La finale

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Le centre d'entraînement national de l'Association slovaque de football, à Senec, a été le théâtre de ce qui fut la plus longue finale de l'histoire des tournois de jeunes de l'UEFA, et ce, sans la moindre prolongation et sans le moindre tir au but.

Elle a su bien attendre l'Espagne dans sa propre moitié de terrain et contre-attaquer en jouant sur ses points forts. Du point de vue de l'entraîneur, la France a très bien utilisé ce qu'elle savait faire de mieux ; l'Espagne n'a pas pu poser son jeu comme elle le fait normalement parce que la tactique française était très bonne.
Patricia González, observatrice technique de l'UEFA, sur la stratégie française en finale
Après 15-20 minutes, toutes les actions offensives étaient à mettre à l'actif de l'équipe de France. Il y avait de la variété dans l'approche tactique et les meilleures joueuses sur le terrain au bon moment.
L'avis de Jarmo Matikainen, observateur technique de l'UEFA, sur la finale

Il n'y avait pourtant aucun record dans l'air, lorsque les deux équipes ont accompli le court trajet (cinq minutes) en provenance de l'Hôtel Senec, dans des températures élevées, comme elles le furent pendant la quinzaine qui a précédé. Par une telle météo, une pause fraîcheur devait s'imposer, mais c'est une pose tout court qui a eu lieu, on le verra plus tard, devant 1000 supporters venus assister à cette rencontre.

Restées soigneusement dans l'ombre pour éviter la chaleur, les deux équipes entraient sur la pelouse pour le coup d'envoi fixé à 19 heures, accompagnées par quelques rafales de vent. La France de Gilles Eyquem évoluait en 4-4-2, un système similaire à celui qu'elle avait utilisé lors de la seconde période contre la Suisse, alors que l'Espagne de Pedro López restait fidèle à son 4-3-3, espérant remporter un premier titre chez les moins de 19 ans féminines depuis 2004 et enfin remporter une finale après deux échecs à ce stade de la compétition, ces deux dernières années. L'entraîneur espagnol avait été l'homme qui guida les moins de 17 ans jusqu'au trophée en 2015, Amaia Peña, Patri Guijarro, Carmen Menayo, Maite Oroz et Lucía García, toutes présentes à Senec, avaient goûté la gloire en Islande, deux ans plus tôt.

Par-delà les chiffres, cependant, les deux finalistes adoptaient des tactiques différentes. "Je ne m'attendais pas à ce que la France joue comme cela", admettait l'observatrice technique de l'UEFA González Patricia. "Elle a su bien attendre l'Espagne dans sa propre moitié de terrain et contre-attaquer en jouant sur ses points forts. Du point de vue de l'entraîneur, la France a très bien utilisé ce qu'elle savait faire de mieux ; l'Espagne n'a pas pu poser son jeu comme elle le fait normalement parce que la tactique française était très bonne."

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La France a dominé la Roja sur le plan tactique

Forte de cet avantage, la France démontrait qu'elle avait bien révisé ses classiques. L'Espagne, néanmoins, se créait la première occasion, par l'intermédiaire d'Aitana Bonmati. Sa volée du pied gauche touchait la barre de Mylène Chavas. Juste avant l'ouverture du score française, le scénario aurait pu être totalement inversé. Bonmati servait d'une longue passe Andrea Sánchez Falcón, mais elle glissait à un moment décisif sur une pelouse qui commençait à se modifier en raison de quelques gouttes qui tombaient alors. La capitaine de la France, Théa Greboval, une référence sur le côté gauche, que ce soit sur le plan défensif ou offensif, en profitait, Maite Oroz ne pouvait l'empêcher d'offrir à Grace Geyoro son deuxième but dans cette phase finale en Slovaquie.

L'arbitre assistante anglaise Lisa Rashid sentait alors plus que le souffle de López sur son épaule et l'entraîneur espagnol hurlait ses ordres, mais la bataille tactique dans les 45 premières minutes était reflétée par le score. La France menait sur les deux tableaux.

"La manière dont elles ont choisi d'annihiler la menace espagnole a été assez admirable", a déclaré l'observateur technique de l'UEFA, Jarmo Matikainen. "Après 15-20 minutes, toutes les actions offensives étaient à mettre à l'actif de l'équipe de France. Il y avait de la variété dans l'approche tactique et les meilleures joueuses sur le terrain au bon moment."

