son premier match à domicile contre le Grazer AK au troisième tour de qualification de l'UEFA Champions League. Vainqueurs à l'aller, les Reds se sont tout de même qualifiés, mais bien peu de supporteurs croyaient alors leur équipe capable de remporter la Coupe des champions.

Owen s'en va, Gerrard presque
Ce n'était pas une surprise. Benítez avait à peine eu le temps de prendre ses quartiers au centre d'entraînement de Melwood que déjà Michael Owen, le principal atout offensif de Liverpool, faisait ses valises pour le Real Madrid CF. Le capitaine des Steven Gerrard était quant à lui déjà passé à deux doigts d'un transfert au Chelsea FC et les plans de reconstruction de Benítez étaient sérieusement entravés par le manque de liquidités du club en raison notamment du projet d'érection d'un nouveau stade.

Une saison de transition
La saison 2004/05 semblait donc devoir ressembler à une année de transition, l'objectif prioritaire étant de se rapprocher de la tête du classement après avoir terminé à 30 points du champion, l'Arsenal FC, lors de l'exercice précédent. Par ailleurs, un honnête parcours en Coupe d'Europe pourrait permettre de recruter plus facilement. Tout le reste ne serait que bonus.

"Jamais favoris, leur force"
Ce côté inattendu est précisément ce qui distingue ce triomphe contre l'AC Milan des quatre autres titres de champion d'Europe remportés par Liverpool. Celui-ci a été décroché contre toute attente. "Pour moi, la grande différence tient à ce que Liverpool est resté un outsider tout au long de la compétition, alors qu'à notre époque le club était favori", a confié Mark Lawrenson, champion d'Europe en 1984. "Nous devions nous faire à ce statut dès le coup d'envoi."

Un groupe miné par les blessures
Même Gerrard avait commencé par écarter toute idée de victoire en Champions League la saison dernière. L'équipe était à la peine en championnat et les efforts de Benítez pour redresser la barre étaient continuellement minés par les blessures des joueurs clés du club, y compris son capitaine.

Une nuit de folie
La Champions League est rapidement devenue un refuge pour une formation en plein désarroi en championnat. Il allait falloir une soirée enflammée à Anfield pour lancer véritablement la saison européenne du club de la Mersey. Une défaite face à l'AS Monaco FC avait toutefois contraint les hommes de Benítez à battre l'Olympiacos CFP pour se qualifier pour les huitièmes de finale. Menés 1-0 à la pause après un but sur coup franc de Rivaldo, ils devaient en inscrire trois en deuxième période pour espérer se qualifier. Mais lorsque, face à un Kop en transe, Gerrard avait repris de volée à quatre minutes du terme, tout semblait alors possible.

La Juve muselée
Certains ont pu penser que ce but ou bien encore la promenade de santé contre le Bayer 04 Leverkusen en huitièmes de finale avaient été les tournants de la campagne en Champions League. Mais en réalité ce n'est qu'après avoir contenu, le dos au mur, les assauts de la Juventus, finalement incapable de marquer le moindre but lors du quart de finale retour, que joueurs et supporteurs ont fini par croire à l'impossible.

Vingt ans après le Heysel
C'était la première fois depuis le drame du Heysel vingt ans plus tôt que les deux équipes se retrouvaient. "In Memoria e Amicizia" - au nom du souvenir et de l'amitié - avait été le message affiché par les fans des Reds à l'aller à Anfield lors d'une soirée remplie d'émotion au cours de laquelle les joueurs de Liverpool ont joué leur meilleur football depuis des années, notamment en première période, avant de l'emporter 2-1.

Une soirée qui restera dans l'Histoire
Une prestation défensive de première classe sur la pelouse de Chelsea lors des demi-finales avait permis aux Reds de revivre une grande soirée à Anfield. Personne n'oubliera la ferveur des supporteurs poussant leurs joueurs vers la victoire après le but controversé de Luis García. Au coup de sifflet final, une clameur indescriptible est montée des travées du stade, un lointain écho d'une autre soirée européenne restée dans toutes les mémoires où Liverpool avait pris le dessus sur les Verts de Saint-Etienne en 1977.

"Les soirées à Anfield"
Le savoir de Benítez, les facultés de ses joueurs, l'esprit d'équipe et le refus d'abdiquer ont été l'enclume sur laquelle s'est forgé le triomphe de Liverpool. Mais il ne faudrait surtout pas négliger l'incroyable ferveur des supporteurs qui ont fait le déplacement à Istanbul. Pour ces derniers, qui n'ont tout au long de la compétition jamais véritablement osé rêver d'une nouvelle gloire européenne, la Coupe d'Europe était désormais leur propriété. "La saison dernière, Liverpool est passé grâce à ces soirées à Anfield", convient Lawrenson. "Les fans ont été fantastiques, et ils l'ont montré en finale."

Objectif Premiership
Istanbul a transformé ces joueurs en héros, mais la saison en demi-teinte en championnat a conduit Benítez à remettre à plat son équipe en se séparant d'un certain nombre de joueurs. Vladimir Smicer, Milan Baroš et Igor Bišcan ont ainsi fait les frais du remaniement du technicien espagnol qui, après avoir mis un terme à 21 ans d'attente en Coupe d'Europe, vise désormais à ramener le trophée de Premiership sur les bords de la Mersey pour la première fois depuis 1990.

Viser encore plus haut
Vendredi soir à Monaco, Benítez et Liverpool chercheront à confirmer leur statut de champion d'Europe. Depuis cette nuit magique à Istanbul, les espérances du club ont été revues à la hausse. Les Reds n'ont plus qu'à se retrousser les manches. Les choses sérieuses ne font que commencer.

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