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Dossiers techniques

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L'Espagne s'est créé plus d'occasions de frappe que les autres équipes ©Sportsfile

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"Si vous allez gagner quelque chose d'important, cela va probablement être lors d’un tournoi", déclarait Hope Powell au cours de la première phase finale à huit équipes. "Le nouveau format offre des opportunités pour plusieurs équipes de découvrir une série de matches sur un nombre limité de jours dans un environnement de compétition. Il permet de vous donner des idées claires sur, par exemple, si vous êtes suffisamment en forme ou assez fortes pour rivaliser avec le plus haut niveau et quels domaines de votre jeu vous avez besoin d’améliorer."

Le nouveau format offre des opportunités pour plusieurs équipes de découvrir une série de matches sur un nombre limité de jours dans un environnement de compétition
Hope Powell, observatrice technique de l'UEFA
Les résultats ont confirmé que le championnat féminin au Portugal n'est pas aussi compétitif en termes de vitesse et de force
Susana Cova, sélectionneuse du Portugal
Le niveau des sélectionneurs était très élevé, ils ont le mérite d'avoir préparé les équipes pour le tournoi et pour des rencontres spécifiques, durant lesquels ils se sont mesurés à leurs adversaires sans compromettre leur propre style de jeu
Béatrice von Siebenthal, observatrice technique de l'UEFA

Béatrice von Siebenthal, l'autre moitié de l'équipe technique de l'UEFA lors de l'évènement, ajoutait : "Le format est bien meilleur que le précédent. Pour des jeunes de 16 ans, commencer par une demi-finale était mentalement exigeant et pas vraiment propice au développement. Ce système offre une bien meilleure préparation pour le jeu en équipe première, car vous apprenez à faire face à un programme intensif."

L'évènement de 13 jours en Angleterre a également représenté un renouveau en termes de rapports techniques sur la compétition, dans le sens où l'expansion à huit équipes et 16 matches lors du tournoi final (par opposition à l'ancien format dans lequel seulement quatre matches à élimination directe étaient joués par quatre équipes) a érigé des barrières contre les comparaisons entre passé et présent. Le nombre de buts inscrits, par exemple, fluctuait entre sept et 19 dans le format à quatre matches, alors que les 16 matches en Angleterre ont accouché de 37 buts, un chiffre qui peut plus facilement être comparé à d'autres évènements à huit équipes, comme la phase finale du Championnat d'Europe féminin des moins de 19 ans de l'UEFA où 40 buts ont été marqués en 15 matches.

Quantité et qualité
L’expansion à un plus grand nombre de participants conduit inévitablement à un débat sur la qualité et la quantité. Powell faisait remarquer : "Si vous avez régulièrement des scores de 5-0 ou 6-0, vous pouvez poser des questions sur la qualité." Ce n'était pas le cas en Angleterre, cependant, où deux des défaites les plus lourdes (4-0) ont été subies par les grandes puissances que sont la France et l'Allemagne. Même si le Portugal, l'un des quatre débutants dans la phase finale, a été battu 6-1 par l'Angleterre, ce qui représentait l'exception qui confirme la règle.

Béatrice von Siebenthal parle de la phase finale

C'était le troisième match en sept jours pour l'équipe de Susana Cova, qui expliquait : "L’Angleterre a montré plus d'intensité et il y avait une grande différence physique. Les résultats ont confirmé que le championnat féminin au Portugal n'est pas aussi compétitif en termes de vitesse et de force." Cova, spécialiste de l'éducation physique sur un contrat à court terme comme sélectionneuse de l'équipe M17 du Portugal nouvellement formée, a souligné que les objectifs étaient "d’effectuer un pas en avant et de profiter d'une expérience de vie inoubliable."

Autre petite nouvelle, l'Autriche se rendait en Angleterre, comme le sélectionneur Dominik Thalhammer le soulignait, "pour démontrer que la qualification n'est pas un hasard, se concentrer sur les performances plutôt que sur les résultats et améliorer des aspects tels que la défense ou le positionnement au cours de notre jeu de construction." Malgré de modestes ambitions, lui et son équipe ont quitté la compétition déçus après une élimination en phase de groupes sévère.

