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Journée internationale de la femme : honneur aux pionnières qui « choisissent de contester »

La campagne de l’UEFA rend hommage aux personnalités qui façonnent le présent et l’avenir du football en Europe, du football de base aux compétitions d’élite.

Pour marquer l’édition 2021 de la Journée internationale de la femme, l’UEFA a décidé de lancer une campagne de sensibilisation du public afin de mettre à l’honneur les femmes apportant une contribution significative au développement du football.

À des moments clés du calendrier 2021, nous allons mettre en lumière le travail remarquable réalisé par certaines de ces femmes extraordinaires du football en braquant les projecteurs sur leurs accomplissements, leurs motivations et leurs objectifs d’avenir.

Certaines sont bien connues pour leurs formidables prestations sur le terrain. Bien d’autres travaillent d’arrache-pied en coulisses, dans des lieux et domaines tout aussi importants mais moins visibles, comme les conseils d’administration, les tribunes de supporters, les tribunes de presse ou encore les programmes d’entraîneurs de football de base.

Pour lancer cette campagne, nous donnons la parole à cinq femmes dont le travail incarne à lui seul le thème de la Journée internationale de la femme de cette année, « choisir de contester », tant elles ont fait pour changer les mentalités et être sources d’inspiration.

Emma Hayes : « Prends des risques, aie confiance en toi et sois convaincue que le football a besoin des qualités que tu possèdes. »

Emma Hayes est l’une des entraîneures les plus influentes du football européen.
Emma Hayes est l’une des entraîneures les plus influentes du football européen.Chelsea FC via Getty Images

Pionnière parmi les entraîneurs du football féminin, Emma Hayes tient les rênes du Chelsea FC Women depuis près de neuf ans maintenant. Sous ses ordres, le club londonien a remporté le championnat et la Coupe d’Angleterre et est devenu un acteur incontournable en Europe. Cette saison, Emma a mené les Blues en huitièmes de finale de l’UEFA Women’s Champions League, où ils affronteront l’Atlético Madrid. En 2016, elle est devenue Membre de l’ordre de l’Empire britannique (MBE) pour services rendus au football.

Quels principaux changements avez-vous observés depuis que vous pratiquez le football ? Et quels changements attendez-vous encore ? « L’investissement des clubs et des associations nationales, voilà le principal changement auquel j’ai assisté. J’étais déjà dans le football quand tout le monde n’était qu’amateur, puis semi-pro. Aujourd’hui, nous gérons des sportives de classe mondiale. J’ai aussi beaucoup aimé assister à la progression du football en dehors du terrain : les diffusions sont de plus en plus nombreuses, de même que les chances offertes aux joueuses de se professionnaliser et de faire du football féminin un sport qui peut offrir sa chance à tout le monde. »

Quel conseil donneriez-vous aux filles qui souhaitent reproduire vos réussites ou faire carrière dans le football ? « Mes proches m’ont toujours encouragée : mon père m’emmenait voir des matches de football, je jouais avec mes sœurs, et ma mère m’a poussée à devenir qui je voulais. Si on m’a toujours encouragée, il est important de ne pas oublier qu’il n’est pas nécessaire d’être parfaite dans tout ce que l’on fait pour se pousser à le faire. Quand tu vois une offre d’emploi, ne te dis pas que tu n’es pas faite pour ce job ou que tu as besoin de quelque chose en plus. Prends des risques, aie confiance en toi et sois convaincue que le football a besoin des qualités que tu possèdes en tant que fille ou femme. Crois en toi. C’est dur parfois, et il faut faire preuve de résilience et de confiance en soi pour surmonter les difficultés, mais continue de repousser tes limites pour atteindre tes rêves, quels qu’ils soient. »

Quelle étape importante le football féminin doit-il désormais franchir, selon vous ? « La prochaine étape, lorsque ce sera à nouveau possible, sera de remplir les stades à chaque match, et que les footballeuses aient plus souvent la possibilité de jouer dans les stades plus grands. »

Apprenez-en plus sur les avantages de la nouvelle formule de l’UWCL pour le football féminin.

