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Points de débat

Points de débat

Respect et résultats
"Nous nous reposons sur la compréhension par les joueurs des bonnes valeurs." Ces paroles ont été prononcées par le sélectionneur de l'Italie, Alessandro Dal Canto, et nous devons nous excuser pour les avoir tirées de leur contexte. Il s'exprimait en ces termes en réponse à une question sur l'utilisation par les joueurs des médias sociaux. Sa phrase, toutefois, suscite des réflexions sur le besoin de mettre en avant ces "bonnes valeurs" au sein des joueurs à cette étape de leur progression. Au niveau des moins de 17 ans, le débat est fréquent sur l'équilibre entre une manière d'aborder la compétition par le résultat et le besoin de former des joueurs sur le plan du football, mais aussi sur le plan personnel.

Si nous mettons à la tête des équipes de jeunes sélectionneurs dans une phase finale, je pense qu'il est vital de les aider et de les soutenir.
John Peacock, l'un des observateurs techniques de l'UEFA

En Azerbaïdjan, les aspects éducatifs sont apparus de manière importante dans l'agenda de ce tournoi. Les équipes ont apporté avec eux des enseignants ; un certain nombre d'heures ont été dédiées à un travail scolaire ; dans le camp néerlandais, par exemple, les joueurs ont passé des examens à l'ambassade de leur pays, à Bakou. Il ne faut pas oublier que ces adolescents sont encore en train d'apprendre.

La question provocatrice est de savoir dans quelle mesure les entraîneurs peuvent être tenus pour responsables dans la promotion de ce que Dal Canto a appelé "la compréhension par les joueurs des bonnes valeurs". Les observateurs techniques ont eu des réactions très diverses sur ces questions. Certains incidents ont également été propices à l'émergence de la discussion.

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Les Pays-Bas se sont donnés pour ne pas être menés

Scénario 1 : avec un résultat en poche et la perspective de matches importants à venir, le sélectionneur, probablement conscient que les officiels de match ne comprennent pas totalement ce qu'il dit, commence à crier dans sa langue après deux joueurs. Il leur demande de prendre un carton jaune pour éviter une suspension au tour suivant et s'assurer qu'ils seront bien présents en phase à élimination directe. Dans les deux dernières minutes du match, les deux joueurs sont avertis pour avoir, selon le rapport de l'arbitre, "gagné du temps de manière exagérée". En d'autres termes, ils ont joué la montre. Les joueurs ont été suspendus pour un match d'une importance moindre.

Scénario 2 : une équipe a pris l'avantage en marquant dans les dernières minutes. Alors que les joueurs laissent éclater leur joie, l'adversaire place déjà le ballon au milieu du rond central pour le coup d'envoi. Un défenseur central de l'équipe ayant marqué reste derrière. Il s'approche du ballon et le frappe. Lorsque les joueurs de l'autre équipe remettent le ballon en place, le défenseur revient avec l'intention de rééditer son geste. Cette fois, ses adversaires le voient arriver et la tension monte. Alors que tout le monde a les yeux sur la joie qui éclate, cet épisode est passé sous silence.

Ces incidents en eux-mêmes font partie du passé aujourd'hui. Mais ils provoquent des débats sur le rôle de l'entraîneur chez les jeunes. Nous n'allons pas remettre en question le fait que s'il a mené son équipe en phase finale, l'entraîneur va se donner pour but de mettre en place une mentalité de gagnant au sein de son groupe et faire son maximum pour l'aider à obtenir de bons résultats et à aller le plus loin possible dans la compétition. Parfois, il peut être remarqué que le sélectionneur est sous pression et adopte une politique tout entière tournée vers le résultat. La question qu'il faut poser est s'il est aussi de son devoir de mettre en place des principes de respect et de fair-play entre joueurs qui sont dans leurs années de formation. Pour être bref, dans quelle mesure l'entraîneur est-il responsable de cela ?