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La sélectionneuse de l’Écosse Pauline Hamill

Dans le Groupe B, l’Écossaise Pauline Hamill a travaillé dur sur les aspects psychologiques alors que son équipe se préparait à affronter l'Allemagne, l'Espagne (deux anciens champions) et la France, championne du monde M17 en titre. "J'ai demandé aux joueuses de noter leurs réactions après le tirage", expliquait-elle, "et une majorité de mots négatifs est ressortie. C'était donc une question de travailler sur la confiance en soi, l'esprit d'équipe et le courage. J'ai dû enlever la pression de mes joueuses et les convaincre que c'était une belle opportunité que d’affronter trois gros adversaires aux styles différents."

Sa récompense est venue quand, après 40 premières minutes délicates contre l'Allemagne, son équipe se montrait au niveau de ses adversaires et, comme les autres débutants, démontrait que la quantité n'a pas affecté la qualité. "Nous avions deux compétitions en une car prétendre à l’une des trois places pour la Coupe du Monde nous motivait encore plus", a déclaré Powell. Cela a également donné une saveur particulière au match pour la troisième place entre l'Angleterre et l'Italie.

Hope Powell à propos du tournoi dans son pays

Cependant, comme mentionné plus loin dans ce rapport, les effets secondaires de la Coupe du Monde ont été considérables. Le travail de préparation a généralement été condensé sur une courte période et les paramètres variaient considérablement entre les 15 et 13 matchs joués durant l'année civile par l'Écosse et l'Angleterre respectivement, contre zéro pour l'Espagne. À cet égard, les tournois de développement de l'UEFA font l’unanimité. Comme la sélectionneuse de l'Angleterre Lois Fidler le signalait, ces tournois "sont une excellente chose et nous donnent un avant-goût de la compétition de haut niveau. C'était une étape cruciale pour nous et cela nous a donné une idée claire de ce à quoi nous sommes opposées en termes de défi physique."

Un autre point intéressant constaté est que l'équipe Espagne contenait 11 des joueuses qui avaient contesté le titre 2013 à peine cinq mois plus tôt. "À ce niveau, l'expérience en tournoi est cruciale," maintenait Powell. Pendant le tournoi, les observateurs de l'UEFA ont été impressionnés par le niveau de conditionnement physique qui s’est traduit par un nombre minimal de blessures et le faible nombre de buts en fin de rencontres attribuables à la fatigue. "Le niveau des sélectionneurs était très élevé, ils ont le mérite d'avoir préparé les équipes pour le tournoi et pour des rencontres spécifiques, durant lesquels ils se sont mesurés à leurs adversaires sans compromettre leur propre style de jeu", commentait von Siebenthal.

Styles de jeu et formations
Ce premier tournoi à huit équipes a offert une variété de formations qui, en général, sont restées inchangées lorsque des changements ont été effectués, les seules exceptions s’étant produites lorsque l'Autriche et le Portugal sont passés en 4-4-1 après avoir eu une joueuse expulsée contre le Portugal et l'Angleterre, respectivement. Bien que l'Autriche et l'Écosse ont opté pour un 4-4-2 classique avec une attaquante en soutien de la pointe, le 4-3-3 et ses différents styles s'est avéré être l'option la plus populaire parmi les autres prétendants. La France a également fait office d’exception, en ouvrant sa campagne contre l'Espagne avec un système en 4-4-2 qui a souvent évolué en 4-2-4 avec deux ailières rapides.

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L’arrière française Soazig Quero

Au cours de la deuxième rencontre face à l'Allemagne, Guy Ferrier est passé à une formation en 4-1-4-1 avec l’inépuisable Laura Condon jouant le rôle "d'essuie-glace" devant les quatre arrières. Pour le dernier match contre l'Écosse, le sélectionneur français est revenu à une formation en 4-4-2. Le 4-3-3 offrait plusieurs visages différents durant cette phase finale. L’Italie évoluait avec Federica Cavicchia comme unique milieu de terrain défensive ; l’Espagne alignait en général Patricia Guijarro dans le rôle central devant les quatre arrières (avec l'aide occasionnelle de Pilar Garrot pendant les rares périodes délicates contre l'Écosse et l'Angleterre), tandis que Cova déployait son équipe du Portugal en 4-2-3-1 contre l'Italie et l'Angleterre, mais choisissait d'utiliser Mariana Fong comme seule sentinelle lors du match nul avec l'Autriche en ouverture.