Asisat Oshoala : « N’attends pas que les gens te lancent des fleurs ; c’est à toi de le faire. »

Interdite de football dans sa jeunesse, Asisat Oshoala a été élue Footballeuse africaine de l’année à quatre reprises.
Interdite de football dans sa jeunesse, Asisat Oshoala a été élue Footballeuse africaine de l’année à quatre reprises.Getty Images

Quadruple Footballeuse africaine de l’année, Oshoala aurait facilement pu passer à côté de sa belle carrière, ses parents lui ayant interdit de jouer au football quand elle était petite. Après avoir surmonté cette épreuve, elle s’est illustrée à la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans en 2014 et sa carrière a explosé. Elle a notamment marqué un but dans la finale 2019 de l’UEFA Women’s Champions League.

Où avez-vous trouvé l’inspiration quand vos parents vous interdisaient de jouer ? « La seule personne qui m’a soutenue, c’était ma grand-mère. Elle n’est plus de ce monde aujourd’hui, mais c’était la seule personne de ma famille qui a toujours été là pour moi. Aujourd’hui, quand je joue au plus haut niveau, je me souviens d’elle et je regrette qu’elle ne soit plus en vie pour me voir. Mais je pense qu’elle est fière de moi. Il y a eu des moments où j’ai pleuré car je me disais que je ne voulais pas échouer et entendre mes parents dire : "Tu vois, tu ne nous as pas écoutés, et voilà où tu en es maintenant". C’était une pression pour moi. J’avais l’impression de devoir être performante. »

De quelle manière avez-vous réussi à changer ces comportements ? « Je pense que le moment où mes parents m’ont dit "On va te laisser pratiquer un sport de façon professionnelle" était après la Coupe du monde des M20, après que j’ai remporté le Ballon d’or et le Soulier d’or. Cela a été l’un des grands moment de joie de ma vie. Ils m’ont dit : "Nous comprenons que tu as ce talent en toi et nous n’allons pas le gâcher." Aujourd’hui, je joue pour le FC Barcelone. Que demander de plus ? J’ai atteint le pic de ma carrière. La Coupe du monde, la finale de la Champions League : c’est beaucoup d’émotions pour moi. Je suis juste contente que tout ait fonctionné pour le mieux. »

Comment pouvez-vous aider la future génération de filles qui se retrouvent dans la même situation que vous ? « J’ai une fondation qui soutient les filles. Ce n’est pas que je me fiche des garçons, mais je pense qu’en matière de sport, l’environnement et la société se préoccupent toujours davantage des sportifs que des sportives. C’est donc important pour moi. Je peux raconter mon parcours à ces filles, les conseiller, leur parler. Je leur dis : "Poursuis tes rêves, reste concentrée et ne baisse pas les bras. Tu dois être ton supporter n° 1. C’est toi, ta motivation première. Si tu ne peux pas te motiver toi-même, tu ne peux pas tirer l’énergie des autres personnes. N’attends pas que les gens te lancent des fleurs ; c’est à toi de le faire." »

Asisat Oshoala se dévoile pour We Play Strong.

Stéphanie Frappart : « Je sais que je suis un modèle. Les jeunes filles regardent la télévision, donc je sais que si je suis sur le terrain, elles peuvent voir que c’est possible. »

Stéphanie Frappart est devenue l’une des plus grandes arbitres d’Europe et est la première femme à avoir arbitré un match d’une compétition masculine majeure de l’UEFA.
Stéphanie Frappart est devenue l’une des plus grandes arbitres d’Europe et est la première femme à avoir arbitré un match d’une compétition masculine majeure de l’UEFA.AFP via Getty Images

Après avoir gravi les échelons de l’arbitrage européen, Frappart est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à arbitrer un match d’une compétition masculine majeure de l’UEFA, à l’occasion de la Super Coupe en août 2019. Elle est ensuite devenue la première femme à arbitrer un match de Champions League, en décembre 2020. Elle compte aussi à son actif deux éditions de la Coupe du monde féminine et la finale 2019 entre les États-Unis et les Pays-Bas.