Alors que le tonnerre se faisait entendre, un orage éclatait, le coup de sifflet signifiant la mi-temps était le bienvenu et les deux équipes se précipitaient à l'abri. Elles y restèrent deux heures et seize minutes alors que l'équipe de valeureux bénévoles tentait d'évacuer l'eau qui s'était accumulée très rapidement sur la pelouse. Même les pompiers locaux décidèrent de s'y mettre. Finalement, la pelouse redevenait jouable et on pouvait reprendre cette finale plutôt que de chercher une date ultérieure pour la jouer.

Toutefois, les flaques ne manquaient pas et la pluie continuait de tomber, ce qui transforma totalement ce match. "L'Espagne ne possède pas une équipe physique", notait Matikainen. Dans de telles conditions, c'était pourtant ces qualités qui devaient prévaloir tandis que la circulation du ballon était rendue aléatoire." "Dans un contexte plus physique, la France est plus forte", convenait l'observatrice technique de l'UEFA, Patricia González. "Elles ont la supériorité dans ce domaine, elles sont très puissantes, fortes et elles en ont très bien joué."

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Marie-Antoinette Katoto a inscrit le but de la victoire pour les Bleues

Comme dans la première période, cependant, l'Espagne se procurait la première occasion. Nahikari García adressait une talonnade qui piégeait Estelle Cascarino. L'arbitre Eszter Urban n'avait d'autre choix qu'indiquer le point de penalty. Nahikari se présentait, mais son tir était détourné sur le poteau par Chavas. Pour Nahikari, qui dépassait Isabel Kerschowski en établissant le record de matches disputés en phase finale des moins de 19 ans féminines à 14, et qui disputait sa quatrième finale d'un tournoi de jeunes, ce n'était que le début d'un début de soirée maussade.

Tandis que certaines portions de la pelouse étaient encore inondées, un cafouillage défensif entre la gardienne espagnole Peña et Cazalla allait coûter cher à leur équipe. Katoto réussissait un superbe contrôle pour se sortir d'un endroit du terrain très humide avec le ballon au pied et s'ouvrait le chemin du but. Celle qui comptait déjà cinq réalisations dans ce tournoi ne pouvait rater ça et son total passait à six, face à une Espagne au bord de la noyade.

"La météo et les conditions de jeu sur la pelouse ont eu une grande influence sur ce match, mais il ne faut pas oublier que les deux équipes doivent composer avec ce genre de conditions extérieures", rappelait Matikainen, alors que l'Espagne essayait de refaire son retard. Pour cela, elle avait fait entrer Lucía García pour muscler son jeu et pour reprendre espoir à cinq minutes de la fin. Mais la France est restée solide à l'image de Delphine Cascarino qui sauvait son équipe devant Peña, en remportant un duel.

Il y eut encore une déception pour l'Espagne, lorsque Sandra Hernández reprenait le centre à ras de terre de Morroni pour le glisser sous sa propre barre transversale. Le stade avait bien le sentiment que cette finale longue et éprouvante réservait toutefois un dernier coup de théâtre, et il est presque survenu au cours des trois minutes de temps additionnel. Le centre à ras de terre d'Hernández de l'extérieur de la surface fusait sur la pelouse et il était repris des mains de Chavas par Nahikari, parfait dans sa lecture de la trajectoire du ballon. Alors, Hernández et la moitié de l'équipe d'Espagne fêtait déjà le but, mais la numéro sept, malchanceuse, voyait le ballon freiné par la pelouse gorgée d'eau. La joueuse de 19 ans, inconsolable, s'effondrait au sol, et le rêve d'une première victoire en finale s'évaporait dans cet air chargé d'humidité.

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La France compte désormais quatre titres européens, record ex aequo

Fatiguée par les quatre heures de cette finale, l'arbitre Urban signalait la fin du combat et la cinquième défaite en finale chez les moins de 19 ans féminines de l'Espagne, dont les trois dernières fois contre la France. Cette dernière célébrait une huitième finale (un record) avec un autre record, une quatrième victoire. Soudainement, il y avait sur la pelouse plus de larmes que de gouttes d'eau.

"Nous avons du mal à réaliser", glissait Geyoro, dans ses premiers mots. C'est comme un rêve, mais ça n'en est pas un. C'est un grand bonheur."

Alors que l'Espagne peut être félicitée pour la constance de ses performances en Slovaquie, la France, qui n'a cessé de monter en puissance pour ce tournoi s'imposait. Pour González, c'était bien là la clé. "Sur le plan collectif, la France n'a cessé de progresser tout le temps", a-t-elle déclaré. "Elle a trouvé le bon chemin, elle a joué sur ses forces alors que le tournoi avançait, et dans la finale, elle était à son meilleur niveau". Elle était en état de grâce, sous la pluie slovaque.

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