Au cours de la phase de groupes, l'Angleterre a évolué avec une unique milieu de terrain récupératrice au sein de son milieu à trois, mais est passée à une double protection en demi-finale contre l'Espagne. L'Allemagne est restée fidèle à sa formation en 4-2-3-1 avec Kim Fellhauer et Saskia Meier se complétant mutuellement dans les deux rôles à la récupération.

Des blocs solides
Même si le total de buts était plutôt bon, les défenses étaient en général bien organisées dans le sens où peu d’équipes sont parvenues à s’enfoncer dans le cœur de blocs compacts. Certaines défenseuses, telles que l’Anglaise Gabrielle George, n’hésitaient pas à monter prêter main-forte à leur milieu mais, dans l’ensemble, elles avaient tendance à rester à leur poste alors que les latérales, souvent les deux, prenaient leurs couloirs pour soutenir les joueuses offensives. Les défenseuses centrales participaient aussi à l’élaboration du jeu grâce à de longues transversales dans la profondeur, même si un léger manque de précision ou de timing dans les appels de balle les rendaient parfois vaines.

"Si on regarde par rapport à 15 ans en arrière", estimait Powell, "je suis impressionnée par les progrès techniques réalisés, même à ce niveau. Presque plus aucune équipe ne s’appuie sur un jeu d’attaque direct, toutes s’efforcent de repartir de derrière. Même les arrières ont aujourd’hui la technique, le sang-froid et la maturité tactique nécessaires pour le faire."

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L'attaquante de l'Allemagne Laura Widak

Une pression constante
Il faut reconnaître que la tendance visant à construire depuis l’arrière s’avère souvent payante pour les formations prêtes à procéder à un pressing incessant. La capacité de l’Espagne à se créer des positions de tir était notamment due à son habileté à défier les défenses, surtout via le jeu sur les côtés. L’Allemagne a ponctuellement exercé un pressing intense, ce qui a aussi eu pour conséquence de la mettre en danger, comme on a pu l’observer face à l’Écosse, revenue de 3-0 à 3-2 en pressant elle aussi haut en seconde période. D’autres équipes ont préféré mettre le porteur du ballon sous pression tout en restant groupées en bloc défensif et en exerçant cette pression uniquement dans leur camp.

Espagne, la référence
L’Espagne a été la référence de ce tournoi en termes de technique individuelle mais aussi de capacités techniques qui peuvent être développées dans cette catégorie. "Cette équipe a bien illustré le développement de la maturité tactique depuis les débuts de la compétition", a commenté Von Siebenthal. "Les sélectionneurs doivent être félicités pour avoir préparé leurs équipes de cette manière. Elles étaient prêtes à rencontrer leurs adversaires sans faire de compromis concernant leur style de jeu ou leur philosophie."

"L’Espagne nous a montré un bon compromis entre des passes dans le dos de la défense et la maîtrise du ballon qui lui a permis de se sortir de situations difficiles. Elles savaient exactement où se trouvent leurs adversaires et la qualité de leur première touche de balle leur permettait de prendre un coup d’avance. Les Espagnoles ont aussi été la référence en ce qui concerne la capacité à courir et à gêner l’adversaire ou à délivrer de bons centres, même sous la pression."

Comment les buts ont été marqués
Les 16 matches qui se sont disputés en Angleterre ont donné lieu à 37 buts soit une moyenne de 2,31 buts par match. Une moyenne qui s’est effondrée avec les matches à élimination directe qui n’ont été émaillés que de six buts. 35 % de ces buts sont venus de coups de pied arrêtés et 27 % de ces réalisations faisaient suite à des corners. Dans ces 16 matches, un total de 134 corners a été accordé, soit un but tous les 13,4 corners, une statistique exceptionnelle. Par comparaison, lors de l'EURO féminin de l'UEFA 2013, seuls neuf corners sur 259 ont accouché d'un but, soit un but tous les 29 corners.

��Getty Images

La joie d'Andrea Sánchez

Il ne faut pas oublier, cependant, que les buts marqués sur corner sont venus de différentes situations. Elles allaient du centre classique vers une joueuse de tête démarquée (Lucy Porter sur corner d’Atlanta Primus contre le Portugal) aux buts marqués directement de la droite dans les filets anglais par le pied gauche de l’Espagnole Andrea Sánchez. On notera que l’Espagne, bien consciente que le gabarit ne suffit pas, s’est concentrée sur les seconds ballons à récupérer devant la surface. Le taux de réussite pose évidemment des questions sur le marquage. Dans ce tournoi, on a vu du marquage de zone et du marquage individuel.