Qu’est-ce que cela fait d’être considérée comme une leader pour les femmes dans le football ? « Je sais que je suis un modèle. Les jeunes filles regardent la télévision, donc je sais que si je suis sur le terrain, elles peuvent voir que c’est possible. C’est la première chose qui aidera certaines jeunes filles à se lancer dans l’arbitrage. Je sais que j’ai un rôle à jouer dans tout cela, mais je ne veux pousser aucune fille à le faire parce qu’elles vont continuer d’être elles-mêmes, et ce sont elles qui décideront si elles veulent être arbitre ou non. »

Comment êtes-vous devenue arbitre ? « Je jouais au football, mais je voulais aussi mieux connaître les Lois du Jeu, alors j’ai commencé à arbitrer, et j’ai continué à jouer et à arbitrer en parallèle jusqu’à l’âge de 20 ans avant de devoir faire un choix. Étant donné qu’à ce moment-là les structures du football féminin étaient encore en développement, je me suis dit qu’il vaudrait mieux continuer comme arbitre. Si vous voulez devenir arbitre, il est évident qu’il faut avoir la passion du football. Alors si on l’a, pourquoi ne pas essayer ? »

Aviez-vous un modèle tandis que vous développiez votre carrière ? « Je n’avais pas de modèle, mais je regardais beaucoup d’arbitres, et ils ont m’ont tous influencée d’une manière ou d’une autre. J’ai aussi reçu de nombreux bons conseils de la part de membres de la Fédération Française de Football. »

Découvrez ces arbitres femmes qui s’illustrent dans le football masculin.

Lisa Alzner : « Il est important de pousser la porte si elle est ouverte. »

Après avoir arrêté de jouer pour devenir entraîneure, Lisa Alzner inspire les jeunes filles à tomber amoureuses du football.
Après avoir arrêté de jouer pour devenir entraîneure, Lisa Alzner inspire les jeunes filles à tomber amoureuses du football.UEFA via Getty Images

À seulement 22 ans, Alzner, ancienne internationale autrichienne des moins de 19 ans, a dû mettre un terme à sa carrière de joueuse en raison de blessures récurrentes. L’occasion s’est alors présentée pour elle de se tourner vers le métier d’entraîneure. Elle occupe aujourd’hui un poste à l’Académie de football féminin de Haute-Autriche, où elle entraîne les moins de 14 ans régionaux qui évoluent au niveau national. Également formatrice d’entraîneurs dans le cadre du programme PlayMakers de l’UEFA, elle est l’une des trois experts techniques qui dispensent le programme de football de base aux quatre coins de l’Europe.

De quelle manière le football féminin a-t-il évolué depuis vos débuts en tant que joueuse, et quels changements doivent encore s’opérer ? « Quand j’étais petite, une carrière professionnelle dans le football me semblait possible. Cette voie existe. Elle n’est pas parfaite, mais si j’avais dix ans de plus, elle aurait été beaucoup moins envisageable. Certaines de mes idoles jouaient en équipe nationale, comme Nadine Kessler, l’une de mes plus grandes idoles. Pendant toute mon enfance, j’ai voulu jouer comme elle. Le football féminin a fait de grands pas en avant au plus haut niveau, mais maintenant, le développement doit s’opérer à la base, où les sensibilités doivent évoluer : il devrait être normal qu’une fille joue au football. Les filles de tous les âges et de tous les niveaux doivent pouvoir y accéder. »

En quoi le programme PlayMakers se distingue-t-il des méthodes d’entraînement traditionnelles ? « Le programme PlayMakers est l’occasion rêvée de faire découvrir le football à des filles qui n’y ont jamais eu accès auparavant et qui n’y joueraient pas autrement. À travers ce processus, vous voyez les filles progresser et tomber amoureuses du football. Bon nombre d’entre elles sont timides au départ et n’ont pas confiance en elles, mais petit à petit, elles s’habituent, s’amusent, puis commencent à s’attacher au football. Et au final, elles y sont attachées. C’est génial de voir cette évolution entre la première et la dernière séance. Si j’avais un conseil à donner aux filles, et même aux femmes, ce serait : "Si tu penses vouloir essayer le football, vas-y, fonce ! Trouve un environnement adapté, fais un essai et amuse-toi !" »

