« J'ai perdu mon bras, mais je suis toujours sur les terrains... »

L'amour du football a aidé le jeune Serbe Ljubomir Moravac à surmonter la perte d'une partie de son bras gauche dans un accident de la route – qui a mis un terme à une carrière prometteuse de gardien – et lui a permis de trouver une nouvelle voie dans le football en tant qu'arbitre.

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Chaque mois, dans le cadre de sa campagne #EqualGame , l'UEFA dresse le portrait d'un joueur ou d'une joueuse provenant de l'une de ses 55 associations membres. Cette personne illustre comment le football favorise l'inclusion, l'accessibilité et la diversité ; son histoire montre que le handicap, la religion, l’orientation sexuelle, l'origine ethnique et le milieu social ne constituent un frein ni à la pratique du football, ni à l’intérêt pour ce sport.

De gauche à droite : sa sœur Jovanna, Ljubomir, son père Miroljub et sa mère Maja
De gauche à droite : sa sœur Jovanna, Ljubomir, son père Miroljub et sa mère Maja©Getty Images

Ljubomir Moravac a puisé dans le football une force immense dans la foulée de la tragédie qui l'a frappé.

Âgé de 21 ans, le jeune Serbe envisageait en effet une carrière prometteuse en tant que gardien du club slovène du NK Maribor lorsqu'il a été impliqué dans un accident de la route en 2016, lequel a coûté la vie à deux de ses coéquipiers et l'a laissé amputé d'une partie de son bras gauche.

Il aurait pu sombrer, mais c'est l'inverse qui s'est produit. Avec courage, fierté, optimisme mais aussi son amour durable du football, Ljubo s'est lancé de toutes ses forces sur la voie de la guérison. Le football a su lui insuffler espoir, réconfort et force de rebondir. Désormais, il s'entraîne pour devenir arbitre et a trouvé une place au sein de ce jeu qu’il adore.

Originaire de Niš, Ljubo commence à jouer avec un ballon dès l'âge de cinq ans. Rien de surprenant dans cette famille de footballeurs : son père et son oncle étaient des joueurs passionnés et son frère aîné Ranko, milieu de terrain, a été sélectionné en équipe de Serbie au niveau junior. « Le football a toujours été présent dans ma vie », dit-il.

Les frères Moravac, Ranko (à gauche) et Ljubo
Les frères Moravac, Ranko (à gauche) et Ljubo©Getty Images

Suivant les traces de son oncle gardien, Ljubo fait des débuts prometteurs dans les buts. À 16 ans, il part avec son père, recruteur de joueurs, et son frère Ranko dans la ville slovène de Maribor. Il rejoint finalement le club local, le NK Maribor, où Ranko avait déjà signé un contrat professionnel, et il fait son entrée dans les équipes juniors. Les deux frères jouent alors quelque temps ensemble dans l’équipe B du club, et Ljubo tente de faire aussi bien que Ranko.

À la fin de la saison 2014/15, Ljubo fait partie de l'équipe de Maribor qui dispute les matches de groupe de l'UEFA Youth League. Il aime voyager en Angleterre, au Portugal et en Allemagne, où Maribor affronte Chelsea, Sporting Clube de Portugal et Schalke 04, et rêve de devenir gardien professionnel.

Ljubo au stade
Ljubo au stade©Getty Images

« À la fin du lycée, j'ai décidé de me consacrer entièrement au football. Je lui ai voué tout mon temps et j'ai cherché à en faire le support de ma vie. C'était mon vœu le plus cher. »

Moment de détente au bord de l'eau
Moment de détente au bord de l'eau©Getty Images

Mais, le 2 août 2016, sa jeune vie bascule. « Je me suis levé pour aller à l'entraînement et j'ai pris mon petit-déjeuner, se souvient-il. Je me suis rendu au stade. Nous étions tous joyeux dans les vestiaires, tout allait bien. Un jour comme les autres... »

Après l'entraînement, Ljubo et trois de ses coéquipiers – l'attaquant Zoran Baljak, l'arrière latéral Damjan Marjanović et le défenseur Žiga Lipušček – quittent le centre d’entraînement du club en voiture. Mais peu de temps après, celle-ci percute plusieurs feux de circulation.

Zoran et Damjan perdent la vie sur les lieux de l’accident tandis que Žiga n'est que légèrement blessé. Quant à Ljubo, il est éjecté du véhicule. Il est amené inconscient à l'hôpital, où il reste plusieurs jours dans le coma. Son bras gauche est si gravement blessé que les docteurs décident qu’une amputation partielle est nécessaire.

Le monde de Ljubo s'écroule, mais c'est alors que sa nature profondément positive prend le dessus. « J’ai dû m'adapter à ma nouvelle vie. En fait, c'est moins difficile qu'on ne l'imagine. Il suffit simplement d'être assez fort. »

Ljubo a apprécié le soutien de ses amis
Ljubo a apprécié le soutien de ses amis©Getty Images

Entouré par une famille amainte, Ljubo refuse de s'apitoyer sur son sort. « Je me suis dit que j'avais encore ma vie à faire et que j'avais la possibilité d'en faire quelque chose. »

Le football joue un rôle clé dans la phase de récupération du jeune Serbe. « Il m'a donné une approche particulière. Jusqu'alors, j'avais toujours été un sportif plein d'ambition. » Ljubo fait donc de sa volonté farouche de se remettre de son accident un match qu'il doit remporter.

Il se souviendra toujours du soutien apporté par le NK Maribor dans les moments les plus durs. « Le club est ma seconde famille, souligne-t-il. Il a toujours été à mes côtés, et a essayé de m'aider. Et tous mes amis aussi m’ont soutenu. Ce soutien a été très précieux pour moi. »

L'arbitre Ljubo s'adresse aux enfants
L'arbitre Ljubo s'adresse aux enfants©Getty Images

Passés les moments initiaux de doute, Ljubo décide de rester dans le monde du football d'une manière ou d'une autre. « Si vous vivez pour le football, celui-ci devient une aide de tous les instants, » explique-t-il. Maribor lui suggère alors de suivre une formation pour devenir arbitre, et une nouvelle voie dans le football s’ouvre pour lui.

Ljubo progresse dans l’arbitrage notamment en dirigeant des matches d’enfants. Ce nouveau défi agit sur lui comme un stimulant. « Après l'accident, admet-il, je ne voyais pas comment je pouvais rester dans le monde du football. Je pensais que ma carrière dans le football était terminée. Puis j’ai trouvé un moyen de rebondir. »  

Le football est un mode de vie
Le football est un mode de vie©Getty Images

« C'est une nouvelle étape de ma vie. Je ne suis plus un joueur, je suis arbitre maintenant, j’ai trouvé ma voie. »

Sa détermination va à n'en pas douter lui permettre de déplacer des montagnes. « J'entends découvrir encore et encore et tirer le meilleur qui soit de ma vie. Et je suis sûr d'en être capable. J'ai survécu [à l'accident], et c'est une expérience qui vous amène à penser de manière positive. »

Ljubo incarne à merveille les valeurs transmises par la campagne de l'UEFA #EqualGame. « Je pense que tout le monde a sa place dans le football, insiste-t-il. Peu importe qui vous êtes. J'ai perdu mon bras ... mais je suis toujours sur les terrains. Oui, le football est un sport ouvert à tous ! »

 

 

 

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