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L'Allemagne est revenue contre la Bosnie mais a perdu contre l'Espagne après avoir mené

1-0 = terminé ?
Le succès de l'Espagne 2-1 contre l'Allemagne en demi-finales était significatif. C'était la deuxième et dernière victoire pour l'équipe concédant le premier but. L'Allemagne avait également réussi cet exploit, mais face à la Bosnie-Herzégovine réduite à 10 au début de la seconde période (l'Allemagne avait égalisé sur penalty auparavant). Les statistiques dans un tournoi aux dimensions limitées peuvent facilement induire en erreur. Cependant, le fait que 6,45 % seulement des matches aient été gagnés par l'équipe ayant concédé le premier but corrobore les chiffres observés dans les autres compétitions européennes. Prenons l'exemple de l'UEFA EURO 2012. Il a produit exactement la même statistique : 6,45 % des matches ont été remportés par l'équipe qui a été menée d'un but (l'Ukraine est revenue pour battre la Suède et le Portugal pour défaire les Pays-Bas). Lors de l'UEFA Champions League 2014/15, ce chiffre était de 4,27 % et 80 % des équipes ayant marqué en premier ont remporté le match. En Azerbaïdjan, on n'en était, de ce côté-là, à 79 %. En Bulgarie, un an plus tôt, aucune équipe n'avait réussi à gagner après avoir concédé le premier but.

Les observateurs techniques de l'UEFA se sont demandé tout simplement pourquoi. Une question beaucoup plus simple que la réponse. On peut faire valoir, par exemple que les joueurs de moins de 17 ans ont moins de qualités mentales pour réagir dans une situation difficile. Est-ce que l'anxiété, sinon la panique, peut être un facteur important ? Pas sûr sachant que les statistiques sont pratiquement identiques chez des joueurs expérimentés. Les observateurs techniques, tous entraîneurs de renom, se sont mis à la place des techniciens présents sur les bancs. Est-ce que les entraîneurs ont réagi de manière suffisamment positive ? Y a-t-il eu un manque de prise de risque ?

Le débat a ensuite évolué. Si le manque de capacité à rebondir est patent dans tous les matches européens, à tous les niveaux, est-ce qu'il y a un travail à faire concernant la formation des joueurs tôt dans leur carrière ? Si oui, comment et quand ? Cette question peut-elle être prise en compte par des psychologues du sport ? Y a-t-il des signes qui puissent être détectés sur la pelouse ou à l'entraînement ?

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Le coach de l'Écosse Scot Gemmill (à.d.) reste avec les U17, les autres suivent leurs joueurs dans la catégorie supérieure

Coaches en apprentissage
En Azerbaïdjan, 9 des 16 équipes présentes l'étaient déjà en Bulgarie un an plus tôt, mais seulement deux des entraîneurs possédaient cette expérience : Scot Gemmill, pour l'Écosse, et l'Espagnol Santi Denia. Ce fait peut paraître étonnant, mais ce "turn-over" peut être expliqué de manière logique par des politiques de continuité mise en place au sein des associations nationales. Beaucoup d'entraîneurs ont travaillé avec ces joueurs depuis les moins de 15 ans, voire plus tôt, il était de ce fait cohérent pour eux de rester à la tête de leur équipe pour aller en Azerbaïdjan.

Cependant, beaucoup a été dit sur des équipes qui semblent débutantes, mais on ne parle pas beaucoup des entraîneurs qui vivent leur première phase finale européenne. À Bakou, il y eut différentes manières de soutenir ces entraîneurs débutants. Dans certains cas, ils étaient placés sous l'aile d'un technicien de leur association nationale. Dans d'autres cas, un entraîneur plus expérimenté était présent et tenait le rôle d'observateur en même temps qu'il agissait discrètement comme une sorte de mentor pour le sélectionneur en place. Pour d'autres, il fallait se débrouiller seul.

En Azerbaïdjan, il y a eu beaucoup de nouveaux visages, ce qui a fait parler d'une "nouvelle génération" de sélectionneurs des moins de 17 ans, même si la finale a opposé des techniciens expérimentés. Coïncidence ? John Peacock, l'un des observateurs techniques de l'UEFA, vainqueur de cette compétition avec l'Angleterre en 2010 et 2014, a déclaré : "Si nous mettons à la tête des équipes de jeunes sélectionneurs dans une phase finale, je pense qu'il est vital de les aider et de les soutenir." À quel point est-il approprié, pour une association nationale, d'utiliser des mentors ? Combien est-il important de penser à entraîner les entraîneurs ? La phase finale des moins de 17 ans doit-elle servir de banc d'essai pour les sélectionneurs, comme elle est un moyen de faire progresser les joueurs ?

https://fr.uefa.com/under17/season=2016/technical-report/talking-points/index.html#points+debat