Sur le plan personnel, quelle tournure aimeriez-vous que prenne votre carrière ? « Mon premier objectif est de devenir la meilleure entraîneure et mentor possible pour toutes les filles que j’entraîne. Je n’ai pas d’objectifs précis pour les cinq, dix ou quinze prochaines années, mais il est important de pousser la porte si elle est ouverte et d’essayer de nouvelles choses, de ne pas avoir peur de prendre des risques et de saisir sa chance. »

Apprenez-en plus sur le programme PlayMakers de l’UEFA.

Anne Rei : « Au début, tout le monde pensait "Vous êtes une femme. Qu’est-ce que vous y connaissez au football ?" »

Anne Rei a modernisé le football dans son Estonie natale et souhaite désormais projeter le football féminin d’Europe vers les sommets.
Anne Rei a modernisé le football dans son Estonie natale et souhaite désormais projeter le football féminin d’Europe vers les sommets.

Secrétaire générale de l’Association estonienne de football depuis 2012, Anne Rei préside également la Commission du football féminin de l’UEFA et est membre du Comité olympique estonien. Ancienne entraîneure d’athlétisme jouissant d’une expérience de plus de 30 ans en tant que dirigeante dans le football, elle a joué un rôle primordial dans le développement du football masculin et féminin aux niveaux interclubs, national et international.

Que pensez-vous de votre parcours dans le football ? « J’ai connu une belle carrière. Il y a toujours de nouveaux défis à relever parce que le football a évolué tellement vite sur cette période ; il s’est énormément développé, en particulier en Estonie, où, à l’époque soviétique, les femmes n’avaient pas le droit de jouer au football. En tant que jeune femme qui se lançait dans le football avec une expérience d’entraîneure d’athlétisme, j’ai mis du temps à obtenir le respect des autres. Tout le monde pensait "Vous êtes une femme. Qu’est-ce que vous y connaissez au football ?". J’ai donc dû persévérer et prouver que j’étais à la hauteur. Et avec un grand dévouement, j’ai pu apprécier mon parcours jusqu’à aujourd’hui. »

Quel a été le plus grand changement vécu par le football féminin ? « L’année 2017 a marqué un tournant pour le football féminin, avec un EURO très réussi, des stades pleins et des audiences TV remarquables. Les personnes qui ne connaissaient pas le football féminin ont commencé à prendre conscience de ce que nous faisions et à voir ce que nous pouvions accomplir. En parallèle, nous avons créé l’unité Football féminin de l’UEFA et lancé la campagne We Play Strong, et nous avons commencé à mettre en place une nouvelle stratégie. Aujourd’hui, nous transformons les compétitions et nourrissons beaucoup d’espoir dans la professionnalisation de la discipline. Nous écrivons un nouveau chapitre du football féminin, et je suis très fière de faire partie de ce mouvement, mais en même temps, je garde un profond respect face au travail que nous devons encore réaliser et reste concentrée sur ce dernier. »

Comment voyez-vous le football féminin dans cinq ans ? « Il y aura beaucoup plus de joueuses, c’est clair et net. Et avec l’aide des compétitions de haut niveau, comme la Women’s Champions League et l’EURO féminin en 2022, il y aura encore plus de publicité autour du football féminin. Les filles verront qu’il y a des échelons à gravir, que c’est un vrai métier. Beaucoup de grands clubs de football masculin investissent désormais dans des équipes féminines et mettent en place l’environnement et les installations adaptés pour faire progresser le football féminin. Tout cela va créer davantage d’engagement et attirer davantage de sponsors et une plus grande couverture TV. Et je suis sûre que dans cinq ans, nous aurons atteint les chiffres ambitieux que nous nous sommes fixés dans la stratégie Time For Action. »

Apprenez-en plus sur Time For Action, la stratégie de l’UEFA en matière de football féminin.