Le site officiel du football européen

Points de débat

Points de débat
Les joueuses ont gagné en expérience lors de la phase finale ©Sportsfile

Points de débat

IMPACT DE LA COUPE DU MONDE FÉMININE U-20 DE LA FIFA
Alors que la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA approche, la manière d'aborder le Championnat d'Europe féminin des moins de 19 ans de l'UEFA par trois des participants européens à cet évènement a été intéressante, et plutôt pleine de contrastes.

Pour l'Allemagne, ce tournoi était une répétition pour la Coupe du Monde. Toute sa préparation était axée sur cela, alors que l'Espagne et la France se sont préparées pour ce tournoi, avant de porter leur attention, ensuite, sur la Coupe du Monde.
Patricia González, observatrice technique de l'UEFA

Beaucoup de joueuses de la France, de l'Espagne et de l'Allemagne présentes en Slovaquie sont également candidates pour représenter leur pays chez les moins de 20 ans en Papouasie-Nouvelle-Guinée, entre le 13 novembre et le 3 décembre, et cet évènement a eu une influence palpable sur la manière dont les équipes se sont préparées pour le tournoi des moins de 19 ans.

"Il y avait une grande différence entre l'Allemagne, l'Espagne et la France", a observé Patricia González. "Pour l'Allemagne, ce tournoi était une répétition pour la Coupe du Monde. Toute sa préparation était axée sur cela, alors que l'Espagne et la France se sont préparées pour ce tournoi, avant de porter leur attention, ensuite, sur la Coupe du Monde."

La sélectionneuse allemande Maren Meinert l'a confirmé. "Nous avons opté pour une préparation courte pour ce tournoi, car nous allons participer à la Coupe du Monde U-20 et nous voulons être prêtes pour cela, c'est pour nous l'évènement principal", a-t-elle déclaré. "Il est important que nous soyons prêtes pour jouer en novembre. Si nous nous étions préparées davantage pour ce tournoi, alors, en novembre, nous aurions été fatiguées, mais ce n'est pas une excuse."

La France et l'Espagne, de leur côté, ont joué à fond le Championnat d'Europe et cela s'est reflété dans leurs performances, puisque ces deux équipes ont atteint la finale.

©Sportsfile

Nahikari García disputait sa 5e phase finale

CONTINUITÉ : VERS L'AVANT
Plusieurs joueuses ont pris part à une cinquième phase finale de jeunes, à l'occasion de ce tournoi. Il s'agit là d'un record. Les progrès et la continuité sont des questions brûlantes. Le fossé entre le niveau des moins de 19 ans et celui des seniors sera le plus grand à franchir pour toutes ces filles, mais l'expérience qu'elles ont pu accumuler en Slovaquie et dans les précédents tournois de jeunes va donner un avantage à ces protagonistes.

"Certaines joueuses ont déjà disputé cinq tournois de jeunes, alors que certaines d'entre elles ont également joué dans des Coupes du Monde, alors il ne faut pas tant que cela pour franchir le pas vers l'équipe nationale des grandes", a commenté Jarmo Matikainen. "C'est une indication très claire de l'importance de cette structure."

En effet, les tournois UEFA des moins de 17 ans et des moins de 19 ans peuvent être considérés comme des tremplins dans la carrière de beaucoup de jeunes joueuses. Ce sont des évènements idéaux pour des joueuses afin qu'elles puissent progresser de manière continue. La continuité observée, par exemple, entre les moins de 17 ans de 2015 et les moins de 19 ans de cette année – avec la France, l'Espagne, la Suisse et l'Allemagne, demi-finalistes dans la catégorie la plus jeune en Islande en 2015 – est une indication claire des progrès effectués.

"Il y a une grande continuité pour ces phases finales", note Matikainen, qui a également expliqué combien le dernier tournoi des moins de 17 ans qui a précédé la phase finale en Islande, et qui s'est déroulé en Angleterre à la fin de l'année 2013, a agi comme "un grand espace ouvert pour le développement des autres joueuses". Néanmoins, 39 joueuses impliquées dans ce tournoi, dont 9 chez les finalistes des deux évènements, l'Espagne – ont réussi à monter d'un cran en Slovaquie.

Ce taux de progression et l'arrivée de nouvelles joueuses qui n'avaient pas été présentes chez les moins de 17 ans peuvent aussi être expliqués par un argument individuel. "Nous observons tout simplement que certains talents mûrissent plus vite que d'autres", selon González. "Particulièrement en Espagne, il y a beaucoup de joueuses qui progressent entre ces deux tournois, et beaucoup de nouveaux talents émergents."

©Sportsfile

Ancien sélectionneur des ''A'', Even Pellerud faisait partie du staff de la Norvège

UNE ÉQUIPE DANS L'ÉQUIPE
La préparation pour le Championnat d'Europe féminin des moins de 19 ans a été une des plus scientifiques jusqu'à ce jour. Les équipes participantes ont mis toutes les chances de leur côté dans leur quête de gloire. Alors que des analystes vidéo et les psychologues du sport sont intégrés dans les staffs des équipes seniors, il fut intéressant de voir combien ces composantes additionnelles sont de plus en plus communes également au niveau des jeunes, l'expertise est maintenant bien présente dans ces catégories d'âge.