D’une manière générale, les coups de pied arrêtés ont été bien utilisés et bien frappés. Dans le jeu, moins d’un quart des buts sont venus des ailes, que ce soient des centres ou des ouvertures venues d’un côté, à destination des attaquantes. Aucun des buts marqués n’a été le résultat d’une chevauchée en solitaire, ce qui en dit long sur la compacité des blocs défensifs. Cinq buts sont venus de longues passes verticales. Les qualités tactiques des équipes se reflètent dans cette capacité à sauter une défense qui s’évertue à jouer haut sur le terrain. Cependant, bien que la catégorie frappe de loin donne une valeur importante, il ne faut pas oublier que cette dernière inclut les frappes reprises après un rebond.

Le poste de gardienne de but à cet âge suscite toujours beaucoup de discussions et même si les huit équipes qualifiées pour cette phase finale avaient un entraîneur des gardiens au sein de leur staff technique, des questions se sont posées sur la quantité et la qualité de l’entraînement des gardiennes au niveau des clubs. "On doit vraiment s’intéresser à cette question. Il faut rendre le poste plus attractif pour les jeunes filles. Je me demande si nous avons suffisamment d’experts qui travaillent pour faire progresser de jeunes talents", a commenté Powell.

Tableau des buts
CatégorieActionDescriptionButs
Coup de pied arrêtéCornersDirect / suite à un corner10
Coup de pied arrêtéCoups francs (directs)Direct sur coup franc0
Coup de pied arrêtéCoups francs (indirects)Suite à un coup franc2
Coup de pied arrêtéPenaltiesPenalty (ou suite à un penalty)1
Coup de pied arrêtéTouchesSuite à une touche0
Dans le jeuCombinaisonsUne-deux / combinaison à 3 joueuses (ou plus)0
Dans le jeuCentresCentre depuis l'aile6
Dans le jeuPasses en retraitPasse en retrait depuis la ligne de but1
Dans le jeuTransversalesPasse en diagonale dans la surface de réparation3
Dans le jeuCourses balle au piedDribble et frappe à bout portant / drible et passe0
Dans le jeuFrappes de loinFrappe directe / frappe et rebond6
Dans le jeuPasses vers l'avantPasse en profondeur ou passe par-dessus la défense5
Dans le jeuErreurs défensivesMauvaise passe derrière / erreur de la gardienne3
Dans le jeuButs contre son campBut de l'adversaire0
  Total37

L’Espagne a été, de loin, l’équipe la plus prolifique en matière de tirs au but. En même temps, la formation hispanique a offert à ses adversaires 23 occasions de but en 5 matches mais seulement 5 tirs cadrés. L’Allemagne, pendant les 160 minutes qu’elle a disputées contre l’Espagne, n’a compté que quatre tirs cadrés. Ce classement montre également que la France a eu des difficultés pour convertir ses capacités techniques en actions dangereuses. Lorsque l’on relie le nombre de buts au nombre de tentatives, on trouve que l’Allemagne a marqué 10 fois sur 47 alors que l’Italie, qui s’est qualifiée pour la Coupe du Monde, n’a marqué que trois fois à partir du même nombre de tirs pendant ses cinq matches.

ÉquipeTirsCadrésMoyenneButs
Allemagne 47 19 9.4 10
France 18 9 6 1
Espagne 89 34 17.8 10
Angleterre 42 20 8.4 8
Italie 48 11 9.6 3
Écosse 27 12 9 2
Autriche 30 11 10 2
Portugal 25 15 8.33 1

Minutes des buts
Les minutes des buts ont été distribuées de manière homogène sur les 80 minutes. 18 ont été marqués en première période et 19 en seconde. Les niveaux de préparation physique ont été jugés responsables du manque de but en fin de match qui peut refléter, normalement, une certaine fatigue. "Jouer trois matches en sept jours ou cinq en 13 jours, cela représente une épreuve physique. C’est une préparation très importante en vue d’évoluer au niveau senior", a observé Von Siebenthal.

MinutesButs
2014
%
1-10514
11-20514
21-3025
31-40616
41-5025
51-60719
61-70411
71-80616
80+00

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