La France combat aussi le racisme
vendredi 18 novembre 2005
Résumé de l'article
En dépit des récents troubles dans le pays, le football français s'attaque lui aussi au racisme.
Corps de l'article
En dépit des récents troubles dans le pays, le football français, aidé par des associations, s'attaque lui aussi au racisme que la victoire de la France "black-blanc-beur" lors de la Coupe du Monde de la FIFA 1998 n'a pas effacé.
Un mixage magnifique
L'équipe de France emmenée par Aimé Jacquet était d'une incroyable mixité, avec des joueurs d'origine guadeloupéenne, martiniquaise, argentine, sénégalaise, polonaise, portugaise, ghanéenne et française. Cette sélection était menée par l'emblématique Zinedine Zidane, fils d'immigrés algériens dont le doublé en finale contre le Brésil promettait d'effacer les différences raciales en France, au moins pour un temps.
Un contraste saisissant
Le contraste est saisissant entre les récents troubles dans les banlieues françaises, où des jeunes vivant dans la pauvreté et souvent d'origine étrangère ont mené des émeutes pour protester contre le chômage et la discrimination dont ils souffrent, et les scènes de joie sur les Champs Elysées le soir du 12 juillet 1998, où des millions de Français se sont rassemblés.
Une société divisée
Les seuls efforts de l'équipe de France de football n'ont donc pas été suffisants pour rassembler une société divisée, mais le sport reste sans aucun doute le meilleur facteur d'intégration. Depuis mai 1998, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) travaille en étroite collaboration avec le sport, et particulièrement le football, pour la promotion de l'harmonie raciale.
Une scène idéale pour s'exprimer
“Le football est l'exemple type d'une intégration sociale réussie”, déclarait Carine Bloch, vice-présidente de la LICRA, à uefa.com. “Il n'y a de discrimination à aucun niveau, que ce soit dans les clubs amateurs ou chez les professionnels. En considérant l'influence du football chez les jeunes, c'est pour nous une scène idéale pour faire passer notre message.”
"Opportunité manquée"
La victoire en Coupe du Monde a offert à la France des fondations sur lesquelles construire, mais Carine Bloch pense que tout n'a pas été mis en œuvre pour encourager un profond changement. “C'est une opportunité manquée”, déclarait-elle. “Les évènements de cet été-là ont eu un impact très important : l'extrême droite a vu ses scores chuter, et pour la première fois, on considérait que c'était une bonne chose de vivre dans une société multiraciale. Mais le gouvernement n'a pas assez réfléchi à la façon de s'appuyer sur ce phénomène pour aider d'autres domaines de la société.”
Changement législatif
Si la discrimination est absente des terrains, elle reste présente dans les stades, comme dans la plupart des domaines de la société. Aidée par un contexte politique qui s'ouvrait à ce malaise, la LICRA a fait pression en faveur d'un changement législatif. Auparavant, les fédérations sportives étaient les seules instances qui pouvaient prendre des sanctions contre le racisme dans le sport, mais depuis 2000, les organisations antiraciste ont également le pouvoir d'intervenir.
Les groupes de supporteurs
La LICRA travaille désormais en étroite association avec les clubs pour débarrasser les tribunes du racisme, en offrant des formations pour les équipes de sécurité, et en menant son enquête sur les fauteurs de trouble. Elle s'est également tournée vers les groupes de supporteurs pour obtenir de l'aide. Un des groupes les plus engagés dans la lutte contre le racisme est le Horda Frenetik 97, une section de supporteurs du FC Metz qui occupe la Tribune est du stade Saint-Symphorien. Grégory Pilchen, membre fondateur du groupe, déclarait : “Nous voulions que tout le monde encourage l'équipe, ensemble, et ne porte pas un regard différent sur un joueur à cause de sa couleur de peau. Ceux qui ne partageaient pas notre philosophie n'ont pas été acceptés dans notre groupe.”
Un soutien important
En 2001, ils se sont regroupés avec d'autres groupes de supporteurs dans tout le pays, mais ce n'est qu'à partir de l'année suivante que ce réseau a reçu un coup de pouce tristement important. “Les résultats de l'élection présidentielle (où l'extrême droite était parvenue au second tour) ont ouvert les yeux à beaucoup de monde sur le problème du racisme”, analysait Pilchen. “Nous avons désormais des liens avec presque tous les clubs, de la Ligue 1 à la CFA2.”
Insultes racistes
Le Horda Frenetik 97 participe à la sensibilisation des jeunes au problème du racisme en organisant des excursions, des concerts et des tournois de football, mais également en distribuant des tracts les jours de match ou en dépliant des banderoles dans les stades. Ils participent également à un festival annuel avec d'autres groupes du réseau. Mais malgré tous les efforts mis en œuvre, le racisme ne semble pas sur le déclin. La saison dernière, une section des supporteurs du LOSC Lille Métropole ont effectué un tifo formant un symbole raciste lors de la rencontre face à l'AS Saint-Etienne, alors que deux joueurs du SC Bastia, Pascal Chimbonda et Franck Matingou, ont essuyé des insultes racistes venant de leurs propres supporteurs.
uniteagainstracism
Malgré tout cela, Carine Bloch reste confiante. La Semaine d'Action organisée par le FARE (Football Against Racism in Europe) a fait beaucoup de bruit en France le mois dernier. En février prochain, l'UEFA se joindra au FARE, à la Fédération espagnole de football et au Barcelona FC pour la seconde conférence européenne "uniteagainstracism" (ensemble contre le racisme). De son côté, la LICRA reçoit un soutien en constante augmentation de la Fédération française.
Une débat constructif
“Je n'ai jamais été aussi optimiste”, disait-elle. “Je ne pardonne aucune forme de violence, mais il n'y a jamais eu autant de débats constructifs qu'aujourd'hui. La France ne rattrapera jamais le temps qu'elle a perdu, mais au moins aujourd'hui on s'occupe de ces problèmes.”