La France, vainqueur, n'était pas seule à bénéficier des observations d'un analyste vidéo, la Suisse et l'Autriche bénéficiaient d'un staff composé de 12 personnes pour chacune de ces deux équipes, dont un analyste vidéo, et dans le cas de l'Autriche, un psychologue du sport. Certaines équipes ont aujourd'hui autant de personnel technique que de joueuses", a remarqué Jarmo Matikainen. "Il faut être le mieux préparé possible et on peut dire que c'est devenu très professionnel. On a pu le voir déjà, l'année dernière, chez les moins de 17 ans. Toutes les équipes ont mis en évidence le fait qu'elles avaient beaucoup d'informations sur leurs adversaires."

La Norvège est arrivée avec l'ancien sélectionneur de l'équipe A, Even Pellerud, qui prêtait main forte à un analyste vidéo, lequel était en soutien du sélectionneur, Nils Lexerød. De la même manière, le staff espagnol a fait place au sélectionneur de l'équipe senior, Jorge Vilda, et à María Antonia Is, dont l'équipe des moins de 17 ans a atteint la finale au Belarus un peu plus tôt cette saison.

Il en résulte que le niveau de préparation plus élevé a une incidence sur le terrain. "Il y eut beaucoup de fluidité dans la tactique et cela vient des analyses toujours plus poussées que les équipes peuvent faire pendant leur préparation", a déclaré González. "Des équipes comme la Suisse ont été capables d'évoluer selon trois schémas tactiques différentes, elle a pu changer le système pendant les matches. La France aussi, et cette force dans l'adaptation a été très importante dans sa progression tout au long du tournoi."

"Beaucoup d'équipes sont venues ici avec des analystes vidéo, des observateurs, et elles se préparent de mieux en mieux."

EXPÉRIENCE AU PLUS HAUT NIVEAU
Une couche de préparation supplémentaire s'applique de manière exogène à l'équipe nationale, au niveau des clubs. Comme le tableau suivant le démontre, beaucoup de joueuses présentes en Slovaquie ont déjà de l'expérience dans l'élite des championnats de clubs de leurs pays respectifs.

"Vous pouvez ressentir beaucoup de maturité dans les équipes", note González. "Elles ont de grandes personnalités, et une très bonne préparation mentale, elles démontrent de grandes capacités de résilience, après avoir encaissé un but, et cela vient du grand nombre de joueuses de première division qui sont dans ces équipes. Beaucoup d'entre elles sont des éléments qui ont aussi évolué en UEFA Women's Champions League, cette année. Avoir dans votre effectif plus de la moitié des filles qui sont habituées à jouer dans l'élite est bon pour la force mentale."

En ce qui concerne l'Allemagne, où il y a cinq joueuses qui jouent régulièrement en Bundesliga, et trois qui sont appelées souvent par leur club, la force du championnat et sa structure est un facteur important pour expliquer pourquoi ce nombre n'est pas plus élevé. En effet, avec un championnat des réserves qui est déjà au niveau des élites des autres pays en Europe et une deuxième division qui offre aussi un très haut niveau, ces membres de l'équipe de Maren Meinert qui ne sont pas titulaires en Bundesliga ont néanmoins un très haut niveau, compte tenu de la structure de football allemand. Il ne faut pas non plus oublier que, dans ce pays, il y a de nombreuses joueuses étrangères, ce qui limite encore les opportunités d'obtenir du temps de jeu pour les jeunes joueuses.

©Sportsfile

Les Néerlandaises ont développé leurs propres combinaisons sur coups francs

VOIX AU CHAPITRE
La formation des joueuses n'est pas purement une question de discipline didactique, comme deux exemples l'ont confirmé dans ce tournoi. La Suisse et les Pays-Bas ont employé une manière innovante d'aborder la préparation d'un match, comme leurs sélectionneuses l'ont expliqué. "Ce sont des joueuses qui ont tenu les réunions d'avant match", a révélé la coach suisse Nora Häuptle. C'est peut-être un peu moins de travail pour Häuptle, mais de manière plus importante, c'est un exercice informatif extrêmement utile. "Parfois, elles ont vraiment eu de bonnes idées, où elles vous aident à réaliser pourquoi elles font certaines choses de certaines manières", a-t-elle continué. "Il est intéressant de voir comment elles se perçoivent, lorsqu'elles se parlent entre elles. Elles ne sont pas stupides. Elles sont hautement intelligentes."

Intelligentes et créatives, comme a pu le découvrir la coach néerlandaise Jessica Torny. Elle a permis à ses joueuses de préparer leurs coups de pied arrêtés avec des résultats remarquables. "Elles ont constitué l'équipe qui a fait preuve de la plus grande variét�� dans ses coups de pied arrêtés", a noté González. Avant leur dernier match de groupe, contre la France, Torny et son équipe se sont réunies et ont parlé de comment être plus efficaces sur les coups de pied arrêtés. "Nous avons observé comment la France défendait, et ce sont les filles qui ont analysé et qui ont décidé de leur manière d'aborder le sujet", a révélé Torny.

https://fr.uefa.com/womensunder19/season=2016/technical-report/talking-points/index.html#